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Ahmed Bouyacoub, Professeur d'économie Université d'Oran 2



Ahmed Bouyacoub, Professeur d'économie Université d'Oran 2
Votre question est importante et je m'étonne aussi que ce problème crucial de l'économie nationale soit l'objet de peu d'études de la part des institutions concernées et des chercheurs.La Banque d'Algérie, fournisseur important d'informations fiables, a cessé de publier les rapports réglementaires. On attend toujours le rapport annuel de 2015 et, jusqu'à aujourd'hui (octobre 2016), elle n'a publié aucun rapport de conjoncture concernant les trois premiers trimestres de 2016. Le dernier rapport de conjoncture, du quatrième trimestre 2015, ne fut publié qu'en juillet 2016, précédé par une note concernant justement l'inflation apparemment rédigée en décembre 2015.Cette note résume la question de l'inflation qui s'est relancée à partir de l'année 2015. De plus, dès le mois de mars 2016, la question de l'inflation commence à se poser sérieusement. En effet, pour 2015, l'inflation a atteint le taux de 4,8% contre seulement 2,9 % en 2014.Que dit le rapport de la Banque d'Algérie ' Il part du constat qu'au cours de la période allant de septembre 2014 à octobre 2015, il y a eu une accélération de l'inflation due, en grande partie, à la hausse des prix enregistrée par les produits alimentaires et à un degré moindre par les biens manufacturés. Il passe en revue les principales causes habituelles de l'inflation en Algérie. On peut les résumer de la manière suivante :- Le marché mondial des produits agricoles a été de tendance fortement baissière au cours de l'année 2015. Les cours internationaux ont chuté de manière importante (à titre d'exemple, la tonne de sucre poudre coûtait 400 $, la tonne en août 2014 et seulement 250 $ en août 2015, le blé dur passe de 264 à 210 $ /tonne).- En Europe et aux Etats-Unis d'Amérique, l'inflation est quasiment nulle et les calculs réalisés par la Banque d'Algérie montrent le très faible niveau de l'inflation importée pour les 24 biens et services à fort contenu d'import et représentant un poids de 23,4% dans l'indice de consommation. Par ailleurs, elle précise que «l'indice national des valeurs unitaires (IVU) des biens alimentaires importés a reculé de 2,5 points de pourcentage à -0,2 % en 2015».- L'examen détaillé des données concernant l'offre et la demande des produits agricoles frais (légumes, viandes et lait) révèle aussi que la hausse des prix n'est pas la résultante d'une insuffisance d'offre. - Enfin, l'expansion monétaire (M2) a été «historiquement faible» en 2015, et limitée à 0,1%, alors qu'elle a été de 14,6% en 2014. Habituellement considérée comme une source d'inflation, cette fois ci elle ne semble pas avoir été à l'origine de la poussée inflationniste.La conclusion de cette étude est intéressante et je la rappelle pour les lecteurs, car le rapport déclare que «l'ampleur de l'inflation en 2015 ne peut s'expliquer ni par l'expansion de la masse monétaire, dont le rythme a été quasi nul, ni par l'inadéquation de l'offre à la demande, ni par l'évolution des prix mondiaux des produits de base importés» (note de conjoncture de la Banque d'Algérie 4e trimestre 2015).Ce même rapport, comme l'étude sur l'inflation, concluent qu'«il convient plutôt d'en rechercher les causes profondes dans les dysfonctionnements du marché, notamment celui des produits agricoles frais, caractérisé par une traçabilité limitée des transactions et une faible régulation».La pierre est jetée au secteur chargé du contrôle et de la régulation des marchés. Un rapide coup d'?il sur le rapport de conjoncture publié par le ministère du Commerce révèle, pour sa part, que pour l'année 2015, «les opérations de contrôle se sont soldées par 747 109 interventions permettant la constatation de 149 112 infractions et l'élaboration de 136 546 procès-verbaux».En revanche, sur ces contrôles, dont le nombre semble très important, la «pratique des prix illicites représente 3245 infractions, soit 2,1%». La pratique de prix illicites, qui serait un facteur d'inflation, est donc «très marginale», selon les contrôles effectués par les directions de contrôle économique et de la répression des fraudes. Pour répondre à votre question, nous avons un grand besoin de recherches scientifiques dans ce domaine. Les facteurs habituellement invoqués pour expliquer cette «inflation» sont donc écartés par les institutions concernées par ce problème. La question sur l'origine de cette poussée inflationniste reste posée.
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