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Affaire Tati



Affaire Tati
Créée en 1948 par Jules Ouaki, dans l'idée de proposer des vêtements et des articles de maison à petits prix, présentés en vrac dans des bacs. Gros succès, qui va durer des décennies, Tati vit aujourd'hui une crise sérieuse qui va coûter cher non seulement aux employés mais aussi à ses clients.Qui n'a pas connu Tati, n'a pas connu Paris. Exagéré' Peut-être. Mais pas tant que ça. Bien souvent, en visite dans la capitale, la famille provinciale ne pouvait s'exonérer d'un petit tour chez Tati, dans le gigantesque magasin de 2 800m2 du Boulevard Rochechouart dans le célèbre quartier Barbes.Là, l'enseigne au logo si connu-motif vichy à carreaux roses et blancs avec le nom en bleu-propose à ses clientes et clients des vêtements, des chaussures et des articles de maison à petits prix.Dans les années 1980, l'histoire veut que le magasin de Barbes était l'un des "monuments" les plus fréquentés de la capitale, avec plus de 35 millions de visiteurs par an? Premières difficultésMalgré sa réussite, de nouvelles concurrences arrivent sur le marché, sur le même principe: des vêtements à pas cher (Kiabi, La Halle, H & M et Zara?). Tati avait du mal à résister est acculé à la cessation de paiement en août 2003.Le groupe Eram (via sa filiale Ventura) entre dans le capital à hauteur de 50'%. Il en devient l'unique actionnaire trois ans plus tard. Les projets ne manquent pas': ouverture de nouveaux magasins en France, dans les pays du Maghreb, en Europe de l'Est. Un site Internet est également mis en ligne, offrant plus de 10 000 références. Cinq offres conditionnelles sérieusesAprès avoir connu de belles époques, marquées par d'importants développements, Tati sombre petit à petit. Le groupe est placé en redressement judiciaire le 4 mai. Le groupe Eram décide de s'en séparer.Agora Distribution (Tati, Giga Store, Fabio Lucci et Degrif'Mania), a déclaré avoir reçu à ce jour cinq offres conditionnelles sérieuses et susceptibles de sécuriser 70% de ses emplois."Les offres sont encore conditionnelles mais elles ont été nettement améliorées par rapport aux propositions initiales", a déclaré vendredi à Reuters Michel Rességuier, PDG d'Agora.Le groupe a fait l'objet d'une seule offre globale, émanant d'un fonds d'investissement étranger, mais assortie de conditions difficiles à satisfaire.Cinq offres restent en lice, émanant des groupes Centrakor, Stokomani, Gifi, Maxi Bazar et Foir'Fouille, qui ne sont pas tous intéressés par les mêmes actifs."En les combinant, nous pourrions parvenir à ce que 70% des effectifs soient repris", a précisé le dirigeant.Agora emploie 1.720 personnes et détient 145 magasins, dont 120 enseignes Tati.Le tribunal de commerce de Bobigny examinera les offres le 29 mai et rendra sa décision huit jours plus tard.Mis en vente en février par le groupe Eram, Agora n'a pas reçu d'offres satisfaisantes et son dirigeant a préféré opter pour une procédure de redressement judiciaire "afin de protéger les actifs qui ne seront pas vendus".Pionnier du discount textile en France, Tati est en perte de vitesse depuis plusieurs années, dans un marché qui recule depuis la crise de 2008.Distancé par Kiabi, numéro un français de l'habillement (groupe Mulliez) et plus récemment par les offres à très bas prix de l'irlandais Primark, il a accusé une perte d'Ebitda de plus de 60 millions d'euros en 2016, sur un chiffre d'affaires de 345 millions d'euros.Le groupe Eram, fondé en 1927 par Albert-René Biotteau, reste aujourd'hui contrôlé par la famille fondatrice.Ça ne va pas vraiment fermer, hein 'Alors que le célèbre magasin du boulevard de Rochechouart a été placé en liquidation judiciaire, et pourrait, à terme, fermer, de nombreux habitants s'inquiètent de son avenir. Dans un reportage, des habitants ont exprimé leur inquiétude et leur mécontentement de la situation actuelle du groupe. "Dites, ça ne va pas vraiment fermer, hein '" demande un habitant à Lazhar. L'agent de sécurité, posté devant la porte close du magasin Tati du 4, boulevard de Rochechouart, dans le quartier de Barbès (18e arrondissement de Paris), prend un air impassible : "Si, ça n'ouvrira plus jamais.", après il éclate de rire. "C'est une blague, ça rouvre demain. Mais on ne sait pas pour combien de temps encore." Ce jeudi 4 mai, le rideau est baissé de manière exceptionnelle, le temps d'un jour de grève et de manifestation. Les salariés sont inquiets pour leur avenir : le groupe propriétaire de l'enseigne, en difficulté financière, a été placé le jour même en redressement judiciaire. Aucun des sept repreneurs potentiels ne veut conserver l'ensemble des 140 points de vente de Tati, ni la totalité des salariés.Devant l'avenir incertain du magasin de Barbès, un vent de panique saisit les riverains. "C'est la vingtième fois qu'on me demande si ça va fermer ce matin", explique l'agent, qui réside lui-même dans ce quartier. "Tout le monde ici est très attaché à l'enseigne. Les gens viennent plusieurs fois par semaine, pour acheter du shampoing ou du déodorant. C'est moins cher qu'ailleurs." "Mais la renommée de Tati est beaucoup plus large, elle s'étend dans le monde entier", explique le sociologue Yankel Fijalkow, professeur en études urbaines. Un constat partagé par Aminata, 25 ans, qui a grandi dans le quartier. "Quand je rentrais en vacances chez mes grands-parents, au Sénégal, j'achetais une valise vide que je remplissais de vêtements Tati pour mes cousins." La jeune fille poursuit. "Dans les rues de Dakar, on trouve des sacs aux couleurs du logo. Tati y est bien plus célèbre que les grands magasins parisiens comme les Galeries Lafayette." "Tati, c'est Barbès"L'enseigne n'a pourtant rien en commun avec les boutiques cossues qui font la renommée de Paris à l'étranger. "C'est un magasin populaire qui pratique des bas prix. Les gens s'arrêtaient devant, dans la rue, pour fouiller dans de grands bacs où étaient disposés des vêtements en vrac", expose le sociologue Yankel Fijalkow. La marque au logo imprimé Vichy s'est installée dans le quartier en 1948. "Elle reflète son identité : Tati, c'est Barbès." Pour certains habitants, la fermeture de Tati signerait l'arrêt de mort du Barbès populaire, déjà en pleine mutation.
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