
Ils constituent une association à but non lucratif, dénuée d'ambitions politiques, et à durée aussi limitée qu'une vie terrestre. Une association en voie de disparition, comme certaines espèces rares. Et déjà se profile une angoissante question pour son jeune président : que va-t-il faire quand il ne restera plus que lui 'Les médersiens étaient une soixantaine, samedi dernier, à se retrouver chez «Adim», restaurant de poissons à Zemmouri-Plage, autour du président de leur association, Mourad Aà't-Belkacem. Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient vus, ces «anciens», à la moyenne d'âge hors limites autorisées pour un marathon, mais compensant largement par leur vitalité le poids des ans. Allez, soyons indulgents pour eux et pour nous, disons que ce sont pour la plupart de joyeux et actifs septuagénaires dont l'aspect physique s'est même bonifié, par rapport à leur adolescence. Bien sûr, il y en avait quand même qui auraient besoin d'un sérieux ravalement de façade et de renforcement de l'armature d'ensemble, mais avec eux «l'édifice médersien» tient bon. Et puis, si l'appétit est un signe de bonne santé, il n'y avait qu'à voir la manière dont les condisciples des anciennes médersas, appelées jadis lycées francomusulmans, ont fait honneur aux mets.Nous avons donc eu droit à la soupe de poisson, puis aux sardines grillées, et enfin à de splendides merlans de taille respectable, qui nous sont passés sous le nez, comme certaines bonnes choses de la vie. Sans compter que si les serveurs ont pensé à ramener des croutons pour la soupe de poisson, ils ont oublié la rouille, l'associé idéal pour ce genre de mets. Nous n'avons pas insisté, considérant que le mariage du crouton et de la rouille n'est pas du meilleur effet et peut constituer une allusion assez vexante, voire blessante pour certains. On appréciera donc comme il se doit ce souci des jeunes serveurs, par ailleurs attentifs, de ménager les susceptibilités dont certains «médersiens» sont dotés depuis des temps immémoriaux.Quant à ceux qui sont arrivés en retard, à peine une dizaine, on ne peut pas leur en vouloir si Zemmouri s'éloigne de plus en plus d'Alger, par la route, et ils ont juste ébauché une grimace. S'ils ont élevé in petto une énergique protestation contre ce coup du sort qui les prive de merlan, à l'instar de notre ami Aà't-Belkacem, ils ont vite retrouvé le sourire. Galanterie oblige: il y avait parmi nous deux charmantes «médersiennes» du lycée de Kouba, ainsi que notre vénérable professeur Cheikh Kabouya. Je lui dois, notamment, d'avoir dissipé une partie de mes illusions concernant la vie sentimentale du poète de la période antéislamique, Imrou Al-Qaà's. En reconnaissance, et au vu de son âge canonique, nous avons jugé qu'il était préférable de ne pas l'intégrer dans le calcul de la moyenne d'âge des convives, destiné à l'office national des statistiques.Mais l'essentiel n'était-il pas de retrouver les camarades de lycée, dont certains étaient perdus de vue depuis des décennies, alors que d'autres ont prolongé la camaraderie de jadis par une amitié durable. Le repas terminé, la troupe joyeuse s'est dirigée vers le complexe touristique, à la même enseigne que le restaurant, situé dans un décor bucolique, ouvrant sur l'une des plages favorites de la côte Est. Après le café et le thé, le barde des «médersiens», avocat qui a bien assimilé ses cours de métrique arabe au lycée, a plaidé en poèmes pour sa gloire et celle de sa profession. Il a eu toutefois le triomphe modeste, puisqu'il n'a pas cédé à la tentation de nous infliger l'ensemble de son œuvre et de subir le sort du célèbre barde de la bande dessinée «Asterix».Pour empêcher la classe de se dissiper, il revenait, enfin, à notre ami Mohamed Lakhdar Maougal, de nous ramener vers la réflexion en nous proposant un cours magistral sur la formation des empires. C'est une véritable performance qu'a réalisée l'universitaire, en captivant un auditoire somme toute assez âgé et qui consacre habituellement à la sieste ce moment de l'après-midi. On n'a pas vu une tête dodeliner ni perçu le moindre bâillement, même si certains se sont subrepticement éclipsés avant la fin, par fatigue ou par nécessité. En somme, une demi-journée bien remplie et une présence qui montre que les médersiens sont toujours là et qu'ils résistent encore.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ahmed Halli
Source : www.lesoirdalgerie.com