Oran - Revue de Presse

Argentine : face à une opposition dispersée Le président Kirchner propose son épouse à sa succession



Quelque 27 millions d´Argentins en âge de voter seront appelés aux urnes le 28 octobre pour choisir, parmi 14 candidats, celle ou celui qui succèdera à la tête de l´Etat au Dr. Nestor Kirchner. Parmi les postulants, celui-ci a une préférence pour sa propre épouse - Cristina Fernandez de Kirchner - qui ne cache pas son ambition d´accéder à la magistrature suprême, encouragée par des sondages qui lui sont très favorables, soutenue par tout l´appareil de l´Etat, dominant les autres candidats peu convaincus de leur destin politique et sans doute abandonnés par la majorité de la société argentine. C´est du moins ce que reflète la presse nationale à l´écoute des uns et des autres. Depuis la grave crise politique de 2001, illustrée par la démission du chef de l´Etat Fernando De La Rua et la déconfiture d´une alliance de centre-gauche, les partis politiques traditionnels perdent leur crédibilité et leur influence. Au-dessus de la mêlée les radicaux et les péronistes verront leur autorité morale sérieusement mise en cause par une sévère dévaluation de la monnaie nationale, après un blocage temporaire des comptes bancaires des particuliers. L´interim présidentiel du Dr. Eduardo Duhalde permettra d´assainir la situation financière et facilitera en 2003 l´élection à la présidence de Nestor Kirchner avec 22,24 % des voix seulement alors que Carlos Menem, principal candidat péroniste, avait remporté le premier tour avec 24,45 % et renoncé à un second tour problématique. Pendant les quatre années de son mandat, qui s´achèvera le 10 décembre prochain, le Dr. Kirchner aura eu le mérite de restaurer l´autorité de l´Etat, de veiller à la croissance de l´économie et du superavit fiscal, réussissant ainsi à renflouer les caisses du trésor. Péroniste sans grande conviction partisane, et faute d´une majorité propre, Nestor Kirchner cherchera des alliés dans tous les secteurs, forgeant peu à peu «el frente par la victoria» - le front pour la victoire - destiné à faire oublier le péronisme et le radicalisme. C´est sous cette bannière que Cristina Fernandez de Kirchner se présente aux élections du 28 octobre. Parmi les 13 autres candidats, sept représentent différentes sensibilités de gauche avec moins de 2 % d´intentions de vote selon les divers sondages. Six autres candidats sont des ténors de la vie politique. Une femme, Elisa Carrio, une députée de province, fait figure d´outsider face à Cristina qui est créditée de 39,8 %. Loin derrière viennent Roberto Lavagna, ancien ministre de l´Economie, Alberto Rodriguez Saa, actuel gouverneur péroniste de la province de San Luis, Ricardo Lopez-Murphy, un économiste d´extraction radicale, Pino Solanas, un cinéate populiste... En fait, face à cette avalanche de candidats, les indécis se situent en deuxième position avec 23 % des intentions de vote. Il suffira à Cristina d´obtenir 40 % des voix avec une différence de 10 % sur le second postulant pour se consacrer Présidente de l´Argentine dès le premier tour des élections. Il est vrai que dans certains pays comme le Chili ou le Brésil, la femme du président sortant ne peut succéder à son époux à la tête de l´Etat. La constitution argentine ne se prononce pas contre une telle éventualité. L´image positive de Cristina Kirchner, soutenue par la présente gestion de son mari, permet à la Première Dame de rêver d´une telle perspective. Il serait opportun de rappeler les qualités de Cristina la prédisposant à une telle ambition. Avocate de profession, elle avait terminé ses études de droit à l´université de La Plata en 1979 en pleine dictature militaire. Suivit une association professionnelle avec son mari dans une étude d´avocats à Rio Gallegos, capitale provinciale de Santa Cruz. S´il est une vertu à reconnaître au couple présidentiel, c´est leur amour pour la Patagonie. Ils ne découvriront l´Europe et les Etats-Unis qu´après leur arrivée au pouvoir en 2003. Mais bien avant que Nestor Kirchner s´installe à la «casa rosada», le siège de la présidence, Cristina avait fréquenté le congrès dans la capitale fédérale d´abord comme députée, puis comme sénatrice. C´est dire qu´elle possède une solide expérience législative au sein du groupe parlementaire péroniste qui lui reprochera souvent son franc-parler tout en reconnaissant ses compétences juridiques. Cristina ne put se contenter du rôle de première dame auprès de son mari. On lui reconnaît une influence politique certaine auprès du chef de l´Etat, participant souvent à la rédaction de discours décisifs. Les visites d´Etat ou de travail effectuées auprès de partenaires traditionnels - Espagne, Italie, France, Allemagne, Etats-Unis - avaient souvent été ponctuées par des remontrances argentines aux entrepreneurs de ces pays accusés de gagner beaucoup et de réinvestir peu. C´est ainsi, par exemple, que de grosses sociétés françaises, qui avaient débarqué dans les années 90 pour contribuer à la modernisation des services de téléphone, d´eau, d´électricité, se résignèrent à quitter l´Argentine alors que l´Espagne s´y maintient contre vents et marées, compte tenu de ses objectifs globaux à long terme dans toute l´Amérique hispanisante. Les relations avec les investisseurs étrangers constituent une priorité majeure pour la candidate Cristina qui, aux dépens d´une campagne intra-muros auprès de ses compatriotes, prit son bâton de pèlerin pour parcourir certaines capitales occidentales pour inviter le monde à venir investir en Argentine, affirmant que «faire des bénéfices n´est pas un péché» sans se préoccuper des positions passées de son mari. La récente visite à New York à l´occasion de l´ouverture de la session de l´Assemblée générale de l´ONU fut une opportunité pour Cristina Kirchner de lancer un appel aux investisseurs nord-américains au cours d´un déjeuner organisé par le «Conseil des Amériques», un organisme non gouvernemental, pendant que son mari s´adressait aux Nations Unies pour dénoncer le terrorisme international et réclamer la souveraineté sur les îles Malouines. Malgré l´existence d´une brillante chancellerie, la diplomatie argentine a quelque peu souffert des sorties tonitruantes du chef de l´Etat préoccupé principalement par le niveau d´endettement du pays. De récentes indications du ministère de l´Economie rappellent que la dette publique atteint 138 milliards de dollars, équivalant à 60 % du PBI. A ce chiffre, il faut ajouter quelque 27 milliards de dollars réclamés par des épargnants privés italiens, allemands, nord-américains qui n´avaient pas accepté des remboursements dévalués de titres argentins proposés voilà deux ans par le gouvernement argentin. Ces jours-ci, sur fond de campagne électorale, la presse locale se fait l´écho de manipulations par le ministère de l´Economie de l´indice du coût de la vie produit par l´institut des statistiques et des recencements. Par delà les préoccupations liées au panier de la ménagère, un tel indice permet d´ajuster les valeurs des titres de la dette émis par l´Argentine. Ceci préoccupe les créanciers nationaux et étrangers. Envers et contre tout, la candidature de la femme du Président, Cristina Fernandez de Kirchner, à la magistrature suprême reste largement en tête des sondages. Rendez-vous au soir du 28 octobre, pour avoir la confirmation de tels pronostics. Outre l´élection du chef de l´Etat, les Argentins sont appelés à élire 130 députés et 24 sénateurs, soit respectivement la moitié de la Chambre basse et le tiers du sénat.
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