Ça fait de longues années que Mostaganem est devenue La... Mecque... des passeurs, pas des harragas qui, comme on le sait, ont d'autres ambitions. Mosta aurait pu faire rêver mais elle ne fait plus rêver personne. Comme toutes les villes flanquées de mer et de plaine, la ville s'est érodée dans la foulée de la dégradation générale. La générosité du sol et de la grande bleue n'y pouvait rien. Il eût fallu pour ce faire, des bâtisseurs et un projet à bâtir. Mosta a eu sa part d'usure systématique qui l'a fait passer du statut de bonheur à vivre à celui d'enfer à fuir. La ville de Khedda, de Bouadjadj et de Kaki est maintenant un transit pour désespérés. Samedi passé, un fiacre ? de fortune pour rester dans le pléonasme ? est parti d'une crique sans nom. La plage, elle, s'appelle « Chaâbia », coïncidence troublante et inutile. Il paraît que c'est du côté de Benabdelmalek-Ramdane mais ce sera toujours Mosta, c'est ainsi. L'embarcation a parcouru 8 milles marins avant d'être arraisonnée par les gardes-côtes. Après huit milles marins, elle était encore loin, l'Espagne. Ne leur parlez pas d'Andalousie, les harragas ne connaissent pas, ça peut ajouter du stress à leur stress et puis ça peut être de mauvais augure. Dans le fiacre, il y avait 17 jeunes dont 3 adolescents et trois « ressortissants étrangers », comme on dit dans la comptabilité du malheur. Est-ce qu'on se rappelle de sa nationalité quand on remet son destin à un passeur sur une crique de la plage Chaâbia, près de Abdelmalek-Ramdane et surtout pas loin de Mostaganem ' Oui, quand on parvient en Espagne, pas quand on se fait arrêter en pleine pandémie à 8 milles au large de nulle part par des gardes-côtes qui vous remettront à la gendarmerie qui vous présentera au tribunal de Sidi-Ali qui vous enverra en prison. Pas quand dans votre cellule, vous n'attendez pas vraiment d'être libre mais vous attendez d'être dehors pour repartir. Mostaganem n'est pas une fatalité. Il y a d'autres criques sur d'autres plages près d'autres grandes villes avec d'autres passeurs. Il paraît que ça marche mieux à partir des plages d'Aïn-Témouchent. Enfin, ça marche... ça veut dire quoi, au juste ' Que les gardes-côtes sont moins vigilants ' Les passeurs sont plus performants ' L'Espagne est plus proche ' On ne sait pas, les 17 harragas sont encore fatigués et les questions fatiguent encore plus. Plus grave, ça donne soif. Question, quand même : il y a plus d'eau buvable au large ou en prison 'S. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Slimane Laouari
Source : www.lesoirdalgerie.com