«L'une des caractéristiques de cette révolution, c'est l'explosion d'initiatives positives, solidaires, à visée pédagogique»Dans ce numéro, Soirmagazine vous propose de faire la connaissance de l'administrateur et directeur du projet «Wesh Derna '». Un projet qui émerge et qui prend tout son sens durant la révolution que nous vivons. Une révolution par une jeunesse qui croit, qui agit, qui pense et qui, somme toute, donne de l'espoir. Ce projet peut aussi être connu à travers le site internet.
Soirmagazine : Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs '
Riadh Touat : J'ai 33 ans, je suis pharmacien, responsable dans une société pharmaceutique. Et à mes heures perdues, je vais à la rencontre de jeunes Algériens de mon pays pour leur dresser un portrait vidéo, dans le but de leur donner la parole, par le biais de ma caméra et de mon micro.
Comment vous est venue l'idée de créer cette page et depuis quand existe-t-elle '
J'ai lancé le premier numéro du projet «Wesh Derna '» il y a plus de 2 ans, le 12 janvier 2017. J'avais un rêve, celui dans lequel la jeunesse algérienne croirait en elle et en ses capacités. A travers mon idée, j'ai voulu mettre en avant des parcours, mais aussi une vision constructive. «Wesh Derna '», qui est tout de suite apparue comme une initiative positive, se voulait être une soupape au quotidien morose dans lequel nous vivons. A l'époque, je ne me reconnaissais pas dans l'image qu'on donnait de nous, que ce soit dans les médias étrangers ou nationaux, et il était important pour moi que nous sortions de notre silence et que nous soyions enfin visibles.
Donc, elle est destinée à la jeunesse algérienne. Quels sont son message et son but '
Dans le contexte de 2017, avant la révolution du 22 Février, beaucoup d'entre nous en avaient marre de vivre ici et faisaient tout pour quitter le pays beaucoup comme harragas, toutes classes confondues.
Je trouvais ça dommage qu'autant de potentiel se retrouve contraint de fuir en Occident pour aspirer à plus de liberté et un semblant de qualité de vie.
Quitter un aussi grand pays comme l'Algérie, avec autant de challenges à surmonter, avec autant de ressources humaines pour aller ailleurs, était pour moi un non-sens. Abandonner au lieu de se battre n'était pas envisageable pour moi.
Mais, dans cet environnement négatif se cachaient des pépites de jeunes qui m'impressionnaient par leur créativité, leur hargne, leur volonté de construire. Cet optimisme et cette positivité m'avaient frappé et grandement influencé. J'ai donc eu envie de les répercuter à mon tour à travers «Wesh Derna '».
Depuis le début de la Révolution, avez-vous senti un engouement plus important pour la page ou bien un enthousiasme de la jeunesse '
«Wesh Derna '» a pris tout son sens depuis le début de la révolution. Si pendant ces deux dernières années, montrer que nous avions une jeunesse créative positive avec une volonté de construire son pays pouvait paraître exotique, aujourd'hui, il suffit de sortir dans la rue chaque vendredi pour la voir à l'?uvre. Ce qui se passe dans notre pays depuis quelques semaines est unique et je suis heureux de ne pas m'être trompé.
Le nombre de followers sur la page Facebook a augmenté par dizaines de milliers et les gens se reconnaissent davantage dans l'état d'esprit du projet parce qu'ils ont, à nouveau, de l'espoir.
Par ailleurs, la parole s'est libérée. On s'écoute, on respecte l'avis de l'autre. On peut enfin tout dire, sans se censurer, sans subir de pression, sans être obligé de prendre des gants pour ne pas subir de représailles tout en continuant à proposer du contenu positif. Nous devons à tout prix sauvegarder cet acquis.
Pensez-vous que réellement il y a moins de harragas depuis le début de la révolution '
Le phénomène de la harga est une grande plaie dans notre pays et la souffrance de ceux qui la vivent ainsi que celle de leurs proches ne devrait pas exister dans un pays aussi grand et magnifique que l'Algérie.
Quant au nombre de harragas qui auraient potentiellement diminué depuis le début de la révolution, je serai curieux de voir les chiffres, je préfère me référer à des indicateurs fiables.
Mais il est vrai que la tendance générale et apparente actuellement est celle d'un grand espoir chez des millions d'Algériens, qui l'expriment et le crient haut et fort dans leurs slogans. «Nous ne partirons pas» et nous pouvons le constater chaque vendredi, mais aussi le reste des jours de la semaine.
Y a-t-il un engouement plus important de la jeunesse pour l'adhésion au mouvement associatif ou collectif ' Est-ce que vous avez enregistré un nombre plus important d'adhérents pour votre page par exemple '
L'une des caractéristiques de cette révolution, c'est l'explosion d'initiatives positives, artistiques, solidaires, à visée pédagogique. Il y a une prise de conscience collective et une dynamique incroyable qu'il ne faut surtout pas faire avorter.
Nous assistons à la création de plus en plus de groupes et de collectifs pour sensibiliser, discuter, débattre de la situation de notre pays, et c'est une excellente chose ! Je citerai les débats de rue au TNA ainsi que ceux de Nabni organisés au Parc de Galand les samedis après-midi à Alger.
Une dynamique similaire semble avoir lieu dans de nombreuses autres wilayas.
Il est temps de parler, d'échanger, de comprendre, mais aussi de proposer. D'ailleurs, à travers «Wesh Derna '», j'ai lancé l'opération «Ana jazayri wa3i» où je donne la parole à des jeunes qui font des propositions de solutions dans différents domaines : la justice, la santé, l'éducation, l'environnement, les collectivités locales, et ce, dès la 2e semaine du Hirak.
L'objectif étant de démontrer qu'en plus d'avoir une jeunesse «silmiya» qui a réussi à faire bouger le régime, notre jeunesse est aussi «wa3iya», consciente des enjeux et capable de réfléchir et de proposer des solutions. L'espoir de voir s'améliorer notre condition en Algérie est présent et nous devons tout faire pour le concrétiser.
Nous assistons à la mutation d'une société qui vit. Laissons-là éclore.
Un dernier mot....
Aujourd'hui, plus que jamais, notre pays a besoin de nous. Je rêve d'une Algérie où les libertés individuelles seraient respectées. Je rêve d'une Algérie où les bonnes personnes seraient aux bonnes places. Je rêve d'une Algérie méritocratique, où la compétence primerait sur la «ma3rifa».
Une Algérie où on serait tolérants et où on s'accepterait tous sans s'annihiler.
Une Algérie où on ferait confiance à la jeunesse et, enfin, une Algérie portée par les valeurs du respect, du travail, de la compétitivité et du sens de la responsabilité. Nous pouvons la mettre en place, nous avons tous les ingrédients qu'il faut, il ne nous manque plus que la bonne recette !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sarah Raymouche
Source : www.lesoirdalgerie.com