
Avec un déficit cumulé de près de 400 millions de dinars tunisiens (187 millions d'euros) et un effectif pléthorique d'environ 8000 employés pour 32 appareils en activité, la compagnie aérienne nationale tunisienne, Tunisair, se trouve au creux de la vague et les observateurs avérés se demandent si un plan de sauvetage est encore possible.TunisDe notre envoyé spécialLe gouvernement tunisien vient de décider d'éponger les 160 millions de dinars (75 millions d'euros) de dettes de Tunisair auprès de l'Office de l'aviation civile et des aéroports (OACA) et de prendre en charge les 52 millions de dinars tunisiens (24 millions d'euros) correspondant au total des compensations accordées aux 1700 agents admis à la retraite anticipée en 2014 et 2015. A cela s'ajoutent 300 autres agents qui seront également admis à la retraite normale pendant ces deux années.Avec cette réduction draconienne de 25% du personnel et l'allègement de 40% de la dette traînée par Tunisair, l'Etat tunisien pense pouvoir entamer un plan de sauvetage de la compagnie aérienne nationale, dont le capital social n'est que de 106 millions de dinars tunisiens (50 millions d'euros). Le plan de restructuration comporte également une augmentation du capital et une revue à la hausse de la flotte pour élargir le rayon d'action de la compagnie.Coût social de la révolutionTunisair est en train de payer cash le tribut du laisser-aller de la révolution en matière de recrutement. Sa direction générale était dans l'obligation de suivre les recommandations du gouvernement concernant le recrutement des diplômés chômeurs. En plus, le board de Tunisair a été obligé de titulariser les occasionnels occupant les travaux subalternes comme le gardiennage ou les services généraux. Pourtant, l'entreprise avait déjà procédé à l'externalisation de ces services dans le cadre d'une précédente restructuration, en 2007/2008, qui avait vu la filiale mère se limiter au transport aérien et opérer des ajustements afin d'améliorer ses performances dans ce domaine. Il y a eu également, à ce moment-là, des départs volontaires à la retraite moyennant indemnisations. Six ans plus tard, Tunisair se voit de nouveau dans l'obligation d'opter pour un autre plan social, générant de nouveaux coûts payés avec l'argent des contribuables.Redressement 'Il est utile de rappeler que les ratios de rentabilité de Tunisair sont très faibles comparativement aux autres compagnies aériennes, dans la mesure où elle emploie 7200 agents pour une flotte de 32 appareils (225 employés/avion), alors que Turkish Airlines, à titre d'exemple, emploie 18 667 agents pour 216 appareils (86 employés/avion) et Royal Air Maroc a un effectif de 4600 agents pour 46 appareils, soit 100 agents par avion. La situation de Tunisair restera fragile même après le plan de restructuration, selon l'expert financier Ezzeddine Saïdane.«Si le plan de sauvetage de Tunisair passe obligatoirement, en première phase, par la diminution autant que possible du personnel et la réduction de la dette de l'entreprise, les nouveaux ratios (162 agents/avion) restent médiocres et il est impératif de prospecter de nouvelles niches pour les activités de l'entreprise», pense-t-il. «De tels objectifs nécessitent des investissements lourds, ce qui est hors de portée de l'entreprise et de l'Etat en ce moment», poursuit M. Saïdane. «Même un partenaire stratégique ne saurait être intéressé par une participation dans une entreprise employant un personnel aussi pléthorique», affirme-t-il.Pour les syndicats, la situation n'est pas aussi catastrophique qu'elle le semble dans la mesure où une grande partie de la dette provient de l'achat d'un Airbus A340-500 pour Zine El Abidine Ben Ali, lequel a coûté à Tunisair près de 250 millions d'euros. «Cet avion va être vendu et générera près de 250 millions de dinars (120 millions d'euros) qui pourraient aérer la comptabilité de l'entreprise, voire même contribuer au renouvellement de son parc d'avions déjà assez vieux», affirme Mohamed Boukhari, membre du syndicat. Il est à rappeler que l'Airbus A340, commandé en 2009 par l'ancien dictateur, peut recevoir dans sa version commerciale près de 300 passagers. Son aménagement VIP a été assuré par la société Sabena Technics, spécialisée dans les avions présidentiels des chefs d'Etat africains, hommes d'affaires russes et émirs du Golfe.L'avion a été décoré par Louis Vuitton et comporte désormais chambre et salons. Ce remake a nécessité une enveloppe supplémentaire de l'ordre de 35 millions d'euros.Le plan de restructuration de Tunisair est le premier dans le dossier des entreprises publiques traversant des difficultés similaires comme la STEG (électricité), la Sonede (eau), Tunisie Télécom (téléphonie mobile), CPG (phosphates) et les autres établissements publics qui ont subi le coût social de la révolution.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mourad Sellami
Source : www.elwatan.com