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Annemarie Jacir. Cinéaste palestinienne : on ne doit plus attendre la coproduction avec les Européens Culture : les autres articles



La Palestine demeure une terre compliquée et complexe. Annemarie Jacir en a fait sa muse pour raconter les histoires de gens ordinaires dans son dernier long métrage Lama shouftak. El Watan Week-end retrace avec la cinéaste le quotidien inavoué des Palestiniens.-Votre désir de revoir la terre de vos ancêtres apparaît bien dans votre film, Lama shouftak (When I saw you). Pourquoi '
Sans être nostalgique, je voulais faire un film sur cette période. A l'époque, l'espoir existait. Les gens pensaient qu'ils pouvaient changer les choses. Je voulais tout savoir sur cette période. Le film est basé sur le point de vue d'un enfant, Tarek. Comment regarde-t-il le monde ' Un enfant qui veut revenir chez lui en Palestine. J'avais un certain nombre d'interrogations. Si nous avions tous fait comme Tarek, que se serait-il passé ' Où en serions-nous aujourd'hui '
-La mère qui refusait les demandes incessantes de son fils était-elle réaliste ou savait-elle déjà qu'il n'existe aucun espoir pour le retour '
La mère était réaliste. Elle a dit à son fils qu'il faut d'abord s'inscrire dans le registre des camps de réfugiés et attendre. Elle ne pouvait pas savoir qu'après soixante ans, la situation restera la même. L'enfant ne voulait plus attendre. La mère pensait que la meilleure solution qui se présentait à l'époque était l'attente, la patience'
-Le scénario est-il inspiré de faits réels '
Je n'ai pas connu cette période. J'ai fait beaucoup de recherches, consulté des archives, discuté avec les gens. Je voulais réaliser un film réaliste, mais qui ne s'éloigne pas de la fiction. En tant qu'artiste, je suis libre. Je peux faire ce que je veux. Je me suis intéressée à tous les détails. Je voulais restituer la manière avec laquelle les gens s'habillaient à cette époque, représenter la forme des camps, l'attitude des fidayîn' Cela dit Lama shouftak n'est pas un documentaire. C'est une fiction (') Il me fallait montrer dans le film qu'il n'y avait pas que les Palestiniens parmi les fidayîn. Des Jordaniens, des Syriens, des Chinois, des Algériens étaient aussi avec eux. Dans les années 1960, la Palestine n'était pas uniquement une cause arabe, mais internationale. Plusieurs mouvements politiques s'étaient engagés en sa faveur. Je n'ai pas donné les détails dans le film puisqu'il fallait se limiter au point de vue de Tarek. Les choses ont changé.
-Est-il toujours facile pour un cinéaste de diriger un enfant qui joue pour la première fois dans un film traitant d'un sujet sensible '
Pas facile. J'ai travaillé avec Mahmoud Asfa pendant plus de cinq mois. Dans le film, Tarek veut revenir à la maison en Palestine à partir d'un camp. Il se trouve que Mahmoud est né dans un camp de réfugiés palestiniens. Donc il sait bien de quoi on parle, même s'il ne connaît pas la Palestine. Nous avons donc travaillé avec lui pour lui expliquer ce que c'est que son pays d'origine, son histoire. Cela dit, Mahmoud Asfa espère avoir une carrière dans le cinéma.
-Lama shouftak semble avoir une bonne audience dans les festivals.
Absolument. Le film est toujours programmé dans plusieurs festivals à l'étranger. Lama shouftak a décroché des prix aux festivals d'Abu Dhabi, de Berlin et d'Oran. Malheureusement, je n'ai pas pu faire le déplacement à Oran (Festival du film arabe en décembre 2012, ndlr). Je le regrette. Je suis en train d'écrire le scénario d'un nouveau film. Je n'en dis rien pour l'instant.
-Comment analysez-vous la situation politique actuelle dans les Territoires palestiniens '
Je cherche un certain espoir. En Palestine, la situation empire de jour en jour. L'avenir du pays est flou. J'ai des craintes. En même temps, il ne faut pas cesser de chercher des solutions pour changer les choses. On peut le faire. C'est un peu l'idée du film Lama shouftak. Des gens ordinaires qui peuvent changer leur vie. Ils n'attendent pas que les autorités le fassent.
-Et comment se porte le cinéma palestinien actuellement '
C'est un cinéma qui a de l'avenir. Il y une nouvelle génération de cinéastes qui promet. Ils travaillent avec les moyens du bord. Le numérique permet beaucoup de choses. On ne doit plus attendre la coproduction avec les Européens. Il faut foncer. Je dis que dans cinq à dix ans, on pourra voir des films palestiniens d'excellente qualité. Il faut travailler et faire en sorte d'avoir des financements. Ne pas s'arrêter.
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