On a l'impression de se répéter à la veille de chaque mois de ramadan mais sur fond cette fois-ci d'augmentation sensible de l'inflation (5,9% en mars 2012). En plus de ce retour inquiétant de l'inflation, les marges de man'uvre supportables par les finances publiques vont se rétrécir car les ressources de la fiscalité pétrolière sont à la baisse en ce deuxième semestre 2012.
Jusqu'a présent la solution de facilité a consisté à traiter le problème de façon factuelle et par le seul recours aux finances publiques, à l'instar de la prise en charge par l'Etat de la TVA en janvier 2011 ou bien les importations massives de produits (viandes, légumes secs).
Un traitement structurel de cette problématique récurrente, attentatoire à la cohésion sociale, s'impose comme priorité dans l'agenda des réformes. Il devrait porter, selon moi, sur deux points essentiels : la transparence des marchés et les politiques publiques de régulation.
D'abord la transparence des marchés. Le préalable pour un fonctionnement correct des marchés réside dans la disponibilité pour tous d'une information économique et commerciale pertinente. L'asymétrie de l'information est souvent à l'origine des spéculations et des dérives dans les marchés.
Chez nous il n'existe pratiquement aucune transparence, y compris dans le dernier segment de la distribution puisque le système d'affichage rendu obligatoire par la loi est inexistant. On peut également noter dans ce registre l'absence de facturation et de paiement bancaire dans les marchés de gros de produits agricoles et ceux des viandes.
Dans ces conditions d'opacité on se demande comment s'opère alors la formation ders prix. A ce propos l'Union Nationale des Paysans Algériens (UNPA) propose de « fixer les prix à partir des marchés de gros à partir des coûts et de la marge bénéficiaire ». L'UGTA veut revenir aux coopératives de consommation voire aux anciens Aswaks comme traceurs de prix. Solutions administrées difficiles à mettre en 'uvre. Si la Société de gestion de participations des productions animales (SGP Proda) arrive seulement à tenir ses promesses en matière de réalisation des trois complexes d'abatage dans les Hauts Plateaux et d'une chaine nationale du froid cela sera pas mal. Pour le reste, les grandes surfaces par exemple, laissons faire le secteur privé qui vient récemment d'en réaliser deux (Mostaganem, Alger).
Passons à la régulation et aux prix. Il faut rappeler que le principe de la liberté des prix a été consacré par l'ordonnance n° 95-06 du 25 janvier 1995 amendée en 2003 et 2008. Mais des latitudes d'intervention de l'Etat ont été rétablies en 2010 (ordonnance n° 10-05 du 15 août 2010. De façon plus générale les actions de régulation encore ouvertes à l'action des pouvoirs publics sont de trois types.
Le premier type renvoie au traitement incontournable de l'informel qui biaise les prix et la concurrence. La nécessité d'organiser et de rendre transparents ces marchés se heurte non seulement à une forte contrainte sociale mais aussi au poids d'intérêts «gris» de plus en plus puissants.
Il convient de segmenter cette problématique et la prendre en charge de façon progressive et graduelle en consultant les partenaires sociaux, y compris les concernés. Le second type d'intervention a été, comme indiqué plus haut, récemment couvert par la loi.
Il renvoie à la surveillance de certains marchés de produits et de services, y compris la fixation des prix, en raison de leur sensibilité économique sur les performances des entreprises et/ou de leur impact sur le pouvoir d'achat des consommateurs. Dans ce registre les pouvoirs publics peuvent parfaitement considérer comme nécessaire d'apporter quelques limites au principe général de liberté des prix et dans tous les cas de s'attaquer aux pratiques frauduleuses pour les réduire.
Le troisième type d'action est celui que l'on a tendance à oublier du fait des tropismes socio culturels hérités de la gestion administrée de l'économie. Il s'agit de l'ouverture progressive à la concurrence des secteurs abrités, notamment ceux gérants des services publics marchands (produits d'hydrocarbures, électricité, eau, etc.). De telles actions sur ces marchés sont inévitables si l'on veut diminuer les gaspillages de ressources rares, celles de l'eau et de l'énergie notamment.
En ces temps de crise il faudra bien ouvrir ce dossier comme le demande la Sonelgaz et le suggère la Sonatrach. En conclusion l'approvisionnement correct des marchés pour le mois du ramadan promis par le ministère du commerce ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt.
M. M.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mustapha MEKIDECHE
Source : www.liberte-algerie.com