La Coordination des cafés littéraires libres (CCL) a réagi mardi à la controverse soulevée, début août, par une publication jugée scandaleuse par le ministère de la Culture du seul fait qu'elle aborde le duel entre le conquérant musulman Okba Ibn Nafiî et le chef berbère Aksel.Rappel des faits : au lendemain de l'Aïd el-Kebir, la page officielle de la Direction de la culture de Béjaïa a publié un article abordant l'origine présumée d'une tradition séculaire : celle de s'essuyer le visage avec la peau du mouton. Le rituel remonterait au duel ayant opposé le chef berbère Aksel au conquérant musulman Okba Ibn Nafiî après l'invasion de l'Afrique du Nord. En effet, ce dernier aurait fait subir au dignitaire amazigh l'affront de nettoyer une bête sacrifiée alors que c'était une tâche réservée aux esclaves. Aksel aurait alors maculé son visage avec le sang du bélier en guise de promesse d'une vengeance à venir, laquelle se réalisera plus tard lorsque Aksel tue Okba.
La page Facebook de la Direction de la culture a publié cette histoire sans s'attendre à la polémique qui s'en est suivie, encore moins à un rappel à l'ordre coléreux de la ministre de la Culture. La première responsable du secteur avait, en effet, publié un Tweet dans lequel elle fustigeait vertement «l'atteinte aux symboles de notre histoire» ainsi qu'une élucubration «dénuée de vérité historique» contenues dans le post incriminé. Et d'exiger une enquête et des sanctions qui ne tarderont pas à s'abattre sur le community-manager de la page contre lequel la Direction de la culture, dans un message d'excuses, annonce des mesures disciplinaires ainsi que le retrait de la publication.
Mardi dernier, la Coordination des cafés littéraires libres réagit certes tardivement dans un communiqué appelant à un rassemblement ce samedi 5 septembre à 10h à la place Saïd-Mekebel pour «dénoncer la falsification de notre histoire millénaire». Le CCL estime que «le mensonge officiel a toujours considéré que la propagation de l'Islam dans cette vaste, belle et riche région s'est effectuée sans qu'il y ait de résistance armée de la part du peuple autochtone amazigh dont l'existence a d'ailleurs été effacée des tablettes de l'Histoire pendant des lustres».
Le communiqué rappelle la visée idéologique ayant motivé, depuis des décennies, «l'occultation de la réalité historique et la falsification officielle de l'Histoire aux conséquences désastreuses, inoculée tel un poison mortel à des générations d'élèves et qui a justifié toute une politique répressive contre les populations en quête de leur identité millénaire meurtrie mais jamais reniée». Le CCL va plus loin en rappelant que l'envahisseur militaire arabe était bel et bien «venu avec sa cavalerie pour imposer par l'épée la nouvelle religion islamique». Et de révéler qu'une plainte a été déposée par un avocat du barreau de M'sila début août 2020 contre la Direction de la culture pour, entre autres griefs, «atteinte à la mémoire historique», ce qui est un comble de l'ironie, souligne le communiqué.
Ainsi, le CCL appelle à participer à un rassemblement ce samedi pour exiger le retrait des plaintes déposées contre les cadres de la Direction de la culture ; dénoncer la falsification de l'histoire millénaire du pays, le conditionnement idéologique de nos enfants et la glorification des envahisseurs ; exiger le retrait des manuels scolaires des textes véhiculant des faits historiques mensongers et enfin exiger l'arrêt de toute politique prêchant l'intolérance religieuse.
S. H.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sarah Haidar
Source : www.lesoirdalgerie.com