La police de Mostaganem a arrêté il y a quelques jours deux individus qui ont détruit des... bancs publics sur une place de la ville. Comme il fallait s'y attendre, les destructeurs avaient la gueule de l'emploi et l'accoutrement qui va avec : qamis immaculés, barbes de rigueur et qui sait, des « mots d'ordre » pour accompagner leur entreprise de salut public. Et peut-être bien des mouvements du corps comme gestes de motivation, un peu comme les rugbymen exécutent leur chorégraphie pour se mettre en condition et impressionner l'adversaire. Il serait étonnant qu'ils aient besoin de motivation supplémentaire autre que la cause qu'ils servent et en l'occurrence, on ne sait pas vraiment s'ils ont des belligérants à qui en mettre plein la vue. Et pour cause, ils sont convaincus qu'ils sont dans le juste et tant qu'à faire, dans leur bon droit. Ça fait plus de deux décennies qu'ils évoluent en terrain conquis et régissent l'espace public à leur guise dans une société qui leur a été livrée en usufruit pour peu qu'ils abandonnent leur ambition de conquête du pouvoir politique. Le pouvoir, tout le pouvoir, on sait qu'ils n'y renonceront jamais quelles que soient les concessions qui leur sont faites. Mais on sait également qu'ils ont cette disponibilité tactique à prendre ce qu'ils ont sous la main en temps de faiblesse politique et... militaire, en attendant que se renversent les rapports de force. Dans cet épisode de Mostaganem, dans la profanation des statues d'Aïn-el-Fouara et de Santa-Cruz, comme dans le badigeonnage d'une fresque murale au c?ur de la capitale, ils y ont mis leur folklore mais surtout l'audace, voire la désinvolture de ceux qui ne risquent rien. Sinon, ils ne seraient certainement pas allés jusque-là : détruire des bancs publics ! Y compris dans le spectre pourtant ample et varié de leurs sympathisants, il doit bien y avoir des gens qui ne comprennent pas ce geste et peut-être bien s'en offusquent dans leur for intérieur. Les islamistes doivent le savoir mais ils s'en moquent un peu : le message à délivrer est plus fort que tout : il faut détruire tout ce qui ramène à la vie, quitte à suggérer les extrapolations les plus invraisemblables dans la foulée de l'action rédemptrice. Après tout, détruire des bancs publics, ça peut être aussi « efficace » que voiler une peinture murale. L'expression artistique est aussi dangereuse que l'expression de la vie ordinaire. Toutes les deux contrarient l'idée qu'ils ont de l'existence et qu'ils tiennent à imposer à tout le monde. Dans cette nouvelle et inédite entreprise de destruction, il est encore heureux que ce soit grâce aux habitants du coin des environs que l'arrestation de ses auteurs soit possible. Trop rare pour ne pas s'y arrêter. Les choses étant ce qu'elles sont, il est même heureux qu'ils... soient arrêtés !S. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Slimane Laouari
Source : www.lesoirdalgerie.com