Oran - A la une

Abdelaziz Ziari: «Les réformes profondes n'ont pas eu lieu»



L'ancien président de l'APN Ab-delaziz Ziari a affirmé, hier lundi, que «nous sommes déjà dans la transition depuis l'annulation des élections». Il a expliqué à la radio nationale que «reporter les élections, c'est entrer dans une phase de transition non prévue par la Constitution algérienne». «Je suis perplexe devant cet attachement à la Constitution, article par article, car en reportant les élections on entrait dans cette phase transitoire».Interrogé sur les objectifs de la formation du nouveau gouvernement, M. Ziari a relevé qu» 'effectivement, il fallait bien qu'il y ait un gouvernement, que les affaires de l'Etat soient gérées, car nous avons des engagements avec des pays, avec nos citoyens, et donc c'est une nécessité technique». Pour autant, après l'annulation des élections, «dans cette situation, la Constitution n'a pas prévu cette insurrection citoyenne, avec un caractère inédit. Personne n'a prévu cela, ce ne sont pas des manifestations revendicatives comme on en voit ailleurs. C'est un peuple qui est dans la rue, qui devait avoir des interlocuteurs». Sur le refus des Algériens de l'article 102 de la Constitution, il a estimé que «les articles de la Constitution sont un guide, et si la nécessité l'exige à un moment ou un autre, on peut effectivement mettre entre parenthèses les éléments de tels ou tels articles qui ne sont plus applicables, et qui ne peuvent pas résoudre une situation. Il faut donc une décision politique pour la sortie de crise». Pour l'ex-président de l'APN (2007 - 2012), il y a une rupture de confiance réelle entre dirigeants et dirigés, et l'ANP a été obligée de s'exprimer devant la faillite des politiques et de prendre position du côté du peuple».
Pour autant, il s'interroge si la période de «transition est suffisante pour mettre les mécanismes qui permettent au peuple de s'exprimer non pas par la rue, mais par l'urne et désigner ses représentants dans des conditions où il n'y a aucun doute sur l'intégrité et la réalité des résultats».
«En fin de compte, c'est cela qui est visé, est-ce que cette période sera suffisante ' Je ne le crois pas trop, car il faut mettre en place des mécanismes et un staff national chargé de ces élections, pour qu'effectivement le peuple algérien ait la garantie que ceux qu'il va choisir seront ses véritables représentants et porteurs de ses revendications». «C'est un mode de gouvernance, qui va s'exprimer par la mise en place d'un nouvel équilibre entre les institutions, entre le législatif et le judiciaire».
M. Ziari estime par ailleurs que «nous finissons un cycle historique, celui post guerre de libération nationale dans lequel il y avait le poids de la légitimité historique, et que pour des raisons physiologiques, cette génération est en extinction, et il faut préparer cette nouvelle génération». «Les réformes profondes qu'il fallait faire, a-t-il précisé, n'ont pas eu lieu pour préparer l'après-Bouteflika». Pire, «il y a eu des ambitions dévorantes, qui se mettent en place, il y a des forces de pesanteur et de résistance qui ont prédominé et sont responsables de la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui», accuse M. Ziari. «Il faut un certain temps pour la mise en place de la nouvelle république, il faut que l'Etat fonctionne, mais il n'y a pas de dialogue réel pour le moment», a-t-il déploré, estimant qu'il faut que «ce dialogue s'installe, pour mettre en place les mécanismes nécessaires pour la mise en place de cette nouvelle république». Pour lui, «il y a un dialogue de sourds pour le moment où il y a la population avec l'appui de l'armée et le pouvoir, qui sont en train de fonctionner sans se rejoindre».
Interrogé sur la capacité du président du Sénat à mener à bien ses prérogatives dans le cadre de l'application de l'article 102, M. Ziari a expliqué que «le président du Sénat est capable, il n'a aucune intention de défendre qui que ce soit ou quelque chapelle que ce soit. Il est tout à fait susceptible d'accompagner cette transition avec honnêteté, mais ce n'est pas le point de vue des politiques qui est prééminent, mais celui de la population». «En tout cas, il ne faut pas que les hommes soient un obstacle à la résolution de la crise et aux intérêts de la population», estime t-il, relevant qu'il faudra «prendre les mesures nécessaires, qui nous permettraient d'avancer et de sortir de façon pacifique de cette crise». Pour les réformes, il estime qu'il fallait les faire «dès 2011, comme cela a été demandé par des politiques dont Abdelhapmid Mehri, mais des antagonismes ont fait que des réformes fondamentales et nécessaires n'ont pas été mises en ?uvre». Or, «la génération d'aujourd'hui n'accepte plus n'importe quoi, il fallait préparer la relève de la génération de l'indépendance bien avant», relève-t-il, avant de faire remarquer qu'»il y a une vision de certains qu'il fallait gérer de droit ce pays, une espèce de vision patrimoniale de l'Etat qui n'a plus cours aujourd'hui, qui est terminée. C'est ça qu'il fallait préparer, anticiper, et on ne l'a pas prévu». Pour la sortie de crise, M. Ziari estime que les «choses ont été clarifiées il y a deux jours, avec la nécessité de l'application de l'article 102 dans l'intérêt du pays». Pour lui, «le Président est un homme malade, qui ne peut plus assumer sa fonction présidentielle dans toute sa plénitude, nous avons eu l'impression ces années passées que ce n'était pas lui qui décidait, mais qu'il y avait des décideurs qui se situaient complètement hors du champ institutionnel». En réalité, «la fin du mandat s'achève le 28, et donc que l'affaire du président Bouteflika est entendue. Le problème est comment assurer cette transition, et ne pas laisser de vide à la tête de l'Etat». «Voilà pourquoi l'article 102 est utile, c'est pour éviter le vide à la tête de l'Etat après le 28 avril, et s'il y a des mesures à l'avenir à prendre, il faut les prendre, et nous allons voir comment le peuple va répondre vendredi, car le dialogue entre le peuple et le pouvoir se fait le vendredi».
M. Ziari relève en outre qu»'il aurait été utile de donner des signaux à la population qu'elle a été entendue, mais je ne crois pas qu'elle a été entendue», sur la composition du nouveau gouvernement. «L'idéal est de mettre en place pendant cette période tous les mécanismes, avant d'aller vers les élections, car habiller un nouveau président avec cette Constitution me paraît être une source de préoccupation pour l'avenir», estime encore l'ancien président de l'APN pour qui «l'idéal aurait été de faire naître cette deuxième république à travers des changements de façon progressive et à travers des changements dans la Constitution, qui est un élément important dont la mise en place de l'instance des élections pour assurer et garantir la sérénité de ces élections et leur régularité.»
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)