
Ce n'est pas une histoire belge, mais presque! On se perd en conjectures sur la manière avec laquelle sont appréhendés certains problèmes qui sapent la paix dans le monde par l'interprétation qui leur est donnée et la compréhension que l'on veut en avoir. Il en est ainsi de la question du Sahara occidental - territoire occupé par le Maroc depuis 1975 - qui montre comment des pays jouent avec le devenir des peuples. La Belgique en est un! Le Royaume des Belges soutient l'Union européenne (UE) dans l'affaire de l'Accord agricole et de pêche de 2012 avec le Maroc, annulé en décembre 2015, par la Cour de justice de l'Union européenne (Cjue). En cause' L'implication du Sahara occidental, pays occupé, par l'un des contractants [le Maroc]. Epousant la position de l'UE - le rétablissement de l'accord avec le Maroc - la Belgique demande à la Cjue de revoir sa décision. Tout en justifiant son soutien à l'UE dans l'affaire - ignorant les retombées d'un tel accord sur le processus de paix au Sahara occidental - la Belgique plaide pour l'autodétermination du peuple sahraoui. Interpellées par le Comité belge de soutien au peuple sahraoui, les autorités belges ont réaffirmé «la position politique (de la Belgique) d'encourager les efforts des Nations unies pour la mise en application du droit à l'autodétermination du peuple sahraoui». Il y a toutefois comme un hiatus! On se perd en effet en conjectures: soit la Belgique appuie le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination, comme l'affirment ses autorités [ce qui implique, à tout le moins, la dénonciation de l'occupation du Sahara occidental par le Royaume chérifien, de s'opposer à tout accord avec le Maroc ne prenant pas en compte le dossier sahraoui]; soit elle ne trouve pas d'inconvénient à coopérer avec un pays qui piétine les résolutions de l'ONU, en incluant dans ses accords internationaux l'exploitation des richesses agricoles et halieutiques du peuple sahraoui... C'est la contradiction que relève la Cour de justice de l'Union européenne qui, en annulant le contrat liant l'UE au Maroc, l'estime pour le moins inapproprié, dès lors que le territoire du Sahara occidental, compris dans ledit accord, fait l'objet d'un litige arbitré par les Nations unies. Comment, en effet, la Belgique explique-t-elle le soutien apporté [en même temps que la France et l'Allemagne] au recours introduit par l'UE auprès de la Cjue, tout en plaidant pour le droit des Sahraouis' Positions à tout le moins aux antipodes l'une de l'autre! Répondant au député fédéral Benoît Hellings, le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, réaffirme la «constance», de la position de la Belgique sur la question du Sahara occidental, plaidant pour une solution respectant le principe d'autodétermination du peuple sahraoui. «Cette contestation en droit de la décision du tribunal n'affecte en rien la position constante de la Belgique sur la question politique du Sahara occidental, consistant à appuyer une solution négociée, durable et mutuellement acceptable qui respecte le principe d'autodétermination», a-t-il assuré. Or, la Cjue, suite à la plainte du Front Polisario, a motivé sa décision par le fait que l'accord de 2012 [entre l'UE et le Maroc] incluait le Sahara occidental, [territoire occupé par le Maroc, figurant parmi les territoires à décoloniser de la Commission spéciale de l'ONU]. Le Sahara occidental étant un territoire occupé, tout accord qui ne respecte pas cette donne est sans valeur au regard du droit international. L'UE a le droit de coopérer avec le Maroc, mais dans les milites du territoire reconnu par l'ONU. C'est l'interprétation que donne à l'affaire la Cour de justice de l'Union européenne. Dès lors, comment la Belgique [de même que les Etats qui soutiennent le recours de l'UE] peut-elle dire respecter le principe d'autodétermination du peuple sahraoui, tout en soutenant des accords où figure le territoire sahraoui occupé par leur associé marocain' En droit cela peut être assimilé à une reconnaissance du fait accompli marocain au Sahara occidental. Rabat joue sur cette ambiguïté pour faire valoir son occupation. En tout état de cause, voilà une dialectique (belge) dont le raisonnement nous échappe! La Belgique ne peut dire soutenir le principe d'autodétermination, tout en en acceptant de signer avec Rabat - sans formuler les réserves qui s'imposent sur ce dossier - des accords englobant le territoire sahraoui qui s'identifient à un appui à la colonisation du Sahara occidental. Le chef de la diplomatie belge dit n'importe quoi, ou il ne sait pas de quoi il parle. Ce n'est pourtant pas une histoire belge.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Karim MOHSEN
Source : www.lexpressiondz.com