Par le Pr Baddari Kamel(*)
Dans la première partie de cette contribution, la méthode hypothético-déductive a été exposée tout comme il a été mis en évidence la formulation adéquate de la question de recherche. Cette seconde partie s'intéresse à une autre clé de succès d'un projet de recherche ? l'hypothèse de recherche ? avant d'exposer une réflexion sur la manière de cerner et de catégoriser les idées, et aussi de souligner l'importance de la validation d'un avant-projet et la coopération entre chercheurs.
Une autre clé de succès : bien élaborer les hypothèses de recherche
Ceci dit, vient ensuite l'hypothèse de travail de recherche qui est en fait une tentative de réponse à une question de recherche posée en faisant des supputations et des propositions. C'est un énoncé affirmatif, écrit au présent de l'indicatif comme pour la question. Pour être considérée scientifique, une hypothèse doit être vérifiable, testable, spécifique, non vague, réfutable et basée sur un raisonnement intelligent. Une hypothèse est une relation de cause à effet qui prend la forme d'un ou plusieurs concepts (la cause ou variables en entrée) lié à un autre concept (effet ou variable cible). La relation de causalité peut être signée. Si elle est positive elle impliquerait que le concept (ou les) en entrée contribue (ent) de manière positive à la formation du concept cible.
En supposant la question de recherche suivante : «pourquoi les étudiants de première année de l'Université de M'sila ne sont pas enclins à assister à des cours à distance comme ceux des autres années de la même université '», on peut formuler l'hypothèse suivante relativement à cette question : «L'EAD (enseignement à distance) n'étant pas répandu dans les lycées, les étudiants de première année ne sont pas enclins à assister à des cours à distance car ils n'y sont pas habitués». ou encore «les étudiants des années supérieures étant devenus plus autonomes, ils sont plus enclins que les étudiants de première année à utiliser l'EAD». Comme on le voit dans ces deux exemples, l'élaboration d'une hypothèse nécessite l'identification d'un concept qui cause, affecte ou a une influence sur un autre concept.
Le premier (la cause) est une variable indépendante, le deuxième (l'effet) une variable dépendante ou variable de réponse. Parmi les différents types de recherche, certaines, comme la recherche interprétative, qui a pour fonction de développer des connaissances par la compréhension du sens, ne procèdent généralement pas par hypothèse mais plutôt par but et objectifs. Quoi qu'il en soit, un travail de recherche scientifique sera apprécié en fonction du nombre d'hypothèses vérifiables générées.
La vérification d'une hypothèse ne sera attestée que dans la mesure où aucune observation effectuée (ou donnée recueillie) ne l'invalide.
La formulation des hypothèses étant très importante, le lecteur intéressé peut approfondir le sujet en s'appuyant sur les recherches du professeur Ahmed Rouadjia, enseignant à l'Université de M'sila.
Et les idées pour mener une recherche, comment viennent-elles '
La naissance des idées a été discutée dans plusieurs contributions périodiques spécialisées ou non. J'ai eu moi-même à le faire récemment dans un quotidien national. Concernant le domaine de la recherche scientifique, la venue de l'idée relève de plusieurs sources telles que l'expérience individuelle ou professionnelle, l'étude d'autres recherches ou de théories, la littérature et les médias, l'enseignement d'un module et, de manière générale, de l'observation de l'environnement et de la politique nationale en matière de recherche scientifique.
Ces sources d'idées peuvent être exploitées à bon escient pour l'émergence de l'idée de départ.
Tout d'abord, la littérature qui constitue une excellente base à la recherche d'idées lorsque nous rencontrons des informations ou des connaissances énigmatiques pour lesquelles il n'existe a priori aucune solution comme dans les écrits de science-fiction.
Il en est de même pour certaines informations présentées par les médias. Il appartient au chercheur de faire le tri et capter celles qui méritent l'attention d'une réflexion plus approfondie.
La méthode scientifique permet aussi de tester une théorie qui est un ensemble d'idées appliquées à un domaine particulier. En effet, une théorie confrontée à la pratique permet de détecter de possibles failles ou erreurs.
Les résultats obtenus de cette confrontation pourraient donner lieu à de nouvelles idées interprétées à leur tour en questions.
Si une théorie peut être utile pour suggérer des questions intéressantes et orienter généralement le travail de terrain, elle ne devra pas empêcher d'explorer des explications ou limiter le champ d'action du chercheur, et c'est là qu'intervient l'expérience professionnelle ou personnelle qui amène à se questionner pour relever les incohérences et s'orienter vers la bonne direction.
De la validité d'une bonne recherche au comment la science avance '
La validité d'une recherche scientifique n'est pas seulement liée au seul fait d'être menée, documentée même en respectant le protocole de recherche le plus rigoureux. La validation passe par une phase de relecture et de critiques sans complaisance par d'autres chercheurs du même domaine dans le respect du protocole de confidentialité et de protection des résultats non encore publiés.
Dans le domaine de la recherche scientifique, on ne publie que ce qui marche des activités de recherche, en quelque sorte ce qui est publié a franchi avec succès le filtre de l'esprit critique du chercheur et de son équipe. Les innombrables expériences peu probantes et les résultats incohérents obtenus qui constituent l'essentiel des travaux scientifiques sont, dans la plupart des cas, abandonnés en cours de route pour des raisons diverses. Ils deviennent peu visibles.
Ce manque de visibilité est préjudiciable à la recherche car on apprend de ses erreurs. Thomas Edison, considéré comme l'un des plus grands inventeurs de tous les temps, répondait aux personnes qui lui demandaient comment il avait eu l'idée de l'ampoule à incandescence : «En ayant 999 idées d'ampoules qui ont brûlé», répondait-il.
Dans le domaine de l'intelligence artificielle, pour qu'une voiture à conduite automatique puisse éviter de tomber dans un ravin, il faudrait au préalable à son algorithme de deep-learning, dans sa phase virtuelle d'apprentissage, chuter plusieurs milliers de fois dans le ravin pour qu'enfin il apprenne à ne plus chuter.
C'est la raison pour laquelle, tout résultat gagnerait à être publié ou du moins diffusé car il peut être repris par d'autres chercheurs dans le cadre de l'échange et de la mutualisation des activités de recherche. La coopération entre disciplines scientifiques est importante ; c'est le cas de l'intelligence artificielle où le recours à ces méthodes de collecte et d'analyse des données est efficacement utile pour d'autres sciences telles que la médecine qui se heurte aux difficultés d'analyse de l'immensité des données à laquelle elle fait face.
Conclusion
La méthode scientifique n'est pas réservée seulement à la science. C'est une posture de l'esprit qui renforce la compréhension des phénomènes qui entourent un environnement. Elle est conçue et appliquée par des humains et, par voie de conséquence, elle peut être entachée d'insuffisances. Cela ne remet en cause ni l'efficacité ni l'intérêt de la méthode. C'est elle qui a permis l'élaboration de théories solides comme le téléphone portable, les satellites, le GPS...
Enfin, terminons sur une idée de recherche qui nous vient à l'esprit. Ne pourrait-on pas élaborer une intelligence artificielle couplée à un système robotisé de laboratoire capable d'automatiser le cycle de la méthode hypothético-déductif : hypothèse, concevoir l'expérience, réaliser l'expérience en labo, interpréter... et refaire, s'il y a lieu, le cycle de la méthode. Cela permettrait une avancée considérable dans le respect des délais, l'efficacité et l'intégrité des résultats. Une étude similaire aurait été faite en Europe mais aucune publication n'y est disponible !
Cependant, il faut se rendre à l'évidence qu'en matière de recherche scientifique, il est peu réaliste d'escompter d'arriver à des résultats économiquement significatifs sans la prise en compte du paramètre risque qui doit être mis dans la balance avec la plus-value attendue de l'activité ; d'où l'utilité d'une étude technico-économique lancée en amont de toute activité de recherche.
B. K.
(*) Université Mohamed-Boudiaf, M'sila.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : LSA
Source : www.lesoirdalgerie.com