Imaginez
quelqu'un vous annoncer gravement au milieu d'une de nos ruesgrouillantes de
monde que parmi les 10 personnes en âge de travailler que vous prenez au hasard
dans la foule qui vous entoure il n'y a qu'une seule en chômage et que les prix
n'ont augmenté que de..4,8% par rapport à l'année dernière!
Machinalement vous jetez un coup d'_il à
votre couffin qui vous a couté plus que le double de ce qu'il faisait l'année
dernière et vous perdez pied carrément si ce n'est l'instinct de survie qui
vous aide à vous agripper aux débris de votre raison en concédant par dépit que
les statistiques ont peut être une logique que notre pauvre logique ne peut pas
appréhender. Pour celui que le hasard ou la combine a mené sur l'autre rive ou
ce genre d'informations n'est d'aucune incidence pour continuer à faire prospérer
ses affaires ces données ont autant d'effet que la pluie sur le dos d'un canard
du moment que l'argent coule à flot pour satisfaire le moindre de ses caprices.
Mais ceux qui sont restés en rade sur les quais de la précarité c'est-à-dire
l'écrasante majorité du peuple, ceux là ne comprennent pas quel est l'utilité
d'avancer des chiffres en complète contradiction avec ce qu'ils voient et ce
qu'ils vivent tous les jours.
Ecoeurés par la récurrence de ce type de
viols ils accueillent ces calculs alambiqués avec un dédain non déguisé à
l'endroit des maitres de l'œuvres auxquels ils reprochent de s'acharner
obstinément à vouloir leurrer une société devenue autiste à force d'être
bassinée par des pratiques qui frisent le sadisme primaire. Ils ressentent douloureusement
le peu de cas que l'on fait de leurs soucis quotidiens et l'humiliante
impression de ne mériter aucune considération.
A moins de s'en foutre comme de l'an quatorze
parce que vous n'avez jamais ressenti le drame de la poche vide devant la persécution
de sa marmaille ou à affronter les dilemmes de fin de mois pour calmer
l'impatience de vos créanciers avec un salaire ridiculement bas lorsque vous
avez la chance de disposer d'un emploi rétribué vous vous sentirez agressé par
l'arrogance de ces chiffres et au bord de l'apoplexie à cause de tant
d'insolence. Une envie de hurler vous coupe le souffle au point d'étouffer.
Plusieurs questions viendront s'entrechoquer
dans la brume de votre cerveau et vous aboutissez à l'aberration suivante : Si
ce magma dans lequel vous êtes immergé est composé de 10% de chômeurs et de 90%
de travailleurs cela veut dire que les 100% de la force active sont
actuellement devant vous dans la rue. Alors ou bien tout ce beau monde déserte
allègrement son poste de travail ou bien nos éminences grises nous fourguent de
drôles de statistiques sur le chômage. Dans les deux cas il n'y a pas de quoi
pavoiser. Sans le moindre préjugé on peut présumer que la plupart de ces
données sont trop aléatoires pour les utiliser comme des indicateurs sérieux
pour les futurs plans de développement. Comment peut-on soutenir que
l'évolution des prix est de 4,8% quand ces mêmes prix ont plus que doublé en un
an ?
Lire dans un journal que le taux de chômage
est descendu à 10%(au même niveau que pour la zone euro) lors que vous ne voyez
que des chômeurs partout autour de vous ; entre autres vos propres enfants
menace dangereusement l'équilibre psychique.
Dans certains quartiers le nombre de
hittistes est supérieur au nombre d'habitants avec l'afflux quotidien des
désÅ“uvrées de la région environnante en quête du moindre boulot ! Et encore au
moins 50% de la population(les femmes) sont invisibles
Les quelques uns qui arrivent à s'accrocher à
l'aide de moyens tortueux qui ont malheureusement fini par s'intégrer dans les
mœurs au vu et au su de tous comme la corruption, la cooptation ou le
clientélisme ne sont que l'arbre qui tente de cacher la forêt.
Il est de notoriété publique qu'il suffit
d'être bien parrainé ou de mettre le prix pour pouvoir choisir le poste le plus
avantageux à sa guise, même si on est démuni de toute qualification pour le
mériter.
Pour l'écrasante majorité, si jamais votre
demande n'est pas solidement étayée par au moins l'une de ces précieuses
béquilles, elle s'enlisera dans les ornières des supercheries qu'on qualifie
pompeusement de concours de recrutement. Alors que la liste des heureux « élus
» est déjà arrétée, par conformisme aux canons bureaucratiques on feindra de
compulser d'un air faussement intéressé le volumineux dossier de demande
d'emploi que vous avez présenté et on daignera vous dire : On vous répondra
incha Allah. Une façon de vous initier au fatalisme et de susciter chez vous
l'impérieuse nécessité de vous débrouiller une portion de mur contre laquelle
vous allez frotter vos épaules au milieu de vos congénères jusqu'à perdre toute
envie de rêver. En cas d'impatience, il y a bien sûr d'autres alternatives au
choix : telle la harga etc. Quels sont donc les éléments pris en considération
pour avancer ces chiffres.
De quoi parle-t-on au juste et ou se terrent
ces 90% d'actifs ? Quelle est leur distribution sur les trois secteurs.
L'industrie, surtout manufacturiere, la meilleure créatrice d'emplois a été
complètement laminée au nom de l'économie de marché et de la lutte contre le
monopole de l'état et l'ouverture de notre économie au capital privé qui nous a
transformé en bazar pour sa pacotille au lieu de nous ramener la technologie et
le plein emploi qui nous étaient promis à condition de démanteler le secteur étatique.
Nous fûmes de grands champions pour remplir avec panache notre obligation ! La
contrepartie de nos conseilleurs traine encore les pieds.
L'agriculture, malgré tous les efforts
consentis ne semble pas d'un grand attrait pour les nouvelles générations. Elle
demande trop de patience et de sacrifices que ne peuvent endurer la plupart de
nos jeunes dont certains ont fini par abandonner leurs projets de mise en
valeur des terres lancés en grande pompe avec l'argent de l'état. Les grands
chantiers du bâtiment et des grands ouvrages tels l'autoroute est-ouest
absorbent une main d'Å“uvre spécifique locale des régions concernées.
L'inclusion des bénéficiaires du filet social et des petits vendeurs de
cacahuètes dans le nombre des travailleurs relève d'une mystification qui a
fait son temps et qui ne peut plus convaincre personne.
Quant au secteur tertiaire, il étouffe sous
une pléthore improductive et n'est plus capable d'absorber la main-d'Å“uvre
qualifiée notamment les universitaires et autres diplômés. Pour être crédible
,notre inflation doit être calculée sur l'évolution réelle des prix des
produits de large consommation pour connaître la vérité et avoir des
indications sérieuses pour le tableau de bord économique et non plus se perdre
dans des théories oiseuses qui se traduisent forcément par des absurdités. A
part le pain et le lait en sachet encore subventionnés par l'état les prix des
autres produits ont connu une ascension vertigineuse qui ne montre aucun signe
de fléchissement. Les légumes aussi bien frais que secs à la base de
l'alimentation ordinaire de la population sont hors de portée de la plupart des
bourses. Quant aux desserts ; ces derniers ont rejoint la légende depuis
longtemps. Par pudeur on évite de s'étaler sur les résultats des fameuses mesures
de stabilisation de la mercuriale qui ont eu plutôt l'effet inverse. Tous les
prix ne cessent d'être tirés vers le haut au grand dam du pouvoir d'achat qui
fond inexorablement dans la spirale de ce volcan.
Si avec un marché pareil aussi bien celui du
travail que celui du commerce on ose avancer sans aucun état d'âme, des indices
à la limite de l ‘outrage c'est que l'on a un penchant prononcé pour les
galéjades et qu'on ne se sent pas concerné par les conséquences. Pourtant au vu
de la situation il est difficile de ne pas admettre que ces chiffres ne
reflètent rien de crédible et qu'ils peuvent induire en erreur ceux qui seront
tentés de les prendre comme outils de base de travail. Un management permissif à
toutes les dérives où malgré tous les moyens mis à leur disposition la plupart
de nos décideurs n'ont jamais pu prémunir le pays d'une prolifération
crapuleuse des pillards de milliards par milliers, quand ils ne sont pas eux
mêmes impliqués directement ! Ce n'est qu'après l'assèchement du gouffre creusé
dans les caisses de l'état ou à la suite d'une lettre anonyme d'un jaloux que
le pot aux roses sera enfin découvert : Mais il déjà trop tard : la plupart du
temps, les enfants illégitimes faits dans le dos du bon peuple sont déjà
moustachus alors que leurs géniteurs ont migré ailleurs pour savourer la dolce
vita sous d'autres cieux. Tant que Hassi Messaoud est là pour combler tous les
trous on ne connaitra pas l'étendue du drame ! Le pays n'a aucun besoin de ces
indices surréalistes auxquels d'ailleurs personne n'y croit, il souhaite plutôt
que l'état réagisse vigoureusement et reprenne en main les commandes de ce
bateau en dérive parce que sa gestion a été cédée trop inconsidérément à des
charlatans et à des vautours. En observant nos erreurs on s'aperçoit que tous
nos problèmes ont pour origine la défaillance des systèmes de vigie et de
contrôle. Mettre ces outils entre des mains intègres et compétentes comme dans
le reste du monde développé et le reste suivra.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Amara KHALDI
Source : www.lequotidien-oran.com