Le Festival deCannes c'est comme un défilé de mode de prêt-à-porter. Même si ce n'est pasouvert à tout le monde, tout le monde s'y intéresse, sans doute parcequ'au-delà du glamour, on peut y déceler les tendances du moment, le genre defilms qui vont nous habiller (habiter ?) dans les mois à venir. A cet effet,l'excellent «Zodiac» de David Fincher est un film annonciateur d'un genre qui ala cote sur la croisette: la reconstitution d'un fait divers mal ou nonélucidé. Plus de dix ans après avoir signé «Seven», le cinéaste replonge dansl'univers des tueurs en série en s'intéressant au Zodiac, insaisissablecriminel qui sévit à la fin des années 60 et répandit, durant plus d'unedécennie, la terreur dans la région de San Francisco. Pour concrétiser cetambitieux projet basé sur le livre de Robert Graysmith, l'un de ceux qui menèrentl'enquête durant de nombreuses années, le réalisateur s'est entouré de troisvaleurs sûres du cinéma américain que sont Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo etRobert Downey Jr., qui se placent déjà en bonne position pour décrocher le prixd'interprétation masculine. «Après Seven, je ne voulais plus aborder ce genre.Mais mon agent m'a appelé et m'a dit que je devais tout de même lire un livre,celui de Robert Graysmith sur le Zodiac, a déclaré David Fincher dans sa trèssuivie conférence de presse. Cette affaire va à l'encontre des règles. Je mesouviens, quand j'étais enfant, de la peur régnant autour du Zodiac, desvoitures de police qui circulaient près des bus scolaires. Ce n'est pas un filmsur un tueur en série, mais un film sur un fait divers. L'esprit y est larecherche de vérité, d'une logique à travers le chaos». Espérons que lecinéma européen, si prompt à copier son grand frère hollywoodien, arrive àfaire aussi bien que «Zodiac». Déjà on peut voir sur les frontons des grandspalaces cannois l'affiche des deux films à venir que le cinéaste françaisJean-François Richet consacre à Jacques Mesrine avec Vincent Cassel dans lerôle du gangster français surnommé «l'homme aux 100 visages», connu pour sesbraquages spectaculaires et ses évasions, et déclaré «ennemi public numéro un»au début des années 1970... Les deux films («L'Ennemi public n°1» et«L'Instinct de mort»), sont en cours de tournage (pour ne pas reprendrel'expression marketing de l'affiche publicitaire: «shooting Now !»), etdevraient sortir début 2008. Juste avant, prévu pour la rentrée, un autre filmadapté d'un tout aussi célèbre fait divers, «Le gang des postiches», sur lacélèbre et audacieuse équipe de braqueurs de banque qui opéra à Paris entre1981 et 1986. Le film réalisé par Ariel Zeitoun avec Vincent Elbaz, GillesLellouche et Sami Bouajila est projeté uniquement pour les distributeurs dansles sous-sols du Palais réservé au marché du film. Voilà pour les tendances deprêt-à-voir 2007/2008. Parlons de l'autre tendance qui se confirme d'année enannée: le documentaire. Très applaudi lefilm consacré à Jacques Vergès «L'Avocat de la terreur» du réalisateur suissed'origine iranienne Barbet Schroeder, projeté en présence de Jacques Vergès etde quelques stars dont le réalisateur espagnol Pedro Almodovar. Qui se cachederrière cet homme ? Un révolutionnaire éclairé ? Un communiste-caviar ? Unanticolonialiste mégalo ? Un anar d'extrême droite ? Un espion de haute voltige? Aucune piste n'est écartée: Barbet Schroeder mène l'enquête pour élucider le«mystère». Au départ de la carrière de cet avocat énigmatique, la guerred'Algérie et une bombe nommée Djamila Bouhired, la pasionaria qui porte lavolonté de libération du FLN et de tout un peuple. Le jeune homme de loi épousela cause anticolonialiste, et la femme. Si on savait déjà que la belle etrebelle Djamila était déjà convoitée par un certain moche et re-moche Ahmed BB,on apprend dans le film que c'est Mao lui-même qui va proposer à Jacques etDjamila de se marier. Après l'indépendance, Vergès s'ennuie à Alger: c'était«dégoutage» et compagnie. Ne pouvant plus de faire le petit avocat desdivorces, il décide un jour de tout plaquer, son cabinet, sa Djamila et sesdeux enfants et partir on ne sait où, sans laisser de message... Fauché à sadisparition, maître Vergès va réapparaître, huit ans plus tard, riche et pluscynique que jamais, défendant les terroristes - pardon les «révolutionnaires» -de tous horizons (Magdalena Kopp, Anis Naccache, Carlos) et des monstreshistoriques tels que Klaus Barbie. D'affaires sulfureuses en déflagrationsterroristes, Barbet Schroeder suit les méandres empruntés par «L'avocat de laterreur», aux confins du politique et du judiciaire. Le cinéaste explore,questionne l'histoire du «terrorisme aveugle» et met au jour des connexionspour le moins étonnantes. Ce qui est encore plus troublant dans ce film, c'estde constater comment les temps ont radicalement changé très rapidement. De voirle très jeune et très classe Abdelaziz Bouteflika, aujourd'hui officiellementami de Bush, recevoir à bras ouverts les figures symboliques del'internationale révolutionnaire, laisse rêveur, ou plutôt dubitatif...Autredocumentaire, en hors compétition, «Sicko» du dernier des gauchistes américainsMichael Moore. Après s'être attaqué au marché des armes dans «Bowling forColumbine» et au président George W. Bush dans «Fahrenheit 9/11» (Palme d'Or auFestival de Cannes 2004), le gros Michael Moore mène l'enquête sur les faillesdu système de santé américain et fustige à nouveau l'Amérique des profits, ens'attaquant aux lobbys pharmaceutiques et aux assurances privées. Renouant avecson approche «sur le terrain» et son style inimitable, Moore met le doigt surles enjeux médicaux d'un système complexe et pousse la provoc' jusqu'à aller àCuba pour tenter de prouver qu'on est mieux soigné là-bas qu'aux USA. Pouravoir brisé le boycott de «l'île du diable Fidel», imposé par les autoritésaméricaines, Michael Moore risque la prison à son retour. Mais le vieux malin atrouvé une idée pour faire son intéressant: de Miami à La Havane, il embarqueavec lui des «héros» du 11-Septembre, ceux qui se sont portés volontaires pouraller dans les ruines des tours effondrées et qui, depuis, traînent desmaladies non remboursées par le système américain. «Puisqu'on nous dit que lesprisonniers de Guantanamo sont bien soignés, allons donc là-bas pour obtenirles soins qu'on n'a pas ici». Plus c'est gros, plus ça passe ! Un peu démago le«Sicko», un peu mégalo le Moore, mais son combat, à contre-courant du«politiquement imposé», comme ceux de maître Vergès d'ailleurs, mérite un peuplus que le respect: de la sympathie.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Notre Envoye Special A Cannes Tewfik Hakem
Source : www.lequotidien-oran.com