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Acquis et concessions



Acquis et concessions
Quelques semaines pour déstructurer les Services et presqu'un an pour voter une loi protégeant les femmes. Le système politique est plus diligent quand il s'agit de restaurer des parcelles de pouvoir que lorsque les dossiers ont une certaine dimension démocratique et civilisationnelle.Ce n'est pas par conviction que les gouvernants ont décidé de faire aboutir le projet de loi contre les violences faites aux femmes, adopté enfin, jeudi dernier, au Conseil de la nation. Ce sont les drames qui se sont multipliés ces dernières semaines, comme celui de Magra, dans la wilaya de M'sila, où une jeune femme a été écrasée par un automobiliste, qui ont mis les pouvoirs publics dans une situation intenable. Se taire devant ces exactions et ces violences débridées était une façon de les tolérer ou, pire, de les assumer. Le ministre de la Justice, en défendant le texte de loi devant les sénateurs, laissait entendre que le gouvernement était au pied du mur. «Si l'agresseur (de Razika Cherif) n'avait pas été arrêté par la police, la société aurait réagi.Le drame (comprendre l'explosion) a été évité de justesse», déclarait Tayeb Louh. Le garde des Sceaux a le mérite de la franchise, mais reconnaît que le gouvernement a moins agi pour faire avancer la cause des femmes que par souci de maintien de l'ordre public. Et l'on sait ce que représente le «contrôle de la rue» dans une conjoncture de crise politique aiguë.La détérioration de la condition des femmes est devenue, ces derniers temps, si grave que des membres de l'Exécutif, directement interpellés par la question, commençaient à hausser le ton. C'est la ministre de la Solidarité nationale et de la Condition de la femme qui annonçait, une dizaine de jours après l'assassinat de Razika, que le projet de loi criminalisant les violences faites aux femmes allait être «adopté prochainement», soulignant qu'elle était en contact avec des sénatrices.L'opinion publique comprenait que le gouvernement avait dépassé, au moins sur ce dossier, sa posture de soumission à l'injonction des islamistes. La mobilisation du mouvement associatif pour les droits des femmes et un soutien au sein des institutions ont permis de lever cette situation inédite où l'on voyait un texte de loi se perdre entre la Chambre basse et la Chambre haute du Parlement.Les associations défendant la cause féminine ne manquent pas de rappeler que la partie n'est pas totalement gagnée et qu'une concession sournoise en direction du mouvement islamiste apparaît dans la loi adoptée jeudi, notamment la clause du «pardon» introduite dans les cas de violences conjugales.Les représentants du gouvernement ainsi que les associations conviennent que le combat pour la consécration des droits des femmes et de toute la société est encore long et nécessitera d'agir sur les mentalités pour vaincre les lourdeurs sociologiques. Mais nul n'a observé que cette entreprise de modernisation de la société ? et, partant, du dispositif juridique et politique ? passe par une réforme profonde du système éducatif. Le projet de société se construit à la base, à l'école.


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