«Wikileaks», un site web d'informations, spécialisé dans la recherche et
la diffusion d'informations sensibles et censurées, vient de créer un
«scandale» international autour de la guerre en Afghanistan. Comment cela
est-il possible et pourquoi maintenant ? Et si la fiction a rejoint le réel
dans le monde du renseignement stratégique ?
C'est le feuilleton de l'été.
Reprenant des informations du site «Wikileaks», autre version du site
«Wikipédia», spécialisé dans la diffusion des informations non autorisées,
censurées ou secrètes (traduit en français, Leaks veut dire fuites), la presse
anglo-saxonne, en l'occurrence le New York Times (USA), The Guardian
(Angleterre) et Der Spiegel (Allemagne), a publié simultanément des extraits de
rapports de l'armée américaine, du Pentagone et de la CIA sur les bavures,
doutes et crimes des forces armées engagées dans la guerre en Afghanistan.
92.000 documents retraçant les «affres» commises par les armées coalisées à
l'encontre des civils afghans entre janvier 2.004 et décembre 2.009 sont en
possession des animateurs du site Wikileaks. Il est question aussi de collusion
entre les services de renseignements pakistanais (ISI), américains (CIA), de
lutte d'influence et de corruption dans la hiérarchie afghane et de mensonges
et manipulations des opinions publiques occidentales sur la réalité de la
guerre en Afghanistan. Enfin, l'Iran est accusé ouvertement de soutien armé et
logistique aux talibans afghans. Autant dire que l'affaire prend les tournures
d'un véritable scandale «d'Etat» international qui met au grand jour les luttes
d'influences et les stratégies des alliés occidentaux dans la région. L'affaire
du Watergate qui a fait chuter aux USA le président Nixon en 1974 est une
plaisanterie en comparaison du scoop de Wikileaks. Qu'à cela ne tienne ! De quoi
s'agit-il au fond ? Que nous apprennent les «grands» journaux anglo-saxons ?
Ils nous apprennent que des milliers de civils afghans ont été abattus par les
armées des coalisés en Afghanistan. Que la corruption est la loi suprême qui
gère les relations entre gouvernants et gouvernés en Afghanistan. Que la
collaboration des services secrets américains, pakistanais, afghans, anglais
etc. n'est pas aussi confiante, solidaire et propre. Tiens donc! Mais qui a dit
que la guerre en Afghanistan est propre (comme s'il y avait des guerres
propres), sûre et victorieuse, alors que depuis bientôt dix ans de guerre, les
talibans n'ont jamais été aussi confortés dans leur stratégie de guérilla ?
Mais que nous apprend de nouveau ce «scoop» mondial ? Une seule «exclusivité»
s'il en faut : l'Iran. Ou plutôt le soutien armée et logistique de l'Iran aux
insurgés afghans. Tiens donc! l'exclusivité mondiale est diffusée simultanément
en Europe et aux USA le jour même où les ministres des Affaires étrangères de
l'Union européenne adoptent à Bruxelles un train de mesures de sanctions, sans
précédent dans l'histoire de la diplomatie européenne, contre le régime
politique iranien. Vrai ou faux, le soutien iranien à la révolte des talibans ?
Là n'est pas le problème. Ce qui est étrange, c'est pourquoi n'a-t-on jamais
cité l'Iran dans l'aventure afghane après 10 ans de guerre ? Au contraire, les
médias occidentaux ont toujours mis en avant l'incompatibilité idéologique et
religieuse entre les talibans sunnites et les Iraniens chiites. L'Iran lui-même
a été la cible de plusieurs attentats terroristes attribués aux djihadistes
sunnites iraniens. Les relents d'une autre guerre contre l'Iran se font
sérieusement sentir ces derniers mois. Quand le conseiller à la Sécurité
nationale de la Maison-Blanche américaine, le général James Jones, déclare à la
suite de la publication de ce dossier «ultra secret» que «la sécurité nationale
de l'Amérique et de celle de nos alliés est en danger et que la vie des
citoyens est face à un péril», le doute n'est plus permis pour passer à
l'action et riposter au danger… iranien. Parce que pour le reste, les insurgés
afghans, les activistes pakistanais et les vices de la corruption…cela fait 10
ans que les armées engagées en Afghanistan les affrontent et vivent avec.
Jusqu'à la main tendue aux talibans depuis 2008. Ne reste dans cette masse
d'informations sensibles que la question iranienne.
A décharge du patron et fondateur
du site «Wikileaks», l'Australien Julian Assange, sa foi dans la mission
d'informer le monde sur les vérités de la salle guerre enclenchée par George W.
Bush. Même si les sources de son «scoop» mondial restent en dernière instance,
et pour ce cas précis, les services secrets américains.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Notre Bureau De Bruxelles : M'hammedi Bouzina Med
Source : www.lequotidien-oran.com