C'est probablement l'une des personnalités les plus sollicitées depuis le début de ce Festival d'Oran du film arabe, que ce soit de la part du monde de la presse ou du public oranais, dont certains ne se cachent pas être des 'fans du père de l'unique émission sur le cinéma" qu'ait connue la télé algérienne. Ce dernier s'est facilement prêté au jeu des questions-réponses pour 'Liberté", lui qui dit aujourd'hui vouloir prendre du recul, se consacrer à la réflexion, à l'écriture.
Liberté : Quelle est votre contribution à la 6e édition du Fofa '
Ahmed Bedjaoui : J'ai donné des suggestions et aidé modestement quand on m'a sollicité, par exemple en mettant à disposition mon réseau de contact dans le domaine du cinéma dans les pays arabes et du Golfe. Je ne fais que répondre à des sollicitations et je n'ai pas exprimé de demande. Mais j'attends beaucoup de ce festival, les membres du comité ont énormément travaillé, j'espère que le Fofa montera encore en puissance.
Face aux autres festivals qui se déroulent actuellement dans d'autres pays arabes, quelle place et quelle identité peut et doit prendre le Fofa '
Ce n'est pas un festival sous-traité comme on nous oppose à celui d'Abu Dhabi ou Marrakech, ça c'est un festival d'Algériens, mais il est vrai que ce n'est pas une raison pour être médiocre, non ! L'identité est là, c'est un festival arabe ! C'est le seul festival international qui a délibérément choisi le thème 'Festival du film arabe"... C'est courageux et je pense qu'il faut le garder ainsi pour encourager le film arabe. Mais je pense, par contre, qu'il faut peut-être le séparer dans le temps, ne serait-ce que du festival d'Alger où j'étais. 6 mois de séparation dans le temps pour que chacun puisse faire sa sélection librement. Décembre est un mois où il y a trop de festivals et de festivals nantis, on a les moyens qu'on peut ici. Donc, il vaudrait mieux le déconnecter et réfléchir à cela.
Quel est votre regard sur le cinéma algérien des années 1960-1970, et aujourd'hui en quoi cela est-il différent ou moins prolixe '
Pour la majorité des observateurs et des jeunes en particulier, à qui on a inculqué que tout ce qui se faisait dans les années 1960-1970 était magnifique, il y a une nostalgie de cette époque.
En réalité, la vrai différence avec cette époque, justement, c'est qu'il y avait de l'espoir et une vision très optimiste de l'avenir. Il y a une mémoire enjolivée par une nostalgie car la vraie différence, toujours avec cette époque, c'est qu'il n'y avait pas de festival, seulement la Cinémathèque, mais une grande Cinémathèque. Elle recevait le monde entier ; elle faisait office de tous les festivals. Aujourd'hui, regardez, il y en a beaucoup plus.
De plus, cette différence est aussi à trouver dans le public. Peut-on dire qu'on fait plus de films aujourd'hui ' Non, c'est la même moyenne, au contraire il y a plus de talents maintenant. Mais, à l'époque, il y avait un public de cinéphiles qui allait au cinéma, c'est pour cela que j'ai pu parler de cinéma dans une émission de télé. Aujourd'hui il n'y a pas de salles. Quand quelqu'un fait un film, il va aller dans deux ou trois salles, c'est tout. Il n'y a pas de fenêtre sur le cinéma.
Pourtant le public est demandeur, même chez les jeunes...
Les jeunes consomment individuellement du cinéma, on les a privé de cinéma. Les circonstances ont fait que les salles ont été confiées aux communes, cela n'a pas été un choix politique je pense. Mais, voilà, les salles de cinéma, cela doit être une affaire d'exploitants, que des distributeurs se remettent au c'ur du marché du cinéma. Faire des films, les acheter, les vendre, les distribuer... Ce n'est pas à l'Etat de faire tout cela, il faut arrêter ! L'Etat doit aider à la création, à la production, hors, aujourd'hui, l'Etat monopolise tout, c'est une méthodologie fallacieuse, on se trompe. Il faut laisser faire le marché et les producteurs et reprendre le problème à l'origine et arrêter cet amateurisme qui confine à l'imposture. Il y a des gens qui ne connaissent pas du tout le cinéma et qui sont en train de le présurer ; il faut arrêter !
C'est là un discours que vous avez probablement tenu souvent en direction des responsables '
Oui, j'ai essayé de toutes mes forces d'influer sur le cours des choses. Je sais qu'il y a beaucoup de parties dans le cinéma qui influent, il y a eu des erreurs commises, et les gens d'aujourd'hui, certes, héritent de cette situation. On a remis le monopole de l'Etat et on a diabolisé le privé, comme pour les médias privés alors qu'on laisse une télé comme Al Jazzera qui fait des dégâts incroyables et on considère qu'elle est moins dangereuse que le privé national qui est patriote.
C'est une démarche totalement fausse à mon avis, il faut laisser le privé réguler le marché du cinéma. Désormais, j'ai choisi de prendre du recul car je ne peux pas assumer une orientation telle quelle ; il y a des divergences profondes sur la manière de gérer les choses, sur les orientations, sans que je puisse accabler les gens. J'espère qu'un jour on va arriver à entrer dans une vraie réforme. Ceci dit, devant mon impossibilité d'agir et d'influer, je préfère me retirer et me consacrer à mes étudiants, à l'écriture, à la réflexion et apporter mon témoignage sur ce que j'ai vécu.
D. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : D LOUKIL
Source : www.liberte-algerie.com