Photo : M. Hacène
De notre envoyée spéciale à Mostaganem
Wafia Sifouane
Venue de Baraki, la troupe Masrah El ghad a surpris plus d'un par son spectacle intitulé El mouhakama. Ecrite par Larbi Boulebina et mise en scène par Lazhar Belbaz, El mouhakama est une 'uvre qui sort du lot, cela grâce à de nombreux aspects positifs qui lui vaudront certainement une distinction. Le rideau se lève, le public découvre deux tombes chrétiennes, nous sommes bien dans un cimetière. Les tombes s'ouvrent et deux hommes apparaissent. L'un est un militaire algérien morts durant la seconde Guerre mondiale, l'autre est français, le colon type. Les deux ennemis mort se retrouvent face à face, en présence d'une troisième personne également décédée, il s'agit d'un jeune de la nouvelle génération. Ce dernier, servant d'arbitre à leur confrontation sévère, est neutre. Il représente la jeunesse algérienne d'aujourd'hui, prise en piège, 50 ans après l'indépendance, avec des conflits toujours aussi brulants entre les deux rives. Le militaire algérien, enterré par inadvertance dans un cimetière chrétien vu qu'il s'agit d'un soldat inconnu, demande
à être réinhumé selon le rite musulman tandis que le colon réclame la propriété de cette terre. Le dialogue est cinglant, les deux hommes sont sur la défensive, il y a trop de haine entre eux, tandis que le jeune dénonce le mal-vivre de sa génération. Le dialogue est fort poignant et l'interprétation des trois comédiens est tout simplement remarquable. Quant à la scénographie, elle est brillante car les deux tombes mobiles se transformeront par la suite en box des accusés. Plusieurs faits y sont dénoncés dans cette pièce, dont la relation tendue entre l'ex-colonisé et son colonisateur. Le 3e personnage, le jeune, est là pour incarner le malaise de la société actuelle. Une société qui a perdu beaucoup de ses valeurs humaines par la force des événements. Pour la seconde pièce présentée au public et au jury, il s'agit de Feraoun de la coopérative du théâtre de Sétif. Mise en scène par Zenaki Djamel, la pièce est une 'uvre fragmentée et incohérente. Avec un décor qui se résume à un container sur scène, on découvre deux jeunes gens qui veulent quitter le pays clandestinement. Les deux futurs harraga découvriront à l'intérieur du container, un vieil homme dévêtu, qui n'est autre le roi d'une contrée lointaine chassé par les citoyens. Le texte de la pièce, qui est un hommage aux révolutions arabes, dénonce l'injustice et la dictature exercées par les gouverneurs, cependant cela est très mal exprimé. En effet, en voulant condenser plusieurs choses à dire, le texte a perdu beaucoup de sa force. Très vite la pièce tourne au burlesque, le public a du mal à suivre. Probablement conscient de la faiblesse du texte, le metteur en scène a joué sur l'aspect divertissement ce qui a beaucoup plu au public, un public apparemment pas du tout exigeant. Par ailleurs, le metteur en scène a également introduit de nombreuses vidéos dans la pièce, entre autres, au début du spectacle, une projection qui a duré plus de 5 minutes. Seul bon point de cette production, l'interprétation des comédiens. Des comédiens prometteurs. En outre, cette journée de samedi a été marquée par la tenue des 24H du théâtre, durant laquelle, et en plus des deux pièces inscrites en compétition, le public a pu découvrir d'autres 'uvres. En effet, après une halqa tenue dans le hall de la maison de la culture, les Mostaganemois ont pu découvrir par la suite le film El inkitâa de Mohamed Chouikh, ainsi qu'une série de représentations en off, au siège de l'association el Moudja. Cependant, on relèvera d'énormes lacunes en matière d'organisation de cette journée, dont l'absence de communication et les retards.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : W S
Source : www.latribune-online.com