Quoi de plus normal que de fouetter la mémoire collective et de rompre le silence en ce Cinquantenaire d'Indépendance, pour crier au monde, son cas de moujahida oubliée, marginalisée et spoliée de son droit le plus absolu, au pays du million et demi de martyrs '
Belkecir Hasnia, née le 04/07/1943, fille de la Pépinière à Mostaganem, a décidé de rompre le silence en ce cinquantième anniversaire de l'indépendance nationale. Ce silence contre l'injustice, elle l'avait rompu bien avant, en 1960, à la fleur de son âge quand à 17 ans, elle prit les armes contre le joug colonial, en s'engageant corps et âme dans la Révolution. Remarquée pour son courage et sa fidélité à la cause, les responsables de l'ALN lui désignèrent le fatal statut de « Moussabila » pour lui confier plusieurs missions de liaison et de repérage. Devoir qu'elle honora en corps et âme jusqu'à la fatidique journée du 8 décembre 1961. Ce jour là, le moujahid Bouâaza El-Ouazani devait abattre un officier Français de police à la place des Trois Ponts. Sa mission exécutée, il remit dans la foulée du chaos son pistolet, un 9 millimètres, à Belkecir Hasnia qui partit se réfugier dans la maison du moujahid Abdallah Abass, au quartier Matemore, en face de l'école Sidi-Abdallah qui abrite actuellement la radio locale. « C'était le 8ème jour de Ramadan », se rappelle la dame. Entre temps, les services de sécurité mirent la main sur le moujahid Bousmaha Jilali qui sous la torture, ne tarda pas à passer aux aveux. « A 3 heures du matin, le quartier fut tragiquement encerclé par plus de 70 soldats. J'avais 2 pistolets que je dissimulais sous mes vêtements. Mais je n'eus point le temps de les camoufler, comme les soldats français avaient en un laps de temps fait irruption dans la chambre où nous dormions. J'en ai exprimé deux mots en arabe à une autre femme. Or, j'étais repéré : un « harki » m'avait entendu. J'étais ainsi reconnue, tout comme Abdallah Abass, Darkaoui Zahra et Larbi Bendoula. Il pleuvait des cordes, ce jour là. Puis nous avons été emmenés à Châteauneuf, en face de l'actuelle prison de Sidi-Othmane ». Là, la dame sera soumise à plusieurs séances de torture morale et physique surtout. Ils ne lésinèrent sur aucun moyen pour lui soutirer des renseignements, au même titre que ses camarades, tel Larbi Bendoula qui rendit l'âme sous la persécution. D'où les stigmates qu'elle garde, à l'image de l'épaule déboitée, à l'effet des suites de la torture. Un mois après, le groupe sera scindé en deux. « J'ai été transféré à Relizane au même titre que Fatima Morsli, Gouraya Benchoucha tandis que les autres ont été affectés à Cassaigne (Sidi-Ali). Le 22 avril 1962, Hasnia, 19 ans, sortit de prison et 15 jours après, elle regagna Mostaganem. Mais sa qualité de « moussabila » trahie ne lui permit guerre d'être à l'aise dans ses déplacements à Mostaganem. C'est alors qu'elle prit le cap sur la région de Frenda, au maquis, où elle exerça en tant que soignante au « merkez » (centre) de Sidi El-Bachir, avant que l'Algérie ne recouvre sa souveraineté.
50 ans après !
50 ans après le 5 juillet 1962, Belkecir Hasnia n'est plus cette jeune fille d'antan. Moujahida à part entière, que plusieurs valeureux moudjahidine reconnaissent, elle n'utilise pas des termes pompeux et des actes héroïques surdimensionnés pour se glorifier. Bien au contraire, la dame glorifie ses compagnons et cette Révolution à laquelle elle a pris part. Mais toujours est-il qu'elle garde un pincement au c'ur : elle qui a bel et bien activé en tant que « moussabila » et puis en tant que soignante au maquis où elle a été prise en plusieurs photographies avec ses compagnons, elle demeure toujours une combattante non reconnue. Ni sa démarche en 1963, ni celle de 1983 auprès de la wilaya de Mostaganem, ne lui ont conféré son droit absolu qui a été par ailleurs reconnu à des combattants fictifs, voire à des harkis. La qualité de moujahida Mme Belkecir Hasnia n'a pas été reconnue à ce jour. Son dossier est abandonné, depuis des années, dans les tiroirs de la commission nationale de reconnaissance. Moralité : « el-w'tan » (la patrie) peut bien s'avérer ingrat. Mais le bon Dieu ne l'est jamais. Gloire à nos valeureux martyrs et tous les vrais combattants non reconnus.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ilies Benabdeslam
Source : www.reflexiondz.net