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Une ville, une histoire Kheira



Une ville, une histoire                                    Kheira
Personnage n Elle ne pouvait être classée dans aucun moule et à force de garder ses distances elle finira par imposer le respect à tout le monde aux deux communautés en même temps
C'est son métier d'infirmière qui lui a valu à Mostaganem le surnom de «t'biba».
Belle, gracieuse et élancée, il était difficile de faire la différence entre Kheira «t'biba» et une Européenne.
De l'Européenne des années 57, elle avait tout. Le maintien, la réserve et beaucoup de suffisance.
Son job à la clinique Barillot au centre ville lui permettait de connaître le gratin d'une ville dirigée exclusivement par des colons et des fils de colons.
Secrètement elle éprouvait pour cette classe de parvenus doublés d'analphabètes, une profonde répulsion mais elle avait l'intelligence de ne rien laisser paraître.
Et si pour ses compatriotes, elle se sentait solidaire, elle n'en laissait rien paraître non plus.
Bref, elle vivait entre deux mondes distincts et séparés en essayant de maintenir quotidiennement l'équilibre.
Lorsque des soldats français la prenant pour une des leurs tentaient de la draguer, elle détournait la tête et crachait et lorsque des Algériens essayaient d'en faire de même, elle les remettait immédiatement à leur place.
Kheira ne pouvait être classée dans aucun moule et à force de garder ses distances elle finira par imposer le respect à tout le monde aux deux communautés en même temps.
Elle avait pour tout logement une pièce au rez-de-chaussée d'un quartier de gitans que les Algériens ont baptisé «Cochon ville».
Le soir, à la belle saison, elle prenait le frais sur le trottoir au préalable javellisé et donnait le dos au boulevard.
Elle ne s'est jamais mariée et on ne lui connaît aucun parent ni aucune famille.
Elle avait cependant un péché mignon : elle adorait les chapeaux.
Elle en avait pour toutes les saisons, pour toutes les occasions, en laine, en tissu et même en cuir.
Et comme l'émission «Salut les copains» faisait un tabac en France, elle portait des robes bouffantes toujours assorties à leurs larges ceintures.
Elle avait enfin une autre coquetterie : elle adorait circuler en vélo.
C'est en bicyclette qu'elle faisait la plupart de ses courses, c'est encore en bicyclette qu'elle pouvait se baigner aux plages de La Salamandre et des Sablettes.
Toujours seule, jamais accompagnée, pas même par une voisine ou une collègue.
Même après l'indépendance, elle ne se séparera pas de son vélo ni de sa ligne de conduite au point que les Mostaganémois pourtant très conservateurs ont fini par l'appeler madame Kheira.
C'est tout dire...
Abdenour Fayçal
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