Mila - Revue de Presse

Verrouillage



En arrière-fond du référendum populaire, plutôt populiste, qui connaîtra sans surprise son aboutissement jeudi prochain, c?est le type même de projet de société voulu par Bouteflika qui se profile à l?horizon. La conservation du monopole de tous les pouvoirs constitutionnels et institutionnels par le Président fait qu?il serait très hasardeux de croire encore à l?existence d?un système pluraliste, où le jeu de l?alternance et de l?équilibre entre les différentes sphères de décisions aura naturellement droit de cité. « L?Algérie ne sera ni un Etat islamiste ni un Etat laïque », a dit le Président. Il faut comprendre que l?évocation de ce statut au demeurant flou n?est pas fortuit. La laïcité, en effet, est perçue ici non pas comme un mode de gouvernance qui consacre la séparation du politique du religieux, mais comme une entité religieuse assimilée à l?athéisme, dangereuse pour l?émancipation de l?Islam. Dans la vision de Bouteflika, elle prend l?aspect d?un épouvantail redoutable pour mieux accentuer le ressentiment contre toute idée de démocratie d?essence ou d?inspiration occidentale. Au demeurant, Bouteflika n?a jamais caché son aversion pour le choix démocratique librement consenti dont se sont imprégnés les Algériens depuis la chute du parti unique. Il n?a pas raté une occasion pour fustiger ce qu?il a qualifié d?« anarchie et de désordre » engendrés, selon lui, par cette démocratie, d?où sa propension à réduire à sa plus simple expression le champ d?action des partis démocratiques qui, pourtant, dans les années de feu, ont été d?une grande contribution dans le combat contre l?intégrisme pour la survie de l?Algérie. Une autre preuve de son positionnement antidémocratique ? Alors que les partis conservateurs ou d?obédience islamiste sont encensés dans le contexte de la charte pour la réconciliation nationale, Bouteflika n?a pas hésité à enfoncer le clou en affirmant que ce sont les démocrates qui ont mis de l?huile sur le feu durant la décennie de sang et de douleur, cela pour frapper plus nettement les esprits incrédules et les monter contre tous ceux qui refusent de faire allégeance à la nouvelle pensée unique. C?est donc en quelque sorte l?approfondissement - ou le parachèvement - de l?exercice d?un pouvoir unipersonnel ayant eu le temps nécessaire de se structurer pendant le premier mandat qui découlera naturellement de cette fantastique opération électorale bâtie sur l?adhésion sentimentale des citoyens pour le principe de la paix. Car en réduisant au rôle de figurant toute velléité d?opposition, Bouteflika a, à l?avance, balisé le terrain. Pas une seule note dissonante pour, non pas afficher son hostilité au projet présidentiel, mais juste pour approfondir le débat contradictoire et offrir aux citoyens le maximum d?éléments d?analyse pour savoir et comprendre dans quelle direction le « oui » va-t-il réellement mener le pays. Au demeurant, si l?Algérie n?a pas basculé dans un régime théocratique, c?est en raison des lourds sacrifices consentis par la majorité des Algériens qui se reconnaissent dans une société pluraliste, et donc républicaine au sens le plus le plus large du terme. Ces derniers, qui connaissent aussi trop bien la noblesse du sens qu?il faut accorder à la paix pour se garder de céder à une quelconque manipulation politicienne, ont pris goût aux libertés pour accepter de revenir en arrière.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)