
La première semaine notamment était vécue comme une éprouvante épreuve. Il suffisait alors de tendre l'oreille ou un micro pour capter la grogne des citoyens qui tantôt s'en prenaient à l'absence de contrôle, tantôt à la cupidité des commerçants sans foi en un mois supposé être celui de la miséricorde. Imperturbables, ces derniers incriminaient à leur tour les grossistes, chacun rejetant la balle à l'autre. Nul ne pouvait dans cette embrouille situer et distinguer les responsabilités. Changement de décor et d'atmosphère cette année. La loi de l'offre et de la demande qui, en économie de marché, régule les prix, a certes conduit à quelques légers réajustements. Nous sommes toutefois loin des prix exorbitants des années précédentes où il fallait avoir plus d'argent pour moins d'articles. Les couffins percés, la mine déconfite des consommateurs faisaient la belle affaire des caricaturistes. Au fil des années, cette inflation caractéristique du ramadan avait pris les allures d'un réflexe conditionné. L'arrivée du mois sacré s'accompagnait immanquablement d'une hausse des prix des légumes qui soumettait à rude épreuve le pouvoir d'achat de larges couches de la population. Elles n'en pouvaient plus de « serrer la ceinture » et couplées aux dépenses de l'Aïd et à celles des fêtes et des vacances, la vie de l'Algérien était semblable à une permanente contorsion. Ce cercle infernal semble avoir été brisé à la grande satisfaction des petites bourses. La précarité et les inégalités n'ont certes pas disparu. Néanmoins, les Algériens ne connaissent plus le spectre des frustrations et passent un ramadan qui, sur ce front au moins, mérite d'être associé à la rahma. Pour quelques ménagères, le cauchemar s'est même mué en rêve devant les étals de marché aux quatre coins du pays. Elles constatent parfois que des baisses ont même touché quelques produits. Les citoyens font leurs emplettes en toute quiétude, sans devoir supporter le stress causé par la flambée des prix et les pénuries, notamment celles récurrentes du lait en sachet.Les fruits des réformesDes facteurs ont conduit à cette situation réjouissante pour ceux qui appréhendent ce mois, synonyme de grands frais. Il ne s'agit pas seulement de lier cette abondance à la période estivale, saison par excellence de l'abondance des fruits et légumes. La politique agricole conduite depuis quelques années, couplée avec l'essor de l'irrigation, a porté ses fruits avec une augmentation de la production dans les wilayas du Tell et du Sud. Le secteur de l'agriculture est en train de vivre une révolution silencieuse avec le recours aux techniques modernes qui induisent une meilleure productivité. Il connaît une réelle transformation avec l'intérêt que portent beaucoup de jeunes à l'arboriculture ou à l'élevage et le développement de la plasticulture. Les abricots et autres fruits de saison répondent largement à la demande. Lors d'une session de la FAO au début du mois, le ministre de l'Agriculture avait indiqué que « l'Algérie a enregistré un taux de croissance agricole moyen annuel de 13%, une progression de plus de 88% de la valeur de la production agricole et une contribution de plus de 9,8% au PIB ». Kadi a aussi affirmé que la couverture des besoins alimentaires en Algérie par la production nationale se situe à hauteur de 72%.Un consommateur plus rationnel 'Les réformes entreprises en matière de distribution ont influé sur la courbe des prix. Des marchés de proximité ont été érigés dans de nombreux quartiers. Pour la seule wilaya de M'sila, onze nouvelles structures commerciales ont été inaugurées en prévision du mois de ramadan. Sans venir à bout de la « puissance » des mandataires, ce maillon entre le producteur et le consommateur a, dans bien des cas, réduit la nocivité de cette myriade d'intermédiaires qui font la pluie et le beau temps. Beaucoup d'industriels écoulent ces jours-ci barquettes de lait, bidons d'huile, jus et boissons et pâtes au prix d'usine. Faut-il enfin y voir les effets du comportement rationnel du consommateur algérien ' Pour un agriculteur de la vallée de la Soummam, « la production est certes là, variée et abondante, mais le consommateur qui entrevoit des lendemains difficiles est près de ses sous, pour employer une expression triviale ». Accalmie conjoncturelle ou début d'une étape moins contraignante pour les salariés ' Le ramadan sera-t-il de plus en plus associé à la spiritualité, à la mesure, plutôt qu'à la voracité '
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : H Rachid
Source : www.horizons-dz.com