L'équilibre entre l'offre et la demande reste précaire. Cette situation pourrait maintenir les prix de la pomme de terre à la hausse d'ici à la mi-juin, c'est-à-dire l'arrivée sur le marché des nouvelles productions.
Contrairement aux explications avancées par les officiels sur la récente envolée jamais vue dans les prix de la pomme de terre à la consommation, selon lesquelles ce ne sont que des effets négatifs dus aux fortes intempéries et au froid, les producteurs de Meftah et de Bougara ont une autre perception du problème qui renvoie à la politique suivie en matière de culture de ce produit stratégique.
Leurs représentants sont venus cette semaine crier leur ras-le-bol devant les responsables de la chambre de commerce de Blida sur leurs problèmes sur le terrain et exprimer avec force leurs doléances pour relancer la culture de la pomme de terre et sortir de la crise.
Pour eux, il ne s'agit pas d'une crise passagère et conjoncturelle due au froid et qui sera vite dissipée. Cette dernière n'est que la goutte qui fait déborder le vase, car le problème est plus profond qu'on ne le pense.
L'un des membres influents des producteurs, B. S., originaire de Meftah, coordonnateur des producteurs, connu pour son franc-parler et sa longue expérience, qui a bien voulu nous entretenir en longueur sur les problèmes que rencontrent ses collègues, non pas seulement de la grande région de Meftah qui en langage de producteurs englobe toute la région de la Mitidja d'est en ouest, mais des autres régions du pays et foyers de production de la pomme de terre, notamment des autres régions du Centre, Aïn Defla et Aïn Bessam (Bouira).
'Nous constatons qu'il y a une sorte de fuite en avant des pouvoirs publics devant la situation précaire dont nous vivons', nous lancent-ils avec un cri d'amertume. 'On soutient que c'est une crise passagère. Non ce n'est pas vrai. C'est une crise profonde qui frappe en particulier les petits et moyens producteurs et qui profite à des intermédiaires et à des gens 'influents' qui ont mis la main sur les circuits de la semence, des engrais, de la production, du stockage et de la commercialisation. Tout est fait pour écarter les petits producteurs qui ont montré qu'ils sont d'un apport conséquent dans la production nationale en dépit des moyens dont ils disposent.'
Les solutions de facilité
Donnant sa version des faits et causes de la dernière crise qui a vu les prix grimper à des sommets jamais atteints auparavant, il dit qu'elle était en vérité prévisible et que les pouvoirs publics étaient bien prévenus. Or au lieu d'affronter les problèmes, ces derniers ont préféré tourné le dos en choisissant des solutions de facilité et bricolage.
En matière de stockage, tout le monde sait que les données sont truquées par manque de suivi et de contrôle, ce qui induit en erreur les prévisions et les décisions, précise notre interlocuteur. Comment ' Et pourquoi ' La pratique de fausses déclarations sur les quantités stockées en gonflant le nombre est fréquente dans le but de gagner de l'argent (1,5 DA par kg stocké et par mois). Si vous vous présentez à un dépôt de stockage, on vous montre des espaces de pomme de terre plein les yeux, mais si vous prenez la peine d'avancer en arrière-dépôt vous trouvez toute sorte de produits et autres dépôts de cageots vides. C'est comme ça qu'il y a eu rupture de stock lors de la récente forte demande sur le produit. En un mot, le système de régulation n'a pas fonctionné.
La fuite organisée des intrants vers les frontières
En ce qui concerne la production cette saison, il convient de noter qu'elle a été amoindrie par la mise à l'écart forcée des petits producteurs qui cultivent en moyenne une douzaine d'hectares, car ne pouvant pas faire face aux frais et charges de gestion, tant en ce qui concerne les frais de main-d uvre de plus en plus rare et de qualité, les engrais et la semence plus chers et moins disponibles et surtout au paiement des charges fiscales et au remboursement des crédits accordés dans le cadre d'aide. Faute de paiement des crédits qui arrivent à échéance, la plupart ont abandonné la production de la pomme de terre par suite du blocage de leur compte bancaire, sans qu'aucune issue ne soit trouvée, soit pour le rééchelonnement de la dette, soit son effacement.
Le trafic immense et les spéculations dans le contrôle de la commercialisation des engrais et de la semence à grande échelle, avec des fuites organisées vers les frontières, sont derrière la flambée des prix, révèle-t-il. Ce trafic empêche les engrais et la semence d'arriver en quantités suffisantes aux producteurs, ce qui influe sur la récolte. Cela a été notable cette saison. La semence Fabila, importée de Hollande, meilleure qualité mondiale, acheté au prix fort, 1300 DA le quintal, en étant soutenu par des subvenions, arrive rarement chez les producteurs de la Mitidja, en prenant les circuits de la fuite vers les frontières en étant disponibles chez nos voisins que chez nous en passant par notre pays. Par quel miracle ' On suppose la réponse !
De même, les producteurs dénoncent les ventes sans facture par ceux qui détiennent les rênes des circuits de commercialisation aussi bien des engrais que de la semence. Ne pouvant justifier ces dépenses, le fisc les sanctionne lourdement.
De mauvaises orientations
De plus sur des conseils infondés, dit-il, les pouvoirs publics ont décidé de généraliser la diminution de moitié des engrais par hectare en les portant à 12 q/ ha contre plus de 25 précédemment, ce qui a engendré des pertes énormes au rendement. Nous avons protesté et demandé des explications fiables, mais rien n'a été fait, laissant la situation se dégrader. La conséquence est que ce facteur a aussi joué en faveur la diminution de la production cette saison, et sans doute pour les prochaines, si rien n'est entrepris.
Sur l'amélioration actuelle de l'approvisionnement du marché avec une légère baisse des prix, notre interlocuteur note qu'elle est due à l'apport, suite aux interventions des pouvoirs publics, de la production de la région de Mostaganem et du littoral de façon précoce en étant forcée et pas encore mûre pour faire face à la demande. Actuellement, le prix de cession du prix à la production est de 42 DA au départ de Mostaganem. Il est écoulé à 52 DA dans les marchés de gros de Khemis El-Khechna et Bougara pour cette journée de mardi. Une marge de 10 DA demeure élevée en obligeant les détaillants à le céder à 70 DA et plus. Cette demande a été tellement forte que même l'apport des régions du Sud (El-Oued) n'a pu stopper la hausse. C'est dire que l'équilibre est encore précaire et le spectre de la pénurie risque d'apparaître avant que n'arrive la production des grands centres de production que sont la Mitidja, Aïn Bessam et Aïn Defla, Mascara, prévue à la mi-juin.
S. B.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Smail BOUDECHICHE
Source : www.liberte-algerie.com