Malchanceux - Il ne restait sur place que les métayers, les gardiens, les saisonniers et quelques permanents qui avaient toujours quelque chose à faire.
C'est en faisant suer le burnous que les colons ont réussi à monter des fortunes, à s'agrandir et à faire prospérer leurs biens, c'est-à-dire sur le dos des indigènes.
Au point qu'à partir du 15 août, le jour de l'Ascension, ils prenaient tous un congé estival de deux mois pour se reposer des durs travaux des champs, les Algériens étant considérés comme inépuisables et inoxydables.
Cette période que ces exploiteurs mettaient à profit pour se détendre et se prélasser était appelée dans les régions steppiques «takouk» en référence aux vaches enragées impossibles à maîtriser.
En effet, dès qu'arrivait cette époque, il était hors de question qu'un propriétaire s'occupe des affaires de la ferme.
Les uns bronzaient sur la côte, les autres louaient un appartement en ville, quelques-uns prenaient le bateau pour une croisière en famille ou l'avion pour visiter Paris.
Bref, il ne restait sur place que les métayers, les gardiens, les saisonniers et quelques permanents qui avaient toujours quelque chose à faire.
Sur le littoral, cela se passait autrement. Tout particulièrement à Mostaganem. Une exception dans le paysage de l'Algérie coloniale !
Contrairement à l'arrière-pays où la plupart des Européens étaient atteints de «takouk», cette maladie puérile de l'évasion à tout prix, les colons ici avaient trouvé une autre formule pour recharger leurs batteries.
Comme ils habitaient tous le quartier huppé de la Pépinière, à la sortie de la ville, c'est-à-dire à quelques kilomètres seulement de la fameuse plage des Sablettes, ils ont fini par imposer pratiquement un couvre-feu pendant l'été.
Il était interdit par exemple aux familles algériennes de faire du bruit ou de la musique entre 13h et 16h en été.
Grâce à leurs relations à la mairie, ils ont obtenu que la sieste en été soit respectée et tout contrevenant, tels les vendeurs à la criée, était sévèrement verbalisé. De peur de réveiller ces princes ou de les déranger, certaines familles ont même pris l'habitude de ne pas claquer leurs portes l'après-midi.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Info Soir
Source : www.infosoir.com