Toute personne décédée n'ayant pas de carte indiquant son refus que l'on prélève des organes sur son corps est considérée comme donneur potentiel. C'est la «rumeur» qui a affolé les foules. En effet, dans le projet de loi sur la santé, il semblerait que cette «directive» soit en discussion. Pour l'heure, cela reste au stade des «on dit». Curiosité oblige, El Watan week-end a tenté de connaître les avis des uns et des autres sur la question.? Ahmed Benfares. Pharmacien d'officine
J'ai eu vent de cette décision il y a assez longtemps mais je n'ai pas consulté la nouvelle loi sanitaire dans sa totalité pour infirmer ou confirmer cette initiative. A mon avis, devant le manque de donneurs volontaires, le législateur a cru bon de recourir à cette solution qui est de considérer que toute personne décédée est un donneur potentiel, sauf opposition écrite du vivant.
Cette disposition légale est choquante a priori pour le viol de l'intégrité d'un corps humain. Dans nos m?urs et traditions, le corps du mort est aussi sacré que celui du vivant. Bien qu'aucune interdiction religieuse ne s'y oppose, le don d'organe est encore mal intégré dans notre société.
Agir ainsi serait brutaliser les mentalités et les réactions de la famille risquent d'être violentes ou au moins imprévisibles. Cette disposition du législateur va a contrario de toute logique et de ce qui se pratique dans la majorité des pays modernes, où c'est plutôt le donneur volontaire qui manifeste de son vivant sa volonté de faire don de ses organes. Le cas échéant ce sont les parents, en particulier quand il s'agit de mineur, qui sont sollicités pour autoriser un prélèvement d'organe sur cadavre. Me concernant, je m'oppose à tout ce qui est imposé.
Certes, des vies humaines pourraient être sauvées par des dons d'organes mais pas en retirant ces organes sans l'aval préalable du défunt ou de sa famille. Bien qu'une loi soit prévue pour une longue durée, il faut se poser la question aussi sur les capacités d'opérer des greffes d'organes dans notre pays. A ma connaissance, mis à part la greffe du rein pratiquée dans quelques centres et celle de la cornée, cette pratique est rare.
? Lyes Merabet. Président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP)
Personnellement, je considère que c'est une atteinte aux droits des personnes, à leur intégrité physique post mortem mais aussi une violence morale envers la famille et les proches de la «victime». Le don d'organe doit revêtir le consentement motivé et écrit de la personne de son vivant s'il s'agit d'un adulte responsable ou de sa famille (tuteur légal) s'il s'agit d'enfant ou de mineur.
Promouvoir le don d'organes n'est pas uniquement une démarche technique, purement médicale, mais un dispositif complexe à mettre en place.
Est-ce que cette loi sera mise en place dans le but de sensibiliser davantage les citoyens sur la question du don, étant donné que peu de personnes possèdent une carte du donneur ' Je dirai non. Nous avons un grand problème avec le don du sang et beaucoup d'hôpitaux souffrent du manque de donneurs, que dire alors du don d'organes !
? Mostefa Khiati. Président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem)
En fait, nous avons milité pour cette décision. Il est inconcevable qu'on continue à acheter des cornées de personnes décédées aux Etats-Unis alors que nous avons près de 4000 morts sur les routes chaque année. Nous avons demandé que les nouveaux permis portent la mention «à ne pas prélever» seulement pour les personnes qui auront expressément pris la décision, de leur vivant, de ne pas donner leurs organes.
Comme vous le savez, le prélèvement sur cadavre rencontre beaucoup de difficultés, notamment en raison de l'absence d'accord de donner des organes. Les besoins en Algérie sont de 3000 greffes de rein, 250 greffes de foie, x greffes d'os? par an. Cette décision ne va pas tout résoudre car le problème capital restera l'organisation et lala création de Maghreb Transplant.
? Sana B. Etudiante
Je ne suis pas contre le don d'organe. Même si personnellement je ne suis pas inscrite actuellement ? car aborder ce sujet c'est penser à sa propre mort et ça fait peur ? mais sauver des vies après sa mort est important. Tout musulman connaît ce verset qui dit «quiconque a sauvé la vie d'un seul être humain est considéré comme ayant sauvé l'humanité toute entière».
Cependant, l'être humain est libre et cette procédure ne doit pas être machinale ou automatique. Son accord ou celui de sa famille après sa mort est primordial. Donc même si je suis pour le don d'organe, je reste contre le fait de supprimer la possibilité pour sa famille de s'y opposer si jamais la personne ne s'est pas prononcée à ce sujet.
? Ibtissem Ferahi. Néphrologue
N'ayez crainte. Cette loi qui ne verra jamais le jour dans notre pays. Sincèrement on a besoin de ces organes. Personnellement, je suis donneuse de mes organes pour sauver d'autres vies. Cette loi, si elle est mise en ?uvre et appliquée, doit être remodelée. Sinon, les hôpitaux vont payer cher à coup de poursuites judiciaires.
En termes de faisabilité, il faut savoir que nos hôpitaux ne disposent pas de plateaux techniques pour que les prélèvements soient faits à tout moment. Déjà qu'on arrive difficilement à gérer les urgences, comment fera-t-on si réellement y a des prélèvements a effectuer ' Aucun médecin ne verra cela comme une priorité. Il serait préférable, au préalable, de créer des registres de malades receveurs en fonction des organes avec leurs sérums (des sérothèques).
Il faut ensuite faire des bilans de suite, dès réception de l'organe en question, afin d'identifier le receveur compatible. Sachant que chez nous, ces bilans ne se font que sur rendez-vous (de manière générale, le laboratoire en charge fixe un jour par semaine pour effectuer les tests), qui plus est le jour, jamais la nuit, une loi comme celle-ci sera difficilement applicable.
Car en plus de cela, il faudra compter entre une semaine et un mois pour avoir les résultats. Pis encore, il faut savoir que ces bilans d'immunologie ne se font qu'au niveau de certains hôpitaux (Alger et Oran). Personnellement, quand j'effectuais mon résidanat, il y a 6 ans, on envoyait les prélèvements d'Oran à Alger.
Je pense donc qu'il serait préférable, avant d'instaurer une quelconque loi, de faire une étude sur la situation réelle et mettre en place des structures de base adéquates. On ne doit absolument pas être motivé par l'envie de faire comme les autres. Nous n'avons ni leurs moyens ni leurs compétences techniques et humaines.
? Mohamed Laazouni. Président de l'association Tarik Essalama
Evidemment que je suis contre une telle initiative. Ca n'existe nulle part ailleurs. C'est totalement aberrant. On ne peut pas bafouer l'intégrité physique des personnes. De plus, que faire pour les personnes illettrées ou malades ' Qu'en est-il de ceux qui meurent par accident ' De plus, ces derniers temps, de plus en plus de personnes sont victimes d'arrêt cardiaque?
Qu'en est-il de tous ces gens qui n'ont pas eu le temps justement de faire opposition au don de leurs organes ' Pourquoi ne pas faire le contraire. C'est-à-dire : toute personne souhaitant léguer ses organes laisse un écrit officiel ' Ne serait-il pas mieux pour tout le monde '
Par ailleurs, si cette «loi» a plus pour but de sensibiliser les gens quant au don d'organe, je trouve que ce n'est pas la meilleure des manières. Je sensibilise, a travers Tarik Essalama, les citoyens contre les dangers de la route, et ce, depuis 1975. Pourtant, on ne fait pas de miracles. Chaque année, on enregistre entre 4000 et 5000 morts par accidents de la circulation. Personnellement, je préfère que toute personne souhaitant faire don de ses organes après sa mort fasse un écrit officiel.
Ce dernier doit être à la charge de l'Etat. Ensuite, il faut créer un organisme pour sensibiliser les gens sur la question du don d'organe de manière continue. Et non pas forcer la main aux morts. Car cela heurte toutes les sensibilités. Que ce soit vis-à-vis de la victime mais aussi de sa famille..
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sofia Ouahib
Source : www.elwatan.com