Oran - Revue de Presse

Anesthésie



L?écriture est toujours  écriture de quelque chose. Voici venir la première angoisse. Elle vous presse de dérouler quelque chose, de faire naître une idée. De faire mourir un peu de vous-même. Et enfin de faire d?une quête idiote le fil directeur de toute une grotesque fantaisie. Les uns appellent ça «Chronique». Alors, de quoi faudrait-il écrire ? Du sort des chimères dans le monde post-humain ? Sur le réel et sur son imperturbable absence de vérité ? Ridicule. A qui veux-tu raconter ton zabor ya... douda. Et puis, quand bien même j?essayerais de pénétrer le réel, je ne pourrais m?y réfléchir que comme un rien, comme un vide, comme une imbécile conscience de quelque chose. Le monde ne me renverrait que l?image de moi-même, abruti devant son étonnante simplicité. Armé de mon entendement. Chute: «Par l?arrière, camarade guellil ! Rebrousse chemin ! Bats la retraite, misérable ! C?est ton petit pain qui est en jeu. «El-khobza»».Mes yeux sont d?humain trop humain, de naïf trop naïf. C?est là que j?abandonne. Il vente fort.Puis vient l?orage, n?est-ce pas trop naturel ? Prévisible courroux électrique qui saisit les nuages et les fait se réveiller, gronder, devenir noirs de honte puis pisser comme des petits enfants qu?on aurait engueulés trop fort, cédant à la pression, lâchant ce qui tache pour toujours: la Vérité.Oui, vient l?orage. Bis repetita. Trop court, futile, trop peu sensible, stressant. Alors arrive simplement l?incertitude: le clavier actionne ses touches. Il écrit seul ce qu?il ne faut pas écrire, qui tournicote jusqu?aux vers alors qu?il faudrait ne se garder qu?à superposer les mots aussi futiles et arythmiques soient-ils.L?on arrête, l?on saisit son propre bras, l?on se contient soi-même: «Ta gueule maintenant !». A qui la faute ?Et puisque écrire alors qu?on ne le peut objectivement pas est un paradoxe, l?on aboutira à quelque chose en aboutissant à la plus affreuse des conclusions: toujours rien.Puisque écrire pour les anges est stupide, puisque le faire pour une réalité qui finalement n?existe que dans le phénomène, que dans l?apparent - pour peu que l?être ait une existence à son tour - est tout aussi futile, on devrait se taire. 
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