
Afin d'essayer de comprendre pourquoi le théâtre n'arrive plus à jouer son rôle d'autrefois qui était celui de fédérer toute une société, nous avons rencontré un grand homme du théâtre algérien.Djilali Boudjemaa est l'un des piliers du théâtre algérien, fondateur de l'association El Moudja à Mostaganem, auteur de nombreuses pièces récompensées en Algérie et à l'étranger. Pour nous répondre, le dramaturge nous a invités dans une des pièces de son école. C'est un sanctuaire du livre. Une fois installés dans cet endroit qu'il affectionne tant, au milieu des ?uvres et entourés par l'aura des auteurs des quatre coins du monde, M. Djilali Boudjemaa nous a confié : «Les facteurs qui ont fait que le théâtre algérien soit en décadence perpétuelle sont nombreuses, mais la principale cause pour moi, c'est le cachet (l'argent)».Djilali Boudjemaa a continué en expliquant que l'argent avait détruit le théâtre et qu'auparavant, les troupes participantes au festival amateur de Mostaganem avaient un seul but : la satisfaction du public et, à ce moment-là, la concurrence était purement artistique. Ce qui, hélas, n'est plus le cas aujourd'hui, la majorité des troupes optent pour ce qui est rentable et non ce qui est «nécessaire» pour la société ou meilleur d'un point de vue artistique. «L'Etat a compris l'intention de ces pseudos-artistes, c'est pourquoi, maintenant, on finance des pièces de théâtre à deux ou trois millions de dinars. Après cela, l'artiste est obligé de se tenir à carreau, il ne pourra pas critiquer son propre producteur». Selon lui, c'est une sorte de compromis malsain car il fait perdre son âme et sa quintessence au théâtre. Ceci dit, notre dramaturge ne jette pas la pierre aux artistes. «Peut-on leur en vouloir ' L'artiste n'est pas voué à vivre éternellement comme un bohémien.La vision Rimbaldienne de l'art ne représente plus rien. Aujourd'hui l'art est une industrie. Il n'y a qu'à voir Broadway ou Paris?les comédiens sont des professionnels?Hollywood, Bollywood, et même aujourd'hui la Turquie. Seulement, pourquoi chez nous, ne pourrait-on pas avoir et le professionnalisme avec ce que cela suppose comme cachet conséquent, et la qualité du jeu '» Ce «désastre», selon ses mots, s'est accru avec les décisions du ministère de la Culture lequel, au lieu d'investir sur la formation et encourager les ateliers de formation, distribue des cartes d'artistes. «Une foutaise !» tempête-t-il. Pour le dramaturge mostaganémois, il est inadmissible qu'on livre une carte professionnelle à quelqu'un qui ignore tout de ce qu'est l'art. Toute la politique culturelle doit être remise en question si on veut vraiment que le théâtre de Kaki et Alloula renaisse de ses cendres. La troupe El Moudja sera sur scène le 28 mars au théâtre régional de Mostaganem avant d'entamer une tournée nationale.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : El Watan
Source : www.elwatan.com