
«Comment t'appelles-tu '» «Firdouss» répond la petite fille blonde à laquelle est adressée la question. Ce n'est pas l'école des fans et encore moins Jacques Martin mais Abdelmalek Sellal s'adressant au cours de sa dernière visite d'inspection du barrage de Beni-Haroun à l'enfant chargé, à hauteur de l'un des sites visités, de lui remettre le bouquet de fleurs de circonstance. Le ministre enchaîne «Ah'Firdouss, sais-tu que c'est aussi le paradis'un paradis auquel tu vas certainement y aller'contrairement à nous les membres du gouvernement qui nous retrouverons, nous tous sans exception en enfer». Images, propos allégoriques retenus lors d'une journée parmi les plus rudes de Ramadhan passé, sous un soleil dont les rayons dardaient à 44 degrés à l'ombre et à plus de cinquante en dehors, donc au cours d'une visite impromptue de celui qui était alors ministre des Ressources en eau et concomitamment des Transports. La situation était alors alarmante compte tenu des «Une» et des manchettes de journaux à propos de la panne du système de pompage du barrage et face à laquelle contrastait la bonhommie du commis de l'Etat qui n'a eu cesse de dérider la délégation par la spontanéité qu'il avait dans le propos. Alors l'ex-ministre, au pluriel, était-il le meilleur d'entre tous aux yeux du président de la République, plus particulièrement parce qu'il incarne une autre vision de l'exercice des charges importantes, assez souvent rébarbatives, de grand commis de l'Etat, d'ailleurs ne s'est-il pas honorablement, voire superbement acquitté de toutes celles assumées auparavant. Car un ministre qui arrive à arracher un réel capital sympathie auprès des populations et se faire adopter par les médias ne peut forcément qu'augurer une autre manière de gouverner même si dans la réalité, pour des raisons que nul ne peut ignorer, sa marge de man'uvre est des plus réduites. Quoiqu'il en soit, il ne subsiste aucun doute sur les capacités du nouveau Premier ministre à bien mener sa mission en ce sens qu'il dispose de compétences évidentes confirmées et confortées d'ailleurs par son parcours professionnel. Ensuite il y a cette autre évidence qui consisterait à souligner que comparativement à toutes les personnalités qui ont défilé au poste, Sellal fait partie de celles, les moins coincées que le pays a eu à connaitre depuis l'indépendance. Cela étant, il ne faut pas négliger le fait qu'être Premier ministre n'est pas chose aisée, Abdelmalek Sellal va forcément se retrouver dans une posture qu'il n'a peut-être pas imaginé et a encore moins caressé l'espoir, dans l'immédiat d'en assumer la charge. Ceci même si cette désignation Ab abrupto était dans l'air du temps depuis que la vox populi la vaticinait. Dorénavant en étant aux avant-postes, il va devoir sacrifier, intérêt général oblige, sa réputation d'électron libre et une partie de sa nature même. La partie difficile de l'exercice qui consistait à former un gouvernement a déjà été faite avec la mise à l'écart, et le mot n'est pas exagéré, de ministres considérés jusque-là comme inamovibles malgré leur peu de popularité pour ne pas dire de rejet épidermique par le peuple, le non-respect de la parité hommes-femmes avec la présence de trois femmes seulement dans une équipe constituée de trente cinq personnes, le maintien ou le rappel de ministres pour des raisons évidentes de continuité, de connaissance et de maîtrise des dossiers, des commis parmi les plus sérieux, les plus dynamiques sinon les plus compétents et enfin des inconnus dont le choix n'est très certainement pas le fruit du hasard et encore moins fait selon des affinités mais dicté plus par le pragmatisme et forcément par la dimension humaine et professionnelle du (des) titulaire(s). Une équipe tenue dès lors de se singulariser par une vision volontariste de la gestion des départements auxquels sont désignés les hommes retenus, une mission rendue, voire déjà complexe en raison de l'agressivité tous azimuts d'un environnement extérieur qui plonge la planète dans une crise multidimensionnelle rarement connue et des conséquences auxquelles le pays ne peut se soustraire à moins de pratiquer la politique de l'autruche. Le nouveau Premier ministre et son team ont du pain sur la planche et encore plus de soucis, en raison de l'exercice de funambule auquel ils vont devoir faire face à des habitudes ancrées à la limite de leur impression quasi-génétique sur les modes de gestion. En somme un véritable chantier si l'objectif premier est de réhabiliter le politique aux yeux du peuple mais aussi de donner des gages de stabilité à l'opinion internationale et de tous les «big brother» qui, tel l''il de Dieu fixé sur Caïn, se posent en témoins moralisateurs et de conscience des pays dont la politique, depuis le printemps arabe, est placée sous la loupe. Et compte tenu de la personnalité du Premier ministre et du personnel choisi en ce sens, il semble clair que c'est, en premier, le cap retenu. Ensuite, il ne faudrait pas également oublier selon les propos tenus lors du déplacement à Mila et plus précisément à Zeraïa par le nouveau premier de la classe, que quoiqu'il puisse arriver les membres du gouvernement ont pour vocation d'aller en enfer.
A. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A Lemili
Source : www.latribune-online.com