Les échecs se suivent et se ressemblent. Après la déroute de leurs aînés en Afrique du Sud lors de la dernière CAN-2013, les jeunes Fennecs viennent d'ajouter un autre échec à ce triste tableau. Avec un match nul contre la modeste équipe du Bénin et deux défaites face, consécutivement, à l'Egypte et au Ghana, les hommes de Nobilo quittent la compétition sur la pointe des pieds. Une seule satisfaction peut-être durant ce tournoi, celle de la découverte d'un joueur de talent en la personne de Zinedine Ferhat, l'Usmiste, qui était sous les feux de la rampe et que le public témouchentois a adopté dès sa première touche de balle. Tedj Bensaoula, l'ex-entraîneur des Verts, qui était présent dans les tribunes et que nous avons approché, a tenté de décrypter cette déroute lors de cet entretien qu'il a accordé à 'Liberté".
Liberté : Trop d'argent dépensé et trop de temps perdu pour rien. Pourtant une 4e place était à la portée de notre sélection.
Bensaoula : C'est toute la politique en général du football algérien qui est remise en cause. D'abord il fallait tout simplement se poser la question : Qui est Nobilo ' Ensuite cet entêtement à vouloir à tout prix engager un entraîneur étranger est-elle la bonne solution pour notre football ' Les joueurs qui évoluent dans les petites divisions françaises répondent-ils au profil pour ce type de compétition ' Il n'est un secret pour personne que la formation et la détection des jeunes talents algériens demeurent le dernier souci des responsables des clubs à tous les niveaux, avec ce manque de sérieux, de rigueur et de planification. Et pourtant, ce ne sont pas les moyens financiers ni la logistique qui manquent. Je crois que du côté du choix du joueur, Nobilo lui-même a assumé sa responsabilité.
Il n'a pas fait confiance aux sélectionneurs régionaux ni aux DTR. Donc la responsabilité lui incombe totalement. Mais le plus grave c'est qu'il a laissé un désastre qu'il sera difficile de reconstruire. Et puis on ne s'entraîne pas deux fois la veille d'un match.
Qu'est-ce qui n'a pas marché chez les jeunes Fennecs dans cette CAN '
Sur le plan tactique, on peut parler des éléments qui sont faits pour exécuter tel ou tel choix tactique. Nos jeunots avaient-ils les moyens techniques, physiques et mentaux nécessaires ' Je ne le pense pas. Parce quand on prend un but à deux minutes de la pause (face à l'Egypte) et deux buts contre le Ghana, il faudra être costaud sur le plan psychologique pour remonter le score. Mais est-ce qu'ils avaient ces moyens ' Des fois, il y a le mental, mais le physique ne suit pas. Des fois, les deux ne suivent pas. Ce sont des jeunes qui ne sont pas aguerris. On avait en face des joueurs qui évoluaient dans de grands clubs qui ont suffisamment d'expérience, tel Al-Ahly d'Egypte, qui jouent en première division et, bien qu'ils n'aient pas participé au championnat pendant deux saisons, ils ont réussi à se qualifier en Coupe du monde. Tout le monde parle de Zinedine Ferhat et, à un degré moindre, du gardien de but Torche qui se sont surpassés lors de cette CAN, mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Dans ce genre de compétition, il faudra un groupe qui doit tenir 270 minutes au moins pour espérer arracher une qualification. Or nos jeunes se sont écroulés au moment où l'on attendait d'eux un sursaut d'orgueil. Quant on voit un Benkablia, qui ne savait même pas se placer, demander la balle en diagonale dos au but, peut-on espérer inscrire un but ' Un avant centre ne doit jamais jouer dos au but. Sincèrement, le choix des joueurs laisse à désirer. Nobilo peut se cacher derrière la réalité qu'on ne peut pas fuir quant au niveau de notre championnat qui est tellement faible et insipide.
Il y a aussi le côté de la préparation qui n'a pas été prise au sérieux et dont la responsabilité incombe à la FAF...
Effectivement. L'absence de véritables sparring-partners du continent africain pour des joutes amicales de haut niveau a joué un mauvais tour à la bande à Nobilo. La responsabilité est donc partagée. Le fait d'évoluer dans un championnat dit DNA, avec les clubs de Berrouaghia, Lakhdaria, Hadjout, Boufarik, qui faisaient l'économie de leurs joueurs titulaires en faisant jouer ceux qui chauffaient le banc des remplaçants ou ceux qui reviennent de blessure, n'est pas la solution. Automatiquement, le résultat est faussé, car il n'y avait pas une réelle confrontation entre deux équipes à armes égales. C'est pour cette raison que l'EN comptabilisait des victoires. C'était de la poudre aux yeux. Certes, l'EN militaire a remporté la Coupe du monde, mais sont-ce les mêmes éléments qui y ont participé ' L'ES Mostaganem était la seule formation valable qui a aligné l'équipe type lors de la joute amicale jouée à Aïn Témouchent. Je pense que côté préparation, on aurait dû chercher des matches costauds pour situer le véritable niveau de notre EN. La preuve, on a été surpris. On a été balayés carrément. Sur le travail purement stratégique, notamment dans les situations de jeu standard, on a vu les mêmes corners et les mêmes coups francs. Il n'y avait pas des recherches pour optimiser le travail de ces balles arrêtées, qu'elles soient axiales ou latérales. C'était la même chose. Les joueurs s'amènent en mettant le ballon dans le paquet et ça s'arrête là. Il n'y avait pas de fond de jeu, contrairement aux Egyptiens qui, eux, avaient deux systèmes de jeu pendant le match. Ils débutent en 4-4-2 ou 4-5-1 et reviennent en 4-3-3 avec le libéro et les deux arrières latéraux, que ce soit dans les duels, pendant la maîtrise technique ou dans la relance. Les trois attaquants sont faits pour bloquer les deux arrières latéraux adverses. Avec quatre joueurs dans l'entre-jeu, les deux avants-centres seront perdus.
Les Egyptiens sont très forts sur le plan technico-tactique. On voit qu'il y avait un travail de grande halène.
Est-ce qu'on peut dire que l'EN des U20 a gagné sur le plan de l'expérience '
Dans le cas où l'on conserverait l'ossature, je réponds par l'affirmative. Mais j'en doute, car l'exemple de la sélection des U17, qui sont allés loin en Coupe du monde, qui s'est évaporée est toujours vivace dans les esprits. On peut parler d'expérience ou de continuité quand c'est pratiquement le noyau ou l'ensemble de cette équipe, que ce soit les U17 ou les U20, qui va continuer à faire le travail pour représenter l'Algérie dans une autre catégorie. On a gagné en expérience peut-être dans le domaine de l'organisation, dans le domaine des relations. Là, nous serons d'accord. Il ne faut pas se voiler la face. Notre football est au fond du gouffre. Et là je fais un appel aux journalistes sportifs qui ont une part de responsabilité dans cette faillite. Il faut préparer le public à cette réalité et ne pas lui donner une image illusionniste. La rencontre Egypte-Ghana nous a donné déjà une idée de ce qu'allait être la suite de la compétition. Il faut savoir canaliser les avis du public sportif algérien vers un but bien déterminé. Notre sélection est au bas de l'échelle. Aussi, on a trop gonflé les joueurs, au point où ils sont devenus des baudruches. L'argent aussi a pourri notre football. Il faut revoir l'échelle des valeurs.
Votre pronostic sur la rencontre de demain entre l'Algérie et le Bénin...
Il n'y a pas de petite équipe maintenant. On n'est pas sûr de gagner. Parce qu'on a vu ce que vaut notre EN lors de la dernière CAN en Afrique du Sud, et d'un autre côté il y a une sélection du Bénin qui a progressé. J'ai fait ma petite analyse sur la dernière Coupe d'Afrique. D'après mes informations, sur la préparation physique, l'entraîneur avait deux choix, avec un préparateur français et un autre italien auxquels il a demandé d'élaborer leurs programmes. Il a opté pour celui de l'Italien. Je ne sais si vous avez remarqué que notre EN roulait sur un même rythme depuis le début de la rencontre jusqu'au coup de sifflet final. Sans puissance d'explosivité avec une accélération surprise des joueurs. On n'a malheureusement pas vu cette situation chez les Verts, qui manquaient de changement de rythme. C'est un handicap de taille. J'espère qu'on ne va pas jouer sur le même rythme que celui de la dernière CAN et qu'il y aura beaucoup plus de puissance d'explosivité dans notre jeu, sinon on ne s'en sortira pas face à une équipe regroupée comme le Bénin. Cette puissance d'explosivité peut être collective comme elle peut être individuelle. Souvenez-vous de notre période avec les accélérations de Assad, Madjer et Belloumi et les arrières latéraux comme Merezkane et Kouici. Et là se fait la différence parce que, dans un match, si tu ne gagnes pas le plus grand nombre de duels tu ne sors pas victorieux.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M Laradj
Source : www.liberte-algerie.com