
Dénigrer l'adversaire a toujours été de bon aloi, mais l'ère de la communication a fait de cette activité une arme idéologique de très gros calibre devant laquelle plus d'un groupe dissident a dû capituler. Les organisations clandestines sans accès aux outils modernes de persuasion de masse ne peuvent survivre que si elles jouissent, par ailleurs, d'une large assise populaire, comme par exemple l'IRA irlandaise ou l'ETA basque, pour ne citer que celles-ci.Sur un autre plan, les gouvernements et leurs appareils ne se contentent pas de combattre la dissidence verbalement. Ils interviennent depuis longtemps sur le terrain, chez eux et à l'étranger : mise en place ou infiltration de groupes terroristes, préparation et organisation d'attentats, provocation, désinformation... Un des exemples les plus évidents et les plus «réussis» de manipulation est sans doute celui des Brigades rouges italiennes dans les années 1970-1980. Les services secrets italiens, épaulés par les Américains, réussirent alors à placer un de leurs hommes à la tête de l'organisation clandestine et purent ainsi télécommander diverses actions, dont l'enlèvement et l'assassinat d'Aldo Moro, un homme politique de droite jugé «dangereux», car partisan du «compromis historique» avec le parti communiste. Depuis, la tactique italienne a souvent été copiée un peu partout dans le monde. (Lire Types of Terrorism and 9/11 par George Pumphrey.) Aux Pays-Bas, en 1970, le service de renseignements BVD est allé même jusqu'à créer de toutes pièces un parti «marxiste-léniniste maoïste» (le MLPN) afin d'infiltrer les milieux «pro-chinois» que l'on croyait violents et manipulés par Pékin (en fait Mao se fichait éperdument des gauchistes hollandais). L'épisode du MLPN a été rendu public trente ans plus tard par un des responsables, mais parallèlement, des douzaines d'autres cas similaires en Europe occidentale sont plus ou moins restés dans l'ombre. Quand une bombe explose quelque part, qu'un avion est détourné ou s'écrase contre un gratte-ciel, on est donc parfaitement en droit de se poser la question: qui a vraiment fait le coup, à qui profite le crime ' La question est pertinente, même lorsqu'une organisation revendique la paternité de l'attentat, et à plus forte raison quand ce n'est pas le cas. Le dessous des cartes est rarement dévoilé au grand public. Avec l'aide de la presse, les responsables veillent à ce que rien ne transparaisse. Dans ces conditions, les services secrets peuvent se permettre d'exagérer à dessein l'importance d'organisations occultes existantes, organisations qu'ils ont parfois eux-mêmes contribué à créer (Al-Qaïda, par exemple) ou de «ressusciter» des groupes disparus depuis longtemps (Brigades rouges italiennes ou Sentier lumineux péruvien), ou encore de créer de toutes pièces une «nouvelle génération» terroriste (Daech). Américains et Israéliens sont sans doute les plus actifs et les plus imaginatifs en matière de manipulation, même si leurs trouvailles sont souvent cousues de fil blanc. (A suivre)
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : C A
Source : www.lnr-dz.com