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«Si le secteur public venait à imploser, il emporterait le secteur privé»



«Si le secteur public venait à imploser, il emporterait le secteur privé»
Le secteur public est en phase de mutation. Entre restructurations, nouvelles nominations et privatisations, quelle est vraiment l'état de ce secteur 'La situation des entreprises publiques relevant du secteur marchand est alarmante et inquiète les pouvoirs publics au plus haut niveau. Les entreprises du secteur hors hydrocarbures dégageant une faible valeur ajoutée estimée à 15% de la richesse nationale et elles représentent plus de 35% des emplois en Algérie. Aujourd'hui, la situation est telle que l'Etat devra recapitaliser le secteur en injectant une enveloppe importante qui sera au moins du même niveau que la précédente recapitalisation. Pour mémoire, en 2012 l'Etat avait déjà injecté 12 milliards de dollars et une enveloppe similaire avait été engloutie en 2008.Mis à part quelques groupes qui s'en sortent tant bien que mal, la majorité des entreprises du secteur sont en quasi cessation de paiement. En plus de ces recapitalisations, l'Etat soutient ces entreprises avec notamment l'octroi de financements via les banques publiques, ce qui permet de les maintenir en survie et de sauvegarder ainsi l'emploi au détriment de leur équilibre financier.Les perspectives pour les deux prochaines années ne vont pas dans le sens de l'amélioration de cette situation. En effet, l'Etat est en train de réduire la commande publique et ses dépenses, ce qui va induire une réduction mécanique du plan de charge des entreprises du secteur. Ceci va induire un besoin de financement important pour les maintenir en survie.Or, ces entreprises sont déjà fortement endettées, ce qui fera peser un risque financier non négligeable sur les banques publiques et potentiellement dangereux pour l'équilibre de notre système financier.Aujourd'hui, personne ne croit au redressement de ces entreprises et la seule préoccupation des pouvoirs publics est de trouver une solution pour sauvegarder l'emploi et préserver les secteurs stratégiques.Enfin, je rajoute le risque des effets de bord sur le secteur privé ne sont pas négligeables. En effet, si le secteur public venait à imploser, il emporterait le secteur privé avec lui, ce qui pose un sérieux problème aux décideurs. On voit bien que la situation est à la fois sérieuse et porteuse de risques majeurs pour l'économie du pays et mérite toute l'attention des pouvoirs publics pour trouver des solutions différentes de celles appliquées jusqu'à aujourd'hui.Quelles sont les raisons qui ont conduit à cet échec du secteur public en Algérie 'L'Etat a toujours pensé que son rôle était de gérer et d'intervenir dans ces entreprises en décidant à la place des dirigeants et, pire encore, en instaurant un climat de suspicion et d'incertitude sur le sort même des hommes et des femmes qui travaillent dans ces entreprises. En agissant ainsi, l'Etat a involontairement paralysé ces entreprises et a même conduit à leur échec. On est face à un actionnaire qui fait de la politique dans ces entreprises et de fait les condamne sur le plan économique.J'ajoute encore que la majorité des initiatives économiques de l'Etat ont été réalisées prioritairement dans le secteur public. Qu'il s'agisse de partenariats avec les étrangers, de l'accès aux marchés stratégiques, des financements ou des investissements dans les projets d'infrastructures, la quasi-totalité de ces initiatives ont été réservées aux entreprises publiques. L'Etat a toujours pensé que le secteur public est le seul levier de développement de notre économie.Le paradoxe est qu'en agissant ainsi l'Etat a considérablement affaibli ces entreprises car il n'a pas fait son travail d'actionnaire, mais le plus grave est que l'Etat s'est lui-même affaibli en enfantant des poids lourds qu'il faudra porter et soutenir alors même que les moyens de l'Etat sont en train de fondre dans un contexte de crise économique.L'Etat n'est pas un bon gestionnaire et cela s'est vérifié dans toutes les économies du monde. L'Etat devra réduire son implication dans la gestion de ces entreprises et n'exercer que son rôle d'actionnaire stratégique et ne plus se mêler de la gestion opérationnelle de ces entreprises.Quel est le rôle de l'Etat dans cette réorganisation et quelles sont les mesures à prendre pour essayer de sauver ce secteur 'La question centrale à se poser est de savoir quel rôle nous voulons faire jouer à l'Etat dans ces entreprises. Car, à vouloir le tout-Etat, on finit par le payer très cher. Le débat du tout-Etat ou du tout-privé est stérile et n'est pas le sujet. Car ni l'une ni l'autre de ces positions n'est viable.L'Etat doit garder un contrôle sur certains secteurs sensibles et n'exercer qu'un rôle d'actionnaire stratégique en ayant un droit de regard pour sauvegarder les intérêts du pays. Il ne doit en aucun cas intervenir dans la gestion de ces entreprises. Le cas de Sonatrach est un exemple qui illustre bien cette confusion des rôles et de l'incapacité de la tutelle à laisser cette entreprise travailler sereinement et conformément aux règles du marché.On peut citer des exemples de secteurs où l'Etat n'a rien à y faire et on ne comprend pas pourquoi on continue d'investir dans des entreprises publiques relevant des secteurs comme la téléphonie mobile, le ciment ou même dans le transport aérien. L'intervention de l'Etat dans ces secteurs a engendré des dysfonctionnements du marché : nous payons les billets d'avion plus cher que nos voisins, le ciment le plus cher au monde et les coûts de téléphonie plus chers que dans les pays à revenus comparables.L'Etat a de fait créé des oligopoles sur ces secteurs et a indirectement généré des prix élevés qui profitent aux sociétés concurrentes des groupes publics. En plus de l'addition que payent les consommateurs algériens, l'Etat doit transférer chaque année au profit des entreprises opérant dans ces trois secteurs des montants importants en dividendes estimés à deux milliards de dollars.On voit à travers ces exemples concrets l'urgence absolue d'ouvrir ces secteurs à la concurrence nationale et internationale pour laisser la concurrence jouer son rôle au profit des consommateurs et de l'économie nationale.En plus du changement du rôle de l'Etat, quelles sont les autres mesures d'accompagnement pour lancer la restructuration du secteur 'Si l'Etat arrive à arracher ces entreprises publiques des griffes de ses tutelles qui paralysent ces Groupes publics, on peut également citer quelques mesures d'accompagnement pour les aider à se relancer.On peut citer la dépénalisation de l'acte de gestion, la suppression des procédures d'appel d'offres, les partenariats publics-privés nationaux. Ce sont là quelques mesures qui pourront limiter l'impact de la casse et permettront à certaines de s'en sortir car il y a tout de même un savoir-faire, des compétences et des acquis qu'il ne faudra pas jeter avec l'eau du bain.Le ministère de l'Industrie a commencé à se pencher sur le sujet avec le lancement de la réorganisation en holdings opérée l'été dernier. Les critiques disent que c'est une opération cosmétique, mais personnellement je trouve que c'est une étape importante et elle va dans la bonne direction.Evidemment, le travail à accomplir est colossal pour transformer ces Groupes car il est vital de leur rendre leur autonomie pour leur permettre de se restructurer et les rendre plus agiles et compétitives. A n'en pas douter, cela prendra du temps et malheureusement nous n'avons plus le temps et les ressources nécessaires à cette mutation profonde.Les tentatives d'introduction en Bourse de certaines de ces Groupes est aussi une bonne décision, mais là encore nous ne sommes là qu'au début du processus et le chemin est encore long et je crains que la bureaucratie et les hésitations politiques n'aient raison de cette bonne intention.Justement, qu'en est-il de l'ouverture du capital, voire même de la privatisation de certaines entreprises 'La question de l'ouverture au privé étranger et national doit être posée sans passion. Je considère à terme que c'est la seule voie pour arriver à sauver ces entreprises. Evidemment, cette ouverture peut se limiter aux secteurs non stratégiques et commencer par les entreprises qui sont prêtes à se lancer dans le processus.Comme évoqué précédemment, la question qui se pose n'est pas de savoir s'il faut privatiser ou pas, car nous n'avons pas plus le choix, mais la question qui se pose aux pouvoirs publics est de savoir comment sauvegarder les emplois tout en ouvrant certaines de ces entreprises au marché et à la concurrence.En tout cas, nous n'avons plus les moyens financiers ni la compétence au niveau de l'administration centrale pour maintenir un secteur public pléthorique et inefficace. L'Etat doit absolument trouver des solutions à court terme, faute de quoi le secteur implosera avec de lourdes conséquences sur l'économie nationale et les finances de l'Etat.


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