C'est lors du festival de théâtre deBel-Abbès, qui s'est tenu la dernière semaine d'avril, que la nouvelle acommencé circuler : le théâtre El-Maoudja de Mostaganem est menacé dedisparition. Un mouvement spontané de so-lidarité a vu le jour à travers unepétition que signèrent plus de 120 personnes. Par souci de modération, Dji-laliBoudjemaâ, l'initiateur et le gérant de ce lieu unique, a préféré tempérer « vul'approche des élections législatives ». Pour l'instant, il privilégie lescontacts personnels menés, depuis un moment, avec les différentes autoritéslocales. Le théâtre El-Maoudja est situé au bord de la mer, à La Salamandre,une plage à un jet de pierre de la vieille ville, Mostaganem. Du temps de lacolonisation, c'était un lieu de villégiature estivale, avec ses restaurants etses cabanons. Les derniers vestiges ont été détruits et la menace pointemaintenant sur le théâtre. De l'autre côté de la longue route, l'espace,autrefois désert et ouvert à la vue, fait désormais partie des souvenirs. Lesprogrammes immobiliers sont passés par là, depuis 2000-2001, laissant derrièreeux des immeubles, une immense cité à laquelle un esprit saugrenu a donné lenom de Sidi Lakhdar Bekhlouf, ce fabuleux poète mythique et saint de la région.Pourtant, dans le prolongement ouest du port de Mostaganem, il a été décidé, ily a quelques années, de faire de la côte de La Salamandre un port de pêche etde plaisance. Les travaux d'aménagement furent confiés à la Sanarem puisinterrompus, il y a environ deux ans, suite à des malversations commises danscette entreprise publique. Depuis, le chantier est à l'arrêt. Mais ce n'estqu'un sursis pour toutes les constructions qui se trouvent sur le bord de lamer menacé tôt ou tard par les bulldozers. Pour faire quoi à leur place ? Uninterminable boulevard en béton armé, probablement parsemé de ces kiosques quipullulent au niveau de nos plages. Petit rappel historique : le théâtreEl-Maoudja a vu le jour en 1978 grâce à Djilali Boudjemaâ, un produit duthéâtre mostaganémois découvert par Abderrahmane Ould Kaki. Boudjemaâ a faitpartie d'une troupe, El-Ichara, avant de réunir une vingtaine de jeunes, à LaSalamandre, utilisant même la maison familiale pour des répétitions avant defonder le théâtre El-Maoudja, en 1986. Le théâtre a pris alors place dans unancien bar de l'époque coloniale, utilisé pendant quelques années en guise dedépôt par la Sonic. C'est ainsi qu'avec des subventions glanées par-ci par-là,ce lieu fut aménagé pour accueillir une soixantaine de spectateurs, avec unepetite scène basse dont le fond est représenté par une baie vitrée surplombantla mer ! En 1986, El-Maoudja se constitua en association et se consacra à laformation des jeunes de 9 à 18 ans. Plus de 300 jeunes sont passés par cetteécole qui doit beaucoup à Djilali Boudjemaâ qui avait suivi des stages deformation pour jeunes en URSS et en France, dans les années 1990. Parmi ceuxqui sont passés par cet espace, certains ont fait carrière dans le théâtre oudans l'animation culturelle. Certains sont devenus comédiens, d'autres ontsuivi une formation à l'INADC de Bordj El-Kiffan. D'autres ont créé à leur tourdes associations. Hanane, la fille de Boudjemaâ, est aujourd'hui comédienne. Aprèsavoir participé à une adaptation de Marivaux, en 2004, elle est s'est lancéedans celle du Nègre de Leroy Jones, programmée dans le cadre d'Alger, capitalede la culture arabe. El-Maoudja est donc un refuge et un lieu de création, uneespèce de résidence d'écriture, informelle et discrète. Même si le souvenir estdouloureux, il faut savoir que Sirat Boumediene, lorsqu'il se sut condamné parla maladie, vint finir ici ses jours, passant des heures assis sur scène. «Noussommes devenus une école de théâtre, sans nous en rendre compte », constateaujourd'hui Djilali Boudjemaâ qui ambitionne d'arriver, un jour, à unereconnaissance officielle. Une aide de l'Union européenne a étéaccordée, dans ce sens, mais elle n'a pu aboutir du fait de l'administrationlocale qui devait prendre en charge le projet. Maintenant, on en est plus là.Voilà que les graines semées risquent d'être englouties par le béton, saufsursaut de la part des autorités locales ou du ministère de la Culture...
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Brahim Hadj Slimane
Source : www.lequotidien-oran.com