Les mesures de grâce présidentielle concerneront cette année des milliers de condamnés. Autant que leur nombre, la circonstance dans laquelle interviennent ces grâces participe à leur retentissement. Elles ont lieu au moment où est célébré le 50e anniversaire de l?insurrection révolutionnaire du 1er Novembre 1954. Ce qui est, pour la nation, l?occasion d?un travail de mémoire et de mesure du chemin parcouru depuis cette insurrection fondatrice de l?Histoire réappropriée du peuple algérien. Une Histoire articulée autour de valeurs fortes au caractère éminemment humaniste, comme la main tendue ou le pardon. C?est légitimement que les familles de détenus attendent avec un formidable espoir les grands événements nationaux, les fêtes religieuses, qui sont les moments privilégiés où s?exerce la grâce présidentielle. Elle ne concerne toutefois qu?un pan réduit de la population carcérale et bénéficie à des détenus dont la libération anticipée ne constitue pas un risque pour la société. La grâce ne pourrait pas être assimilée à une prime à la délinquance ; ce qui pervertirait l?esprit et la lettre de la mesure. Pour les famillles de condamnés la grâce présidentielle demeure le recours ultime et c?est ce qui justifie le volume considérable des suppliques adressées au chef de l?Etat. Celui-ci gracie pas à l?emporte-pièce mais s?appuie sur des dossiers qui répondent à des critères qui installent des garde-fous. Une large catégorie de crimes est ainsi exclue du droit à la grâce. Ces crimes indiquent d?abord qu?il n?y a pas de société idéale, autrement, il n?existerait pas de dérive délictuelle. Ce qui est important, c?est que dans tous les cas de figure la grâce soit un acte de bonne gouvernance à plus forte raison encore si elle est préservée de toute part d?erreur. Le postulat est que dans chaque condamné libéré il y a un individu qui recouvre, en termes de rôle social, son droit à la citoyenneté. La grâce implique d?abord, en effet, un apprentissage de la réinsertion civile, cette étape essentielle dans la procédure, qui, selon le comportement du condamné, déterminera si la grâce a été décidée à bon escient. En cela, elle est un test de probation en amont et en aval de la mesure.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Amine Lotfi
Source : www.elwatan.com