Mostaganem - Revue de Presse

Guerre d?Algérie et littérature



La baie d?Alger boudée La littérature prend parfois des raccourcis étonnants pour expliquer l?aveuglement des pieds-noirs pendant la guerre de Libération. Louis Gardel a fait le même choix qu?Albert Camus. Il a décidé de ne pas voir les Algériens. Tout juste si son personnage croise des Arabes dans Alger des années 1950. Une Algérie étrangement irréelle. C?est à la mode, dans l?air du temps. Par un effet d?accumulation (aléatoire ?), les romans sur l?Algérie se suivent et se ressemblent. A défaut de repentance (une exigence non formulée par ailleurs par l?ancien colonisé), on se trouve sommé de hurler avec la meute sur les travers d?une indépendance dévoyée. Sommé de cracher sur une guerre d?indépendance. Non, mille fois non. La révolution algérienne (terme, il est vrai, impropre pour désigner une guerre de libération) était juste, nécessaire et fatidique. Cette lâcheté intellectuelle de renvoyer dos à dos occupants et occupés est proprement scandaleuse. Que le fleuve ait été détourné plus tard, cela ne fait aucun doute. Mais c?est déjà une autre histoire. En parcourant La baie d?Alger de Louis Gardel (Seuil), on se dit qu?il doit bien y avoir des Algériens dans cette Algérie coloniale des années 1950. Qu?Alger n?est pas seulement habitée par « des pieds-noirs et des juifs ». Faut croire que non. Qu?Alger de Louis Gardel est une ville de province française. Que le personnage croise des Arabes mais ne fait que les croiser. Des Arabes, pas des Algériens. La nuance est très importante. Des indigènes dépossédés de leur algérianité. Des Arabes, donc. Des Arabes comme femme de ménage, livreur de légumes, chauffeur, gardien. Jamais le personnage, un garçon de 15 ans, très intelligent de surcroît, ne croise un Arabe dans son lycée, à la piscine, dans les lieux où se retrouvent les jeunes de son âge. Présenté comme quelqu?un de très intelligent (il a compris à l?âge de 15 ans que « l?Algérie c?est fini »), il ne lui est jamais arrivé de se demander pourquoi les seuls « Arabes » qu?il fréquente sont ses inférieurs, des yaouled ou des Fatma. Comme les Noirs dans Autant en emporte le vent. Des serviteurs qui sont très bien à leur place. Et quand ils se révoltent, ils deviennent des terroristes du FLN poseurs de bombes. Et de jeter la suspicion sur leurs motivations, leurs objectifs. Ils ne se battent pas pour leur liberté mais pour les maisons des colons, ils ne sont que de vulgaires rapaces appâtés par le gain. Alors oui, le livre de Louis Gardel est bien écrit, il est plein de nostalgie. Le personnage de Zoé est tout simplement fabuleux. Une grand-mère très attachante. On peut trouver le roman plein d?humanité, mais d?où les Algériens (pas Arabes, Algériens) en sont exclus ou réduits à des rôles de figurants.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)