
Les artistes arabes préfèrent bivouaquer dans le Méridien, le Sheraton et le Royal et ne sortir que pour s'éclater dans les soirées organisées dans le sillage du festival.Le baisser de rideau à la 7e édition du Festival d'Oran du film arabe a eu lieu hier. Une semaine de projection n'a pas été suffisante pour convaincre et attirer les...populations locales. Tout a très mal commencé à partir de l'ouverture boiteuse. «Elle était, le moins que l'on puisse dire, semblable à une cérémonie de funérailles», a titré un quotidien arabophone, le lendemain de l'ouverture. Les raisons de l'échec sont multiples et variées alors que ses organisateurs continuent à croire qu'ils ont réussi. Une question est en droit d'être posée: «A quoi sert le Festival d'Oran du film arabe tant que ce dernier n'a rien apporté de nouveau à la deuxième ville du pays ainsi qu'à ses habitants' Pourquoi atteindre un tel niveau de dégradation alors que ses premières éditions ont été merveilleusement animées'» Aucun n'a pu apporter de réponse. Quelques audacieux s'ingénient à dire que le Festival est une rencontre qui permet de relancer le cinéma! «C'est faux tant que rien n'a été fait pour récupérer les 39 salles de projection que comptait El Bahia, aujourd'hui, il n'en reste que trois, la cinémathèque, Saâda ex-Le Colisée et le Maghreb ex- Régent». Depuis plus de 10 ans, les Algériens renouent tant bien que mal avec la fête dans une quiétude retrouvée après tant d'années passées dans la peur et le terrorisme. Dans le lot de ces fêtes annoncées pompeusement et animées dans la timidité totale, on y trouve cette rencontre cinématographique qui est dédiée au 7e art arabe, le Festival d'Oran du film arabe. L'idée et la mise en place d'un tel carrefour, réunissant chaque année les hommes de cinéma et les artistes arabes, reviennent. Comme aucun ne peut réfuter ni nier son apport s'appuyant sur ses relations personnelles pour le promouvoir dans le Monde arabe, tel que l'a fait Hamraoui Habib Chawki. Le Méridien et le centre des conventions n'étaient pas encore construits lorsque la première édition a été lancée en 2007. Le coup d'envoi a été merveilleusement donné dans le théâtre régional Abdelkader-Alloula, le tapis rouge a été déroulé à la Place du 1er-Novembre, ex-place d'Armes qui n'était pas encore ni aménagée ni accueillante d'autant plus que le tramway d'Oran n'existait pas encore. Nos invités sortant des somptueuses voitures louées à l'occasion du Festival furent impressionnés par la splendeur d'Oran et l'hospitalité de ses habitants. Beaucoup d'Oranais couraient dans tous les sens pour pouvoir voir de près leurs fans, les stars du cinéma arabe. Ils les rencontraient avec une facilité déconcertante. Les plus chanceux pouvaient aisément accrocher les artistes et leur arracher des autographes pendant que d'autres se faisaient prendre en photos. Souvenons-nous que l'acteur principal du célèbre feuilleton Rafat El Hadjane, Mahmoud Abdelaziz, s'est émerveillé tout en émerveillant les Oranais, lorsqu'il a sillonné leur ville. L'actrice syrienne Mouna Wacef n'a pas pu retenir ses larmes lorsqu'elle a pris la parole lors de l'ouverture et scandé «Tahya El Djazaïr». Aujourd'hui, rien de cela n'est perceptible alors que l'enfant qui est né dans le but de soigner l'image du pays, a atteint sa 7e année. Le premier couac enregistré: le coup de starter à l'édition de cette année a été donné sans l'hymne national! Et depuis, les défections se sont succédé. Les artistes arabes préfèrent bivouaquer dans le Méridien, le Sheraton et le Royal et ne sortir que pour s'éclater dans les soirées organisées dans le sillage du festival. Le Festival du film arabe à Oran devient de plus en plus insignifiant. Les salles de projection sont devenues des citadelles inexpugnables, les agents de sécurité dont leur présence est partout, sont intraitables en refoulant les enfants venant à l'effet de voir les films. «Ces petits peuvent déranger les gens, notamment les spectateurs et les visiteurs étrangers», nous répondait un agent surpris en train de chasser des chérubins qui le priaient de les laisser accéder à la salle. Le Centre des Conventions ressemble à un temple aux portes difficilement accessibles, l'accès est soumis à une fouille méprisante et humiliante. «Ne vous emportez surtout pas, ce que nous faisons est pour votre sécurité, ce sont des instructions venues d'en haut», vous diront les nombreux agents plantés derrière le scanner situé dans l'axe qui mène vers l'auditorium. L'hostilité affichée par les populations et les journalistes vis-à-vis du festival augmente au fil des années. Elle est alimentée par la passivité de ses organisateurs face à la nécessité d'améliorer la qualité du festival en vue de soigner son image. Rien n'est jusque-là, fait dans ce sens. La ségrégation fait rage. Y a-t-il des journalistes et des sous-journalistes' Des hommes des médias lourds ont été hébergés dans de somptueux hôtels comme le Sheraton pendant que d'autres, notamment plusieurs journalistes de la presse écrite, ont été logés dans «des hôtels de passe» et transportés à bord des bus de marque Toyota comme ceux des lignes Arzew-Oran. Les habitants d'Oran ont tourné le dos au Festival dès que ce dernier a perdu son aura. Seuls les va-et-vient de voitures transportant, sous escorte policière, les acteurs et réalisateurs indiquent que la ville bouge quelque peu. «Le festival devient nase de plus en plus», déplore-t-on. Ce n'est pas une critique d'humeur. La ville d'Oran n'a pas pu adopter ce Festival à cause de plusieurs raisons dont celle de l'absence de tradition en matière de festival du cinéma chez ses organisateurs. Le Festival est caractérisé par son institutionnalisation, il n'arrive donc pas à s'autonomiser en s'offrant un caractère libre de toute ingérence institutionnelle. La totale désorganisation est perceptible dans le chapiteau lorsque les hôtesses d'accueil, toutes fraîches et sulfureuses, se font séduire, devant tout le monde dont des responsables locaux, par des énergumènes dévorant goulûment les délicieux gâteaux et les jus payés avec l'argent du contribuable. Là est toute la mentalité ambiante qui est ancrée, et qui tend à se transformer en tradition, dans tout le festival! Il est plus que nécessaire de sauter les verrous qui cadenassent le festival en l'ouvrant au grand public tout en l'organisant dans une période festive: l'été. Comme on doit lui ôter l'aspect folklorique qu'on lui colle outrageusement durant ces quatre dernières années et ne faire rien que de la promotion du cinéma en plus de sa projection. Plusieurs barrières sont donc à détruire pour pouvoir sortir de l'enfermement culturel dont le pays est victime, sinon rien ne sert d'organiser des festivals dans lesquels les enfants de l'Algérie ne sont pas acteurs principaux en tolérant leur présence dans les salles.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Wahib AïT OUAKLI
Source : www.lexpressiondz.com