À la veille de la marche populaire qu'organisera demain la Coordination des comités de soutien aux travailleurs de Cevital et aux investissements économiques, dont il est le porte-parole, Mourad Bouzidi livre dans cet entretien ses impressions sur la mobilisation citoyenne que devrait susciter cette manifestation de rue, sa portée, ses mots d'ordre... Notre interlocuteur fera part également des projections de son organisation qui s'investit dans des actions pacifiques visant à promouvoir les investissements socioéconomiques, dans la région de Béjaïa et ailleurs.Liberté : La Coordination des comités de soutien aux travailleurs de Cevital et aux investissements économiques dont vous êtes le porte-parole a appelé à une marche populaire pour demain, à Béjaïa. Pourquoi une telle manifestation de rue en ce moment précis '
Mourad Bouzidi : D'abord, il faut savoir que le sens de cette marche est d'exprimer notre mécontentement et indignation face au silence assourdissant du pouvoir en place, en l'occurrence la présidence de la République à qui, faut-il le rappeler, nous avons jusque-là adressé trois lettres. Cela d'une part. D'autre part, nous tenons à préciser que le travail de sensibilisation que nous menons auprès de la population depuis plus d'une année a été couronné par l'adhésion massive de citoyens en faveur du déblocage du projet de Cevital qui consiste en la réalisation d'une usine de trituration de graines oléagineuses en dehors du port de Béjaïa. Pour avoir une idée sur cet engouement citoyen, je vous informe, à titre illustratif, que le nombre d'internautes ayant consulté sur notre page Facebook la première correspondance adressée au chef de l'Etat s'élève à plus de 900 000, dont pas moins de 113 000 ont cliqué sur la mention "j'aime". Je pense que c'est une première en Algérie. On peut donc se permettre de dire qu'il y a effectivement une opinion favorable au déblocage des équipements industriels de Cevital en vue de la réalisation de son unité de trituration à Béjaïa.
Comment évaluez-vous justement cette adhésion citoyenne en faveur de votre cause ' Et quelle portée donnez-vous à cet élan de soutien et de solidarité avec le groupe Cevital '
Je tiens à préciser aussi que cette première lettre, qui a obtenu plus de 113 000 mentions "j'aime" sur Facebook, a été rédigée en langue arabe, et ce, pour toucher le maximum de citoyens algériens. C'est pour vous dire que l'adhésion enregistrée par notre démarche est venue des quatre coins du pays. Autrement dit, il n'y a pas que les gens de la région de Kabylie qui expriment aujourd'hui leur soutien au projet de Cevital. Il faut souligner qu'une grande partie de nos soutiens est issue des autres régions d'Algérie. Parmi les soutiens les plus en vue, on peut citer certaines personnalités nationales, telles que Lahouari Addi, Yasmina Khadra, Nacer Djabi, Djamel Zenati, Saïd Sadi... Tout ce beau monde-là forme, en effet, un consensus national en faveur du déblocage du projet de Cevital à Béjaïa.
Avez-vous des soutiens à l'étranger ' Ne pensez-vous pas à donner une dimension internationale à votre mouvement citoyen '
À vrai dire, par mesure de précaution et de prudence, notre Coordination a jugé utile d'éviter toute internationalisation de la question. Pour le moment, nous refusons de tomber dans le piège afin d'éviter toute stigmatisation de notre organisation et pour que notre message ne soit pas détourné. Nous connaissons tous les traditionnels agitateurs qui ne se gênent pas pour nous sortir la fameuse échappatoire de "la main de l'étranger".
Êtes-vous optimiste quant à l'issue de cette affaire de blocage des équipements industriels de Cevital par le P-DG du port de Béjaïa '
Notre marche a un sens. Car, si nous avons placé notre manifestation sous le signe de "la marche de l'espoir", c'est parce que nous refusons de cultiver le désespoir et le défaitisme. En d'autres termes, nous gardons toujours espoir que les dirigeants de ce pays finissent un jour par se rendre compte qu'ils sont dans une situation de non-sens. Ces derniers ne peuvent pas, d'une part, continuer à demander aux opérateurs économiques de réaliser un saut à la fois qualitatif et quantitatif en termes d'investissements, alors que, d'autre part, il se trouve que des investisseurs, qui ne demandent aucun financement, voient leurs projets bloqués par les mêmes responsables du pays !
Comment envisagez-vous la suite de cette affaire ' Quelles actions comptez-vous mettre en ?uvre après la marche de demain '
Franchement, nous souhaiterions canaliser et capitaliser nos soutiens, notamment les différentes personnalités nationales qui se sont solidarisées avec nous autour de notre projet qui consiste en l'organisation, ici à Béjaïa, d'une conférence régionale sur le blocage des investissements de Cevital. Nous allons convier à cette rencontre un bon nombre d'hommes politiques, des spécialistes en économie, des industriels, des acteurs de la société civile... L'objectif de cette conférence est d'arriver à tracer une feuille de route cohérente visant à promouvoir les investissements industriels dans la région. À travers cette initiative, nous voudrions amener le pouvoir en place à comprendre que nous ne sommes pas là pour bloquer le développement économique de l'Algérie, bien au contraire, nous voulons proposer des solutions à la crise que traverse notre pays. Toutefois, il est utile de préciser que c'est le pouvoir qui se trouve aujourd'hui dans l'impasse et en panne de perspectives, mais pas nous ! En définitive, le silence des plus hautes autorités du pays, notamment la présidence de la République, ne fait que renforcer notre conviction quant à l'existence d'un lobby d'oligarques qui profitent de leur proximité avec le pouvoir central pour imposer une concurrence déloyale. Sinon comment peut-on expliquer cette politique de deux poids, deux mesures, consistant à autoriser l'implantation de deux projets industriels dans le port de Djendjen (wilaya de Jijel), auxquels on a accordé des financements et des facilités immenses, tout en bloquant un projet similaire que le groupe Cevital veut réaliser à Béjaïa, avec ses propres fonds, en dehors de l'enceinte portuaire.
Revenons à vos démêlés avec la justice suite à la plainte déposée à votre encontre par le président-directeur général de l'entreprise portuaire de Béjaïa. Où en est-on aujourd'hui '
Nous tenons d'abord à déplorer le jugement rendu en première instance le 2 janvier dernier, portant condamnation de ma personne à une peine de trois mois de prison avec sursis. C'est pour cela d'ailleurs que nous avons jugé utile d'interjeter appel auprès de la cour de Béjaïa, dont le procès est programmé pour la date du 20 mai prochain. Pour rappel, dans ce procès en diffamation intenté contre moi par le DG du port de Béjaïa, ce dernier me reproche de l'avoir "accusé" de se substituer au président de la République. S'agissant de ce chef d'inculpation, je persiste et signe que le DG du port de Béjaïa est un grand usurpateur de fonctions. À partir du moment où il s'est permis d'usurper les fonctions de directeur des douanes, de celles des Domaines et de l'environnement, ainsi que celles de la police scientifique en se prononçant sur l'origine de l'incendie ayant affecté, le 20 octobre 2017, un des hangars du complexe Cevital de Béjaïa, avant même le démarrage de l'enquête. Comment peut-on qualifier alors ce responsable qui décide de la politique industrielle de la région en osant bloquer un projet devant générer, en sus des recettes fiscales pour la collectivité locale, un millier de postes d'emplois directs et 100 000 autres indirects.
Votre mot de la fin '
Nous lançons un appel à l'ensemble des citoyennes et citoyens soucieux du devenir socioéconomique de leur région et de leur pays à venir participer massivement à la marche de l'espoir, qui démarrera demain, lundi 14 mai 2018, vers 10h, à partir du siège du complexe agroalimentaire de Cevital. L'objectif étant de faire de cette action une véritable démonstration de force qui exigera, une fois de plus, le déblocage immédiat des équipements industriels de Cevital, destinés à la réalisation de son usine de trituration de graines oléagineuses. Soyons nombreux au rendez-vous afin de sauver l'économie de notre région.
Entretien réalisé par : Kamel Ouhnia
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : KAMAL OUHNIA
Source : www.liberte-algerie.com