Un parfum d'Algérie planait hier près de Genève exhalé par les maquettes en plâtre des constructions du village touristique de Bouzedjar (à 40 km d'Oran) présentées dans le cadre de l'exposition de l'architecte suisse Daniel Grataloup, concepteur des habitations-sculpture toutes en courbe composant ce complexe touristique de l'est algérien. Son promoteur Brahim Mekki, venu d'Alger pour l'occasion, a expliqué le cheminement de ce long et ambitieux projet.
L'exposition « Le monde de Daniel Grataloup » organisée par la ville de Chêne Bougeries, près de Genève, présente depuis le 20 février les principales réalisations de cet architecte franco-suisse âgé de 75 ans, concepteur de « l'habitation sculpture » et théoricien d'une architecture basée sur la «courbe libre » dont les grandes lignes ont été expliquées au cours d'une conférence donnée par l'architecte lui-même. « Je trouvais aberrant de dire aux étudiants en architecture de dessiner un carré ou rectangle en guise de plan et de chercher à y inscrire le programme habitable », a déclaré Daniel Grataloup devant une assistance composée d'une soixantaine de personnes. « Seule la réunion de quatre paramètres fondamentaux permet la création d'une nouvelle architecture : une nouvelle conception de l'espace, de nouvelles structures autoportantes sans grue, ni coffrage, de nouveaux matériaux et de nouvelles technologies », a-t-il poursuivi. De ces théories développées depuis 50 ans sont nées de nombreuses réalisations dont certaines jouissent aujourd'hui d'une renommée internationale telles que le temple Saint Jean réalisé en 1969 à La Chaux-de-Fonds (Suisse) et classé monument historique ou les immeubles du futur composant la plus grande maquette contemporaine du monde inscrite dans le livre Guinness des records et acquise récemment par le Musée d'Art moderne de New-York (MoMA). Quant à son travail en Algérie débuté dès les années 1990 par l'intermédiaire de son élève Brahim Mekki, il consiste essentiellement en la conception de constructions destinées au village touristique de Bouzedjar. Outre, les 118 résidences qui devraient être bientôt achevées, un centre de thalassothérapie, une salle polyvalente, un motel ainsi qu'une boîte de nuit baptisée « La coquille » avaient été imaginées dès 1998 par l'architecte Chevalier des Arts et des Lettres comme l'atteste les maquettes présentées à l'exposition.
Un projet à terminer au plus vite
Malgré 20 ans de labeur et de nombreux séjours de Daniel Grataloup à Oran, seule une infime partie du projet du village touristique a été réalisée et il reste encore des finitions à accomplir pour accueillir les premiers visiteurs. Une déception pour l'architecte suisse qui aujourd'hui ne souhaite qu'une seule chose : « Que les 118 résidences soient terminées et bien terminées ». Mais ce sera sans lui. « J'avais beaucoup de projets pour l'Algérie sauf qu'au bout 20 ans je me suis découragé », soupire Daniel Grataloup près de la maquette de la salle polyvalente. « C'est le seul chantier parmi tous ceux qui j'ai fait dans le monde entier où je n'arrive à rien à cause du manque de volonté et de professionnalisme des ouvriers embauchés », s'emporte l'architecte d'origine lyonnaise appuyant sa critique sévère par le récit de toutes les mésaventures vécues depuis les débuts des travaux.
Malgré les difficultés et le retard accumulé, Brahim Mekki, lui, veut encore y croire. « C'est un projet de développement pour l'Algérie qui s'inscrit sur le long terme », explique le promoteur originaire d'Oran invoquant les nouveaux dispositifs étatiques d'aide à l'investissement touristique. « On va terminer le ksar avec la nouvelle société de gestion créée récemment puis on construira les infrastructures touristiques nécessaires », explique-t-il. A en croire les réactions du public suisse, « ce musée à ciel ouvert » d'après les mots de Brahim Mekki ne manquera pas d'attirer les touristes étrangers curieux de découvrir en Algérie l'architecture de Daniel Grataloup à grande échelle. « Ce serait l'occasion de programmer une excursion culturelle en Algérie », suggère ainsi une dame à l'issue de la conférence. Reste à achever cet ambitieux projet.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nejma Rondeleux
Source : www.maghrebemergent.info