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Arrivées



Arrivées
«Il n'y a pas de mise en scène innocente.» Michel Corvin
Observer l'arrivée des participants à un meeting électoral est instructif sur l'importance de l'organisateur ou sur l'efficacité de ses services. Si les spectateurs venus écouter un discours arrivent l'un après l'autre, ou par petits groupes d'une manière sporadique, dans des voitures particulières ou par les moyens d'un transport public qui n'a jamais satisfait ses usagers ni par son exactitude, ni par sa régularité et encore moins par son confort, c'est qu'on a affaire à un petit parti qui n'a pas les moyens de sa politique et qui oeuvre contre vents et marées pour se faire entendre sur la place publique. Si ces courageux militants, se retrouvant devant l'entrée de ladite salle, tombent souvent dans les bras, les uns des autres, avec des exclamations venant tout droit du coeur et exprimant une joie non feinte, c'est que ce sont de vieux militants qui ne se sont pas vus depuis longtemps et qui ont dû traverser des tempêtes pour en arriver là. Si par contre, les arrivants marquent une indifférence nette et réciproque à l'égard les uns des autres, c'est que ce sont des figurants hétéroclites qui ont été ramassés sur les lieux publics par des sergents recruteurs. Par contre, s'ils arrivent dans une caravane de cars flambant neufs, précédés par des voitures luxueuses chamarrées aux couleurs du parti, avec comme cerise sur le gâteau des voitures «empruntées» à des entreprises publiques arborant des photos géantes du futur heureux élu, alors, il n'y a pas à se tromper: ce parti, a deux pieds et des milliers de mains dans les rouages de l'administration. Je n'oublierai jamais le compte-rendu d'un de mes talentueux collègues décrivant ce moment impressionnant où les bus, arrivant sur le vaste parking dans un concert assourdissant d'avertisseurs et de youyous: il ne manquait plus que l'inévitable orchestre traditionnel pour célébrer les noces du futur élu et de son peuple. L'astucieux journaliste n'avait pas manqué de relever la marque (unique) des nombreux bus et leur appartenance à un même propriétaire qui aurait, selon toujours cette fameuse rumeur publique qui rend si transparente toute l'opacité qui entoure les relations entre les personnes publiques et les intérêts privés, des liens privilégiés avec le bienheureux candidat en question. Ce génial clin d'oeil donnait un éclairage particulier à un événement qui, somme toute, pouvait paraître banal.
Mais c'est avant tout, l'arrivée du candidat qui doit être le clou du spectacle pour l'observateur privilégié qu'est le journaliste attentif. Le candidat peut arriver avant tout le monde et attendre dans un bureau attenant à la salle: là, il peut, à l'abri des regards, mettre les dernières retouches avec ses collaborateurs à un discours qui avait déjà été préparé la veille. Comme il peut arriver une fois que ses auditeurs se soient installés sur leurs sièges et que les «chauffeurs» de salle s'échinent à créer une ambiance de fête dans une immense salle froide. Le candidat peut arriver dans une voiture simple, entouré de deux ou trois compagnons et venir serrer quelques mains à l'entrée de la salle avant de rejoindre la tribune, tout comme il peut être précédé par une zorna qui joue un air de bienvenue pendant qu'une section de scouts lui fait une haie d'honneur et qu'un militant respectable lui présente une petite fille munie d'un bouquet de fleurs: avec dans la bande sonore les stridents youyous et les slogans qui annoncent la prochaine et inéluctable victoire du candidat. La rentrée dans la salle doit rester un moment dramatique, intense. Je me souviens que lors d'un regroupement de militants d'un parti semi-clandestin, l'entrée du secrétaire général, un personnage mystérieux parce que confiné à une longue période de clandestinité, avait posé un sérieux problème aux responsables de la communication: devait-il déboucher sur la scène comme un acteur entrant dans une pièce de boulevard ou bien devait-il créer la surprise de manière inattendue' Un ami astucieux avait suggéré de laisser les militants piaffer d'impatience et faire entrer le «héros» par la porte d'entrée avec un cortège fleuri d'accompagnateurs. L'effet fit sensation quand la salle tout entière, les yeux braqués sur le rideau tremblant de la scène, dut se retourner pour regarder la cause de ce murmure qui enflait, enflait jusqu'à devenir une explosion de joie et d'exclamations enthousiastes ponctuées de vivats et d'applaudissements. Sans oublier les youyous, bien sûr!


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