
Mois de la solidarité, de la piété, de la miséricorde, de la patience mise à (rude) épreuve, de la privation plus ou moins consentie... tout cela est unanimement partagé. Mais soyons honnêtes, la majeure partie des Algériens tremble comme une feuille à son approche, surtout qu'il « tombe » en plein été. La journée de carême s'étirera à presque n'en point finir. Pour d'autres musulmans, on ne sait, mais dans la culture locale, chacun ira de son appréhension : le sevrage du déjeuner matinal, du café, de la cigarette, de la bière, du maquillage, de la drague et des rendez-vous galants, des blagues grasses et du colportage de ragots, des excès de nervosité, de la petite baignade en mer et de la bronzette en deux pièces, des larcins, des indues augmentations des prix, du fardage des étals, de la commercialisation de bizarreries alimentaires qui envoient illico le consommateur tester l'efficacité du service médical..., bref un tas de petits et grands plaisirs, ou un tas de petits et grands défauts, c'est selon. Et la liste est bien plus longue, que l'on doit brutalement abandonner pour adopter un comportement socialement plus sain et religieusement plus conforme aux préceptes du Coran et de la Sunna. C'est justement cela l'esprit du Ramadhan. Faire violence à ses pulsions naturelles ou acquises, pas toujours du meilleur conseil, et dompter un corps aux besoins dictatoriaux pour le soumettre au mental, à la raison. Ailleurs, où reste encore inconnu cette chance annuelle d'exercer l'aptitude à exorciser les mauvais penchants, à expulser l'énergie négative accumulée, les gens s'essaient à coups de centaines d'euros ou de dollars aux contorsions du yoga, à la gymnastique neuronale de la méditation transcendantale et autres appellations ésotériques. En terre d'Islam, les ulémas préconisent tout simplement d'observer le jeûne. Médicalement, ses bienfaits sur l'organisme sont attestés par les scientifiques. Au demeurant, tous les êtres vivants « supérieurs » connaissent une période de repos alimentaire, génétiquement programmée comme chez l'ours, qui hiberne, ou par l'indisponibilité régulière de gibier. Mais le Ramadhan, c'est bien plus que la privation de bouffe, en général de mal-bouffe d'ailleurs. Comme il est bien rare qu'on ne retombe pas dans ses travers alimentaires et autres petites addictions, c'est surtout bon pour l'âme. Il invite à dépasser la rumination quotidienne et retrouver l'humain, son humanité, à travers le partage d'un repas ou d'un peu de sa richesse, l'aumône d'une bonne parole, d'un sourire, d'une marque de respect... Il invite tout simplement à ce savoir-vivre qui, tous les jours, nous fait souvent défaut au point d'oblitérer notre capacité à jouir pleinement, en dépit du confort matériel, de la vie, d'une vie de privilégié même si on n'en a pas toujours conscience. L'esprit du Ramadhan c'est aussi l'opportunité offerte de comprendre, de découvrir que les profits d'ici-bas sont de la petite monnaie comparée au gros lot à décrocher dans l'au-delà. Il n'y a que ceux qui jouent qui gagnent, dit la fameuse pub. Mais contrairement à la loterie, ce jeu populaire qui ne tolère qu'un seul élu, la mise est, dans ce cas, gagnante à tous les coups. Seulement, il faut avoir la foi ! Certains s'y refusent carrément et ne font pas carême, quelques uns s'y essaient pour la première fois ou y reprennent goût, d'autres s'y résignent sous la contrainte sociale, juste pour faire comme tout le monde, et le reste le fait comme il en a l'habitude. Rien de plus normal comme situation... si les goujats qui infestent la communauté, et qui se cachent en nous tous, il faut se l'avouer, ne venaient pas pourrir la vie à ceux qui veulent se la couler douce, au moins pendant le jeûne. Heureusement, l'Adhan venu et le ventre enfin tendu, tout ce monde se réconcilie pour une plaisante veillée. Ben oui, le Ramadhan, c'est aussi la réconciliation, avec soi et avec les autres !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : O M
Source : www.horizons-dz.com