Naama - A la une

La méconnue des hauts-plateaux Naâma



La méconnue des hauts-plateaux                                    Naâma
Pour ceux qui sont habitués au bruit des grandes villes, aux architectures élégantes et aux urbanisations élaborées, la ville de Naâma peut paraître calme, voire ennuyeuse et terriblement....vide. En chantier, elle se cherche encore un style architectural. Ses bâtisses sont très simples, modestes et se fondent complètement dans le paysage aride et semi-aride qui caractérise la région. A première vue, la ville n'offre rien aux touristes ou même aux visiteurs de passage. Surtout que les agences de voyages, pas très nombreuses et sans grande expérience, peinent à faire connaître la région. De même d'ailleurs que les collectivités locales dont les efforts pour promouvoir les qualités touristiques de la wilaya ne mènent pas à grand-chose. Et pourtant, question atouts, Naâma n'en manque pas ! A condition cependant de porter le regard au-delà de l'enceinte de la ville. De là, à partir de l'angle ouest des Haut-Plateaux et du seuil des balcons de Aïn Sefra, la région offre une vue remarquable sur les dunes. Mais aussi sur la chaîne de l'Atlas saharien qui abrite des forêts restées quasiment vierges. Des animaux sauvages et des plantes très rares y habitent sans qu'ils soient, pour le moment du moins, trop dérangés par la présence de l'homme. La direction de la forêt y veille en tout cas, même si elle manque de moyens. « Nous sommes un peu partout dans la région, non seulement pour la forêt mais aussi pour les zones humides, les lacs dont regorgent la région, sans compter la flore et la faune. Nous travaillons avec très peu de moyens car nous ne disposons pas de budgets spécifiques relatifs à chaque site. Nous puisons dans le budget global de la direction qui est insuffisant », confient des forestiers. Vu le foisonnement d'animaux et d'oiseaux dans la région, les braconniers ne manquent pas. Mais ils sont généralement interceptés, assurent les forestiers. Surtout du côté des lacs d'Aïn Ben Khalil, zone humide classée par la convention relative aux zones humides d'importance internationale, RAMSAR, où les oiseaux y vivent tellement bien que même les migrateurs d'entre eux s'y sont installés définitivement. C'est le rêve aussi de tout visiteur sensible au pépiement des oiseaux cachés sous les grands feuillages ou encore à la symphonie composée conjointement par l'eau et la brise toujours fraîche dans cet endroit. Une halte qui permet aussi aux plus curieux d'observer les volatiles et leurs progénitures de derrière les verres des longues vues...quand elles sont disponibles. Mais ici, pas question évidemment d'investissements lourds. Les risques sont trop grands. La pollution finirait par gagner le site. N'empêche, des investisseurs comptent construire un petit motel à l'entrée du site qui s'étend sur des centaines de kilomètres, selon les forestiers. « Le motel ne sera pas construit à proximité du lac. Les oiseaux ne seront pas dérangés. Il serait destiné, d'après nos informations, à la communauté scientifique et aux étudiants désireux de faire des recherches au niveau de la zone humide », révèlent-ils en confiant que certains visiteurs leur donnent du fil à retordre. Beaucoup de piqueniqueurs laissent les restes de leurs déjeuners derrière eux ! Les forestiers organisent souvent des « nettoyages parties » dans la région avec la participation des citoyens. Histoire de sensibiliser la communauté qui ne semble pas encore consciente de vivre dans un endroit généreusement « gavé » par mère nature. C'est ce qui explique peut-être le non-développement du tourisme dans la région.
Station thermale à réhabiliter absolument
L'autre lac dont la wilaya de Naama est très fière, est celui de Tamaris de la petite ville d'Ain Ouarka. Un ksar ancien blotti aux creux de l'Atlas dont les courbes arrondies sont vêtues de jaune doré et d'un vert très spécial que cache généralement la brume de cette zone humide. Mirage ' Le paysage est si voilé qu'on a l'impression qu'il est irréel. Mais l'Atlas est bien là ainsi que le lac qui n'a rien à envier à celui d'Aïn Ben Khalil. Sauf qu'il se situe à proximité du vieux ksar habité jusqu'à aujourd'hui. Outrage ! Sur les abords du lac, des « objets » en plastique « cohabitent » avec les plantes et les oiseaux. A proximité, une station thermale artisanale mais qui attire grand monde de toute la région du sud et de l'ouest. L'eau douce, chaude aux innombrables bienfaits pour la santé, est tellement bonne que les clients ne font plus attention à l'exiguïté des espaces et à l'inexistence du moindre confort. « Nous n'avons même pas où suspendre nos vêtements », se plaint un visiteur de Sidi Bel Abbès. En attendant, les collectivités locales prévoient de grands projets pour la commune, en partenariat avec l'ONAT (Office national algérien du tourisme) et l'ANDT (Agence nationale du tourisme algérien). Outre la Zone d'expansion touristique en phase d'étude, les collectivités locales sont sommées de moderniser la station thermale et mettre à niveau ses anciens circuits touristiques en introduisant de nouvelles structures d'accompagnement, tels les musées. « L'ONAT peut montrer l'exemple aux investisseurs en lançant des projets de complexes ou de bungalows dans la région. Quant au tourisme thermal, Naâma à toutes les chances de son côté pour régner sur le pôle du sud-ouest du pays. Surtout que ce genre de tourisme ne connaît pas de creux saisonnier et n'est plus destiné seulement troisième âge. L'ONAT pourrait faire beaucoup dans ce créneau et même jusqu'à contribuer à réactiver le tourisme à Naama », souligne le secrétaire d'Etat chargé du Tourisme, Hadj Saïd Amine, lors de sa visite au mois d'octobre à Naâma, à laquelle a pris part l'ONT (Office national du tourisme). L'activité touristique, indique-t-il, ne s'implante pas d'une façon fortuite. Il faut un déclic et celui de Naâma, c'est la waâda de Sidi Mejdoub. Un événement très festif, coloré qui peut servir d'occasion pour attirer les regards sur les autres atouts touristiques de la wilaya. « Naâma a déjà de bons points. Elle a fait beaucoup d'efforts pour le désenclavement des routes, l'électrification, le raccordement à l'eau, des efforts louables,...mais beaucoup reste à faire en matière notamment de la formation des ressources humaines mais aussi des citoyens afin de développer chez eux une curiosité touristique et l'amour de l'exploration », conclut-il. Or, les sites à explorer, ce n'est pas ce qui manque. Des sites naturels mais aussi préhistoriques qui remontent à des milliers d'années.
Des écritures récentes sur ...des gravures de 9.000 ans
L'art rupestre n'est pas, en fait, l'apanage du Tassili. A Tiout (commune de Naâma) aussi des hommes et des femmes avaient exprimé en gravures leurs états d'âme, décrit leurs quotidiens fait de chasse. Des être dont les ossements reposent jusqu'à ce jour sous la terre de ksar ouled Lahlaf. Les gravures qui remontent à 9.000 ans avant Jésus Christ ne sont pas encore classées par le ministère de la Culture. Depuis leur découverte en 1847, elles n'ont fait l'objet d'aucune recherche scientifique algérienne. « Ces gravures pourtant furent les premières découvertes dans le monde, avant même celles de l'Australie, de l'Italie et de l'Egypte », fait savoir un représentant d'un mouvement associatif pour la protection du patrimoine dans la région. A ce propos, le secrétaire d'Etat chargé du Tourisme s'est engagé à saisir le ministère de la Culture pour accélérer le processus. En contrepartie, les collectivités locales « doivent faire un tapage médiatique » autour des 54 sites d'art rupestre en vue d'en faire un produit touristique par excellence. Le gardien du site aussi a hâte que les gravures soient classées afin de bénéficier d'une surveillance 24h sur 24. « Pour le moment, le site n'est surveillé que pendant la journée. Or, il faut une surveillance la nuit si nous ne voulons pas qu'elles soient défigurées », prévient-il en montrant du doigt les écritures « contemporaines » dont des noms de familles gravés juste au dessus des fauves antiques.
Fief des dinosaures
Mais Naâma, c'est aussi l'ère jurassique. L'ère où les dinosaures carnivores et herbivores se disputaient les ressources de la région. Des ossements découverts à la fin des années 90 à Rouis el Djir (60 km de Aïn Sefra), attestent de cette présence, il y a des millions d'années de cela. Non seulement des ossements mais également un spécimen complet, le plus complet connu à l'heure actuelle, est en étude à Boumerdès. A ces ossements s'ajoutent les poissons, les crocodiles, reptiles et flores pétrifiés dont des échantillons sont exposés dans le musée de dinosaure de Rouis el Djir. Le musée en lui est une 'uvre d'art, conçu en argile et sous la forme...d'un dinosaure. Pour les scientifiques, le travail ne manque pas dans ce « coin » où sont recensés une cinquantaine de dinosaures. Pour le moment, d'après l'un des responsables du musée, c'est Sonatrach qui est chargée de la prospection. Le tourisme scientifique s'ajoute donc aux autres genres de tourisme dont jouit Naâma. Sauf que, si la matière existe, son moule est encore inexistant. Les investisseurs en outre, ne semblent pas au courant du potentiel touristique que recèle la région...les institutions officielles encore moins. « Nous-mêmes nous ne savions pas que Naâma est dotée de toutes ces potentialités. Pour attirer les investisseurs dans ce genre d'endroit, les facilités dans les investissements ne suffisent pas. Il faut absolument des enductours pour le patronat. Et pour commencer, ce sera bien de faire des projets d'investissement légers. De toute façon, le projet lourd ne sied pas à la région. Et puis, il faudrait penser aussi à rassurer aussi l'investisseur quant au retour de son investissement avec la prolongation de la durée du remboursement du crédit bancaire. Les gains, dans ce domaine, prennent du temps », estime Abderaouf Khalef, directeur de l'évaluation et du soutien des projets touristiques. Tout cela, évidemment, s'inscriront dans le long terme à Naâma, à l'instar des autres régions touristiques encore en développement dans le pays.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)