
Prévu à partir du 25 juillet prochain, le Festival d'Oran du film arabe (FOFA) soufflera sa dixième bougie.Dix ans c'est très peu, mais la période a été riche en événements. Il y avait d'abord un premier âge et sa première édition organisés dans le faste. Le père fondateur, Hamraoui Habib Chawki, qui était alors DG de l'ENTV, a ramené avec lui toute la logistique de cette institution, en plus de moyens financiers considérables accordés par l'Etat sous forme de subventions. La cérémonie d'ouverture, programmée au Sheraton fraîchement inauguré, avait donné le «la» à un événement beaucoup plus ambitieux, sinon prétentieux, que la réalité du cinéma qui se faisait alors dans le monde arabe, mais surtout en Algérie.C'était sans conteste l'ère de la démesure, et l'argument invoqué de manière informelle est que cette rencontre théoriquement très médiatisée sur les chaînes satellitaires du Moyen-Orient est une occasion pour redorer l'image du pays, qui était pendant longtemps ternie par le terrorisme qui a sévi durant la décennie noire.On n'était pas très regardants sur la qualité des films, ni même sur l'utilité d'envisager une ligne éditoriale sur la base de laquelle on allait donner une spécificité à ce nouveau-né. Sans doute, pour des raisons de leadership. Dès le départ, une polémique naissante avec Khalida Toumi, l'ancienne ministre de la Culture, a vite été étouffée.Désormais, le DG de l'ENTV a tous les atouts en main, une occasion pour lui de jouer les «stars», à l'image des personnes qu'il a invitées, notamment ceux qui ont le plus de notoriété au Moyen-Orient. Aucun directeur de festival au monde n'a autant été sous les feux de la rampe. Lors d'une conférence de presse, il ne se gênera d'ailleurs pas pour évoquer son enfance lorsque, avec ses camarades, il allait jouer dans l'oued, et c'était pour bien montrer la réussite d'un homme dont on est allés jusqu'à fêter l'anniversaire sur les hauteurs du Murdjadjo.Le fait avait choqué les observateurs, mais la star c'était lui, quitte à ce que les films algériens projetés durant cette période soient de piètre qualité, pour ne citer que El Kindi, réalisé par Amer Bahloul, un de ses amis et son bras droit. «Ils ont leur culture et nous avons la nôtre», avait déclaré le HHC en réponse à une question sur le pourquoi d'un festival à Oran qui ne se limiterait qu'à la sphère dite «arabe». Il y a un nous (qui reste à définir), et il y a le reste du monde, mais cette assurance allait vite être remise en cause.En effet, la réalité rattrape toujours les rêves et une première brisure allait apparaître lors des événements (si on peut appeler cela ainsi) qui ont suivi l'épisode de l'agression de l'équipe nationale de football en Egypte-même. Ce pays est un acteur cinématographique de premier plan et la montée des tensions entre les deux pays n'arrangeait pas les affaires des organisateurs, d'autant plus que pratiquement toutes les stars et les starlettes de l'audiovisuel égyptien ont pris part de manière active à cette bataille rangée, en accusant les Algériens de tous les maux de la planète, dont justement leur incapacité à se comporter de manière civilisée.Côté algérien, un cinéaste, technicien talentueux, comme Lakhdar Hamina, a très vite réagi. Auparavant, lors d'un hommage qui lui a été rendu, il a pourtant, allant dans le sens souhaité par HHC, prononcé un discours explicitement panarabiste. Se sentant interpellé et sans doute choqué par les propos relayés par les médias, il a réagi par une contribution publiée dans El Watan, dans laquelle il défend l'histoire de ce peuple du Maghreb, en rappelant les démêlés antiques avec le pays des pharaons. Cette crise de 2010 est passée, mais la véritable brisure allait survenir lors des révoltes dites «arabes», c'est-à-dire à partir de 2011.L'Algérie, qui tient plus que tout à sa stabilité, car venant juste de sortir d'un tourbillon, voyait d'un mauvais ?il ce vent de «discorde» et le festival, justement cantonné dans cette sphère, a, de l'avis de beaucoup d'observateurs, réellement vacillé. Certains pensent qu'il a même failli être annulé. Il faut savoir que durant la première période, les débats tournaient autour de la capacité du cinéma arabe à casser les tabous sociaux. Un film comme L'immeuble Yacoubian, projeté à Oran, en est l'une des illustrations, mais il n'est pas le seul.Des films syriens, mais pas que, hormis le fait de ne pas se soucier des contraintes liées à l'acceptation des scènes érotiques, traitaient déjà ouvertement de la dictature et de la souffrance des militants politiques, notamment des intellectuels. Cependant, après 2011, durant cette ère des soupçons, la question qui a été posée et qui a fait débat était : «Est-ce que ceux qui sont chargés de la sélection des films n'allaient pas censurer les productions cinématographiques qui se positionnaient ouvertement en faveur de la chute des régimes dictatoriaux '» L'arrimage de l'art, et particulièrement de la fiction cinématographique, à la réalité, est une constante, même si le débat autour de leur influence sur le comportement humain n'a jamais été tranché. D'où la suspicion quant aux contenus véhiculés.Quoi qu'il en soit, entre-temps, le DG de l'ENTV a été appelé à d'autres fonctions, mais le festival a survécu, même s'il doit s'adapter à une certaine érosion des moyens mis à sa disposition. Le FOFA, qui a succédé au FIFAO en décernant désormais des «wihr» au lieu des «ahagar» d'or, a même tenu à rester libre, c'est-à-dire qu'il a continué à sélectionner des films traitant des nouvelles réalités.Des films tunisiens, jadis soumis à une censure sévère, qui deviennent critiques envers les systèmes et la société, des films égyptiens, qui osent montrer la responsabilité de certains membres des services de sécurité dans l'aggravation (usage de la torture) du conflit avec les Frères musulmans, sont autant d'exemples de thématiques prises en charge par le festival, qui lève aussi le voile sur les productions naissantes des pays du Golfe, habituellement rigoristes et où l'image n'est pas vue d'un bon ?il.Enfin, une troisième période concerne l'organisation du festival dans une période où beaucoup de pays sont complètement déstructurés, comme, hormis l'Irak, la Syrie et la Libye. Un certain désenchantement caractérise les films montrés durant ces trois dernières années. Qu'on le veuille ou non, le festival fait désormais apparaître l'Algérie comme l'un des pays les plus stables au milieu du chaos «arabe».On revient en quelque sorte à l'objectif initial. N'était la crise liée à la chute des prix du pétrole et le programme du gouvernement consistant à rationaliser les dépenses, cette dixième édition aurait eu tous les justificatifs pour être organisée dans un faste plus spectaculaire que la première. Rien que pour cela, c'est-à-dire sans tenir compte de la déchéance du cinéma algérien qui peine à se relever, on pourra dire que le FOFA a un avenir prometteur.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamel Benachour
Source : www.elwatan.com