C'est Mohamed Boudiaf, père de la Révolution algérienne, qui a décidé de rebaptiser le stade du 19 Juin au nom d'Ahmed Zabana. C'est ce que nous affirme un ancien conseiller et proche du défunt président. Ce dernier a proposé l'aéroport d'Es-Senia pour porter le nom du premier guillotiné de la Révolution algérienne. Mais Boudiaf a opté pour le stade pour que les jeunes et les amateurs du foot à travers le pays n'oublient jamais ce nom, hautement significatif à ses yeux. A son conseiller, il confiera « je n'ai jamais connu Zabana de ma vie, mais je lui voue un respect eternel ». Ainsi, une semaine avant l'assassinat de Boudiaf et lors de sa première sortie d'Alger après son installation à la tête du HCE (Haut Comité d'Etat), Body, surnom sympathique que les jeunes lui ont conféré, a assisté à la finale de la coupe d'Algérie dans le stade qui se nommera depuis « Ahmed Zabana».Ainsi, un autre édifice public, en plus du musée et d'un pont au centre-ville, porte le nom de ce héros de la Guerre de libération nationale. Est-ce assez '
Notons que Blaoui El Haouari, grande figure de la chanson oranaise, a chanté « Ya dbaili ala Zabana». Quant au cinéaste Saïd Ould Khlifa, il a lui aussi immortalisé le souvenir de ce chahid dans un opus produit en 2012 où Abdelkader Djriou et Khaled Benaïssa se sont partagé la vedette. Cependant, certains Oranais déplorent le fait que la demeure où Zabana a passé une partie de sa vie, sise à Mdina Djdida, ne soit pas transformée en musée ou en lieu de visite pour les jeunes générations, afin de les réconcilier avec l'histoire de leur pays.
Militant du PPA/MTLD depuis 1949, il était chef de zone dans ce parti. Le premier militant de la cause nationale guillotiné le 19 juin 1956 a connu les affres de la prison coloniale pour y avoir séjourné entre 1950 et 1953. Ce qui n'a fait que renforcer ses convictions et surtout sa détermination. D'ailleurs, il devait savoir qu'il était dans le collimateur de la police et des renseignements coloniaux à cause de ses activités politiques partisanes.
D'ailleurs, il ne ratera pas l'occasion de prendre part au déclenchement du 1er Novembre 1954. Ce soudeur de métier a commis une attaque contre un poste des forestiers dans la région d'Oggaz. Avec le groupe qu'il dirigeait, il devait mettre la main sur un stock de munitions. Le 8 novembre il a été blessé suite à un accrochage avec les gendarmes français. Il sera jugé sommairement à la Cour d'Oran le 21 avril 1955 et transféré après à la tristement célèbre prison Barberousse. Le 19 juin 1956 à 4h du matin, Zabana, souffrant de ses blessures, l'une à la jambe et l'autre à l'épaule, il sera conduit à la guillotine. Auparavant, Mgr Duval, archevêque d'Alger, a intercédé pour lui auprès de Robert Lacoste, ministre résident en Algérie, membre du cabinet où François Mitterrand siégeait en tant que ministre de l'Intérieur. Mais la démarche de l'archevêque restera sans suite. Avant d'escalader l'échafaud, il lancera sa célèbre phrase, reprise autrement par d'autres figures du mouvement, « je meurs mais l'Algérie vivra ». 7 minutes après son exécution, un autre résistant du nom d'Abdelkrim Ferradj connaîtra le même sort. 200 autres militants de la cause nationale passeront par la même guillotine qui se trouve conservée au Musée d'El Moujahid.
Ravi à la vie à l'âge de trente ans, Zabana, de son vrai nom Zahana, a laissé une lettre à ses parents. Dans cette courte missive, on pouvait lire: « Si je subis un malheur, quel qu'il soit, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu car la mort pour la cause de Dieu est une vie qui n'a pas de fin, et la mort pour la patrie n'est qu'un devoir ». Son exécution a provoqué un tollé aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'étranger. Une série d'actions anticolonialistes ont eu lieu pour le venger. Celui qui a défié ses bourreaux en leur lançant « je suis fier d'être le premier à monter sur l'échafaud » vivra une exécution peu habituelle. A deux reprises, la lame s'arrêta à 2 centimètres de son cou, selon une journaliste française. Or, dans pareil cas on commue la peine capitale en prison à vie. Les fonctionnaires pénitenciers présents sur les lieux, soumis à de fortes pressions notamment des milieux « ultras », ont volontairement ignoré les dispositions de ce que la législation française appelle « La Loi divine ». Plus grave encore, la tête du chahid ne s'est pas détachée de son corps et n'est pas tombée dans le panier suite à la troisième et dernière tentative de son exécution. La vie de ce fils du peuple, symbole de l'engagement militant sans réserve, reste à écrire et... à revisiter tant de fois que c'est nécessaire.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Salah El Wahrani
Source : www.lequotidien-oran.com