Oran - A la une

Ahmed Ben Bella



Ahmed Ben Bella
Le premier président de l'Algérie indépendante a constitué un mythe comparable à ceux d'Abdel Nasser et de Fidel Castro.La mort du premier président de la République démocratique et populaire d'Algérie met en évidence des mutations exceptionnelles. Cet homme, dans ce que l'on appelait alors le tiers-monde, a constitué un mythe comparable à ceux d'Abdel Nasser et de Fidel Castro, sauf qu'il n'a été au pouvoir que pendant deux années. Il n'a jamais été un théoricien et n'a jamais écrit de livre, contrairement aux deux autres grands révolutionnaires. Mais il avait cet ascendant des tribuns et ce charisme du chef qui lui ont permis de s'imposer parmi les neuf leaders historiques qui, le 10 juillet 1954, prirent dans la clandestinité la décision de proclamer l'insurrection algérienne, qui devait débuter le 1er novembre de la même année. Trois d'entre eux furent tués, tous les autres furent arrêtés. Entre tous ces hommes - parmi lesquels on avait longtemps cru qu'il ne pourrait jamais surgir une forte personnalité, la colonisation s'étant appliquée à détruire les élites algériennes par tous les moyens - il y avait des différences considérables. Mais celui dont ses amis disaient déjà qu'il était un prodigieux "animal politique", c'était bien lui, Ahmed Ben Bella. A ce moment-là, personne ne soupçonnait qu'un Brutus de grande envergure, Houari Boumédiène, n'attendrait pas longtemps avant d'abattre ce jeune César. La supériorité politique de Ben Bella n'allait cependant pas être sans conséquences pour le destin de l'Algérie. Le fait le plus important, dès le départ, c'est qu'il s'était évadé d'une prison française, où il subissait une peine légère, pour s'enfuir au Caire. La grande Egypte n'était plus seulement celle des pharaons ou des Ptolémée, elle était depuis longtemps le c?ur du monde arabe, la puissance qui s'était imposée face aux Perses devenus iraniens et aux mésopotamiens qui vivaient en Irak. L'Egypte était en fait et surtout le pays où un officier, meurtri par la victoire du petit Etat israélien sur les armées arabes, avait renversé une monarchie corrompue et pris la tête d'une révolution.Et cet homme, Gamal Abdel Nasser, après avoir provoqué l'intervention militaire de la France, de la Grande-Bretagne et d'Israël, avait trouvé le moyen de se faire protéger par l'Union soviétique et par les Etats-Unis. C'est cet Arabe prestigieux et vainqueur, adoré de toutes les foules arabes au-delà de ses frontières, que Ben Bella est allé rencontrer. Il avait été, de loin, l'admirateur. Sur place, il va en devenir le disciple. Pendant la guerre d'Algérie, il coordonne depuis l'Egypte toutes les organisations destinées à fournir à ses frères en insurrection les armes et les fonds. Les intellectuels français théorisent, soutiennent et s'engagent Où en est le monde à cette époque ' Il est celui de la guerre froide mais aussi celui du soulèvement des peuples colonisés, de l'insurrection des "damnés de la terre", de la "révolution dans la révolution". C'est le monde des non-alignés, des révolutionnaires indépendants, de l'hostilité à l'Occident et, bientôt, de la haine des Etats-Unis.Dans chaque mouvement et dans chaque pays, un homme incarne ce nouveau grand soulèvement. Il ne faut pas oublier que ce soulèvement a des soutiens dans les pays occidentaux. C'est à Paris que s'organisent les mouvements marxistes, léninistes, maoïstes, pol potiens. Les intellectuels français théorisent, soutiennent et s'engagent. Mais c'est aussi à Paris que le combat anti-colonialiste suscite une justification de ce qui va devenir le nationalisme autoritaire des Arabes. Un certain nombre de futurs leaders vont emprunter, et élargir aussi, les méthodes autoritaires de la révolution socialiste et la mystique de l'arabisme. Il peut paraître aujourd'hui singulier mais il est remarquable qu'il ne soit jamais question, à l'époque, de l'islam. Dans les sociétés jadis formées par la France, on associe alors l'héritage de la Révolution française et la contagion des nationalismes arabes. "Mais on ne peut être en permanence en révolution !"C'est dans cet univers qu'Ahmed Ben Bella va se cultiver, s'épanouir, se former. Il fait partie de la secte du Caire, opposée à celle des maquis, souvent kabyles. Il combat pour l'Egypte de Nasser et il gagne, pour son Algérie et il en devient le chef, mais il n'oublie jamais non plus le combat pour les Palestinien. Pour les "maquisards" de l'intérieur, en revanche, c'est l'Algérie souveraine, démocratique et diverse qui compte le plus. Ils sont des patriotes algériens bien plus que des nationalistes arabes.J'ai eu l'occasion de rencontrer Ben Bella au Caire, à Tunis et enfin Alger dès après l'indépendance. Pour célébrer ces fêtes, l'un des invités était Che Guevara lui-même, que le romancier Juan Goytisolo m'avait fait rencontrer. J'ai ensuite accompagné Ben Bella, lors de son premier voyage comme président, en Egypte. Dans l'avion, il m'a confié que Guevara était l'un des hommes dont il se sentait le plus proche. J'ai déjà écrit cela. Et surtout que Ben Bella avait ajouté : "Mais on ne peut être en permanence en révolution !"Ben Bella,un président buteur s'est éteint?Ahmed Ben Bella, qui fut le premier président de l'Algérie indépendante, est décédé le 11 avril, il avait 96 ans. Né le 25 décembre 1916 à Maghnia, en Oranie, au sein d'une famille de commerçants, Ahmed BEN BELLA (de son vrai nom Messaoud MEZZANI) a joué une saison sous le maillot olympien (1939/40), mais il ne disputa qu'une seule rencontre, en Coupe de France à Cannes contre le FC Antibes (9-1), le 29 avril 1940. Un match durant lequel cet attaquant réserviste trouva le chemin des filets à une reprise. Après avoir participé aux campagnes italienne et française et suite aux événements de Setif en mai 1945, Ben Bella rejoint le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques puis entre dans l'Etat-Major de son organisation paramilitaire clandestine OS (Organisation Spéciale). Arrêté en 1950, il s'évade en mars 1952 et vit clandestinement en France et en Egypte où il prépare le soulèvement du 1er novembre 1954. Chef historique du FLN, Ben Bella est à nouveau intercepté en 1956. Libéré avec les accords d'Evian (18 mars 1962), il préside le gouvernement avant d'être élu président de la République algérienne le 15 septembre 1963. Renversé par le colonel Boumedienne en juin 1965 et séjourne en prison jusqu'en 1979. Exilé en Europe, il rentre en Algérie en 1990 où il restera jusqu'à la fin. Aujourd'hui, il n'existe guère de sujet qui fasse consensus en Algérie, hormis peut-être la " lutte héroïque " pour l'indépendance et le foot. Ahmed Ben Bella, premier président de la " République algérienne démocratique et populaire", et surtout ancien joueur de l'olympique de Marseille, avait le mérite, ou la chance, de cumuler les deux. Un seul but et puis l'indépendance !7 juillet 1981. Ahmed Ben Bella est l'invité de l'émission " Grand débat " sur TF1. Jean Cau, journaliste de L'express (et pas encore écrivain " païen " de la nouvelle droite), essaie de comprendre comment cet enfant de la méritocratie scolaire coloniale, ce militaire héroïque (médaille militaire) de la campagne d'Italie, a pu basculer contre la France. Bref qu'a-t-on bien pu lui faire pour qu'il se montre si ingrat ' L'homme qui sort tout juste de quinze ans d'internement après avoir été déboulonné par le colonel Boumediene, balaie d'une étrange manière la question piège: " On m'a absolument rien refusé. (..) si je voulais un poste , je l'avais à l'Olympique de Marseille, j'étais très bien payé, j'avais un avenir, croyez moi, certain. (...) je jouais bien au football. (...) j'étais demi-centre de l'olympique de Marseille, on m'avais proposé un contrat. Alors vous savez, demander quel poste ' Celui de garde champêtre ' J'avais un poste tout trouvé à Marseille. " Vue de la Casbah, une telle révélation s'apparente à découvrir chez nous que De Gaulle a renoncé à un poste de n°10 au Losc pour rallier Londres. Car Ahmed Ben Bella représente bien davantage qu'un des fondateurs du FLN. Il était un des derniers survivants de la grande aventure décolonisatrice du vingtième siècle, coincé entre Fidel Castro et Nelson Mandela. François Hollande qui s'est rendu en pèlerinage auprès de lui à Alger en décembre 2010 l'a fort béatement résumé " C'est toujours émouvant de voir l'Histoire, et Ben Bella c'est l'histoire. " Et l'occasion de parler ballon et nostalgie, plutôt que du Tribunal Russell sur la Palestine ou de son prix Kadhafi des droits de l'homme. Le foot peut s'avérer tellement pratique pour se faire de nouveau copain sans aborder les sujets qui fâchent ! Donc, petit retour en arrière. Ahmed Ben Bella est un jeune appelé de 23 ans, devenu sous-officier au 141e régiment d'infanterie alpine. Il s'ennuie ferme devant sa batterie DCA à Marseille, au cap Janet. Il aurait du être démobilisé mais la " drôle de guerre " l'a planté devant la Méditerranée à guetter la Lutwaffe. En gros, comme tout le pays, il attend à l'abri de la ligne Maginot. Pour tuer le temps, il joue beaucoup au foot, sa première grande passion. Celle qui ne l'a jamais quitté depuis les premiers terrains poussiéreux de sa ville natale de Maghnia, à la frontière marocaine, jusqu'au club de Tlemcen, ou il était parti étudier. Le foot constitue alors un peu sa planche de salut. Il en parle en des termes presque camusiens, une sorte de refuge face à l'injustice de la société coloniale, mais que lui vit d'en bas. Dans le livre que lui consacre Robert Merle (l'auteur de "Week-end à Zuydcoote.") en 1965, il l'explique assez simplement " Quand je poussais le ballon devant moi en dévalant à pleine vitesse vers les buts adverses, personne ne me demandait si j'étais " arabe " ou " européen " . Débarqué à Marseille, et bien qu'ayant déjà tâté du nationalisme balbutiant auprès du PPA (Parti du peuple algérien), il retrouve alors naturellement les chemins du stade, à son poste de demi-centre, qu'il affectionne avec une vision très football total avant l'heure . : " Je jouais demi-centre, et le demi-centre, abattait un travail extraordinaire, défensif et offensif. Il était toujours sur la brèche. Les méthodes aujourd'hui ont changé ; les équipes sur le terrain, se déploient autrement. " (cit. in. Robert Merle, ibid..)Il rejoint d'abord l'équipe de Château Gombert, un quartier au nord-est de la ville . Le conflit lui offre alors une opportunité inespérée. Car malgré la mobilisation générale qui a confisqué les meilleurs joueurs, la fédération décide de maintenir ses compétitions tant que se prolonge cette guerre sans escarmouche. Le championnat est divisé en trois zones: un groupe nord à 9 clubs, le sud-est avec 6 clubs et un groupe sud-est qui en aligne 5 (l'OM, Saint-Etienne, Nice, Antibes et Cannes). Le club phocéen accepte de s'inscrire, sûrement encore râgeux de ses deux titres de vice-champion successifs. S'il peut compter sur quelques pros étrangers non concernés (le grec Dimitri Contopanos , le suisse Ferdinand Bruhin, ...), et d'autres pas encore appelés ( le gardien Jacque Delachet affiche à peine 18 ans au compteur), il doit remplumer ses rangs. On va chercher au plus près, parmi les militaires en caserne et les amateurs de bon niveau. Ahmed Ben Bella endosse ainsi le maillot ciel et blanc, succédant dans le filon nord-africain, à la "perle noire" Ben Barek qui avait entre temps rejoint Casablanca et l'US Marocaine. Il y retrouve Camille Malvy, pied-noir oranais et Emmanuel Aznar de Sidi Bel Abbès. Parmi les stars, reste l'autrichien Frédéric Donnenfield, qui entrainera la Colombie et la Hollande dans les années cinquante. Enfin cette troupe bricolée est coachée par un Hongrois de 34 ans, Joseph Eisenhoffer, qui chausse aussi parfois les crampons. Entre contraintes de la vie sous l'uniforme et collègues déjà en place, Ahmed Ben Bella ne rentre pas dès le départ dans l'équipe type qui matche à l'Huveaune (le vélodrome, inauguré en 37, n'a pas encore détrôné son prédécesseur et il est souvent réquisitionné par l'Armée). Pourtant, c'est comme titulaire qu'il foule la pelouse du FC Antibes ce 21 avril 1940. L'OM écroule son petit voisin sous un déluge de 9 buts, dont une concrétisation par le jeune algérien. Malheureusement, ce dernier n'aura pas beaucoup d'autre occasion de prouver sa valeur contre des adversaires plus coriaces. Le 10 mai les panzers percent à Sedan. L'armée Française s'effondre. L'armistice est signée. Ahmed Ben Bella est démobilisé et c'est donc à ce moment qu'il affirme avoir refusé une offre alléchante de son dorénavant ancien club. Ce n'est pas impossible au vu des besoins en joueurs qui n'ont fait que s'accentuer avec l'occupation et la coupure en deux du pays. Quoiqu'il en soit, il retourne en Algérie. Dans le club qu'il remonte aussitôt, il découvre rapidement les méthodes du pétainisme triomphant "Dans l'équipe que j'avais formé à Maghnia, mon ailier gauche était un juif, Roger Benamou. On imagine pas les pressions qui furent faites sur moi par les autorités locales, de 1940 à 1943, pour que je le chasse de mon équipe. On alla jusqu'à me menacer de prison si je n'obéissais pas aux " suggestions ". Mais je refusais jusqu'au bout à pratiquer à l'égard d'un excellent camarade l'odieuse ségrégation raciale dont j'avais été moi même si souvent victime. "(cit. in. Robert Merle, ibid..) La suite est connue. La guerre au sein du 5e régiment de tirailleurs marocains. Le combat pour l'indépendance. Arrêté avec une Délégation des principaux dirigeants du FLN après le détournement par l'armée française de leur avion le 22 octobre 1956, il ne sera donc pas de la constitution de l'équipe du FLN, à laquelle il ne cessera de rendre hommage néanmoins par la suite. Car, devenu chef de l'état, le football demeura malgré tout une manie. L'historien Youcef Fates se souvient de la sorte l'avoir vu débarquer en hélicoptère en 1963 "Nous étions en train de jouer au football sur un terrain d'aviation que l'armée française a abandonné au moment de l'indépendance quand deux hélicoptères russes atterrissent pas très loin de nous. Ben Bella en tenue " col Mao " descendit. Bien sûr, comme à l'accoutumée il nous a fait un discours improvisé sur " la bourgeoisie et la réaction ". Et il s'associa à nous en échangeant quelques passes de football. " Néanmoins son sport préféré lui fut paraît-il fatal. Obsédé par la venue de la sélection brésilienne à Oran le 17 juin 1965 (il posa longuement en compagnie de Pelé et Garrincha), certains affirment qu'il en ignora les signes avant-coureurs du coup d'état qui se tramait et éclata deux jours plus tard, le 19 juin. Pour ainsi dire, à en croire la légende, il préféra l'Algérie à l'OM, et la Sélecao à son poste de président !


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)