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« Plus de 98% de notre budget proviennent de donations » Entretien réalisé Gérard Aïssa Ruot représentant de SOS Kinderdorf International en Algérie et responsable de SOS Village d'Enfants de Draria



« Plus de 98% de notre budget proviennent de donations » Entretien réalisé Gérard Aïssa Ruot représentant de SOS Kinderdorf International en Algérie et responsable de SOS Village d'Enfants de Draria
Comment est venue l'idée de construire SOS Village d'enfants de Draria '
SOS Village d'enfants est notre préoccupation quotidienne. A travers le monde, il existe 134 villages où nous sommes présents, depuis 64 ans. Le village est un concept qui a subi l'évolution parce qu'à l'origine, SOS Kinderdorf International a été créé à Imst en Autriche par le regretté Hermann Gmeiner, qui a, lui-même, perdu ses parents lors de la Première guerre mondiale. Il a été élevé par sa grande s'ur. Il a eu l'idée de dire : pourquoi, si on a perdu nos parents, on ne peut pas être élevés par une mère professionnelle qui nous éduque, qui nous élève et nous montre le droit chemin ' C'est comme ça que l'idée de la construction du village est née. On peut dire que, ce monsieur, a révolutionné les orphelinats. La guerre a produit beaucoup d'orphelins. Ainsi, M. Hermann Gmeiner a réalisé le premier village à Imst. Avec l'Association d'amitié algéro-autrichienne, on peut jumeler la ville d'Imst avec Draria qui est également le premier village d'enfants en Algérie, il y a maintenant 20 ans. Avec l'aide de Son Excellence, Mme l'ambassadrice d'Autriche, nous allons voir comment organiser un jumelage entre les deux villes.
Quels sont les principes de prise en charge au niveau du village '
Il y a quatre principes de prise en charge : le premier principe, c'est la mère, la seule personne de référence. La majorité des personnes est élevée par la mère en raison du travail du père à l'extérieur de la maison, pour apporter l'argent du foyer. Le second principe réside en les frères et s'urs. 45% des enfants sont de vrais frères et s'urs. On perd nos parents pour différentes raisons, mais on ne vous sépare pas de votre frère ou de votre s'ur. C'est la spécificité du village. Le troisième principe réside en le foyer. La vie dans le village peut être assimilée à une vie dans une vraie maison. On ne met pas les enfants dans une tente. Le quatrième principe est représenté par le directeur qui est le « père » de tous les enfants.
Et pour ce qui est des formes de prise en charge '
Nous avons, au village, trois formes de prise en charge. De 0 à 15 ans, les enfants sont placés dans des maisons familiales. Après 15 ans, nous séparons les garçons et les filles pour les mettre dans des appartements encadrés. A ce niveau, les enfants ne sont plus avec une mère professionnelle mais avec un éducateur ou une éducatrice qu'on appelle « grand frère » ou « grande s'ur ». A 15 ans, on n'a pas besoin d'être maternée mais on a besoin d'avoir un modèle différent, un grand frère ou une grande s'ur qui vous mène vers l'autonomie. Et lorsqu'ils obtiennent le bac, ils sont placés dans des appartements indépendants. On met trois à quatre adultes dans un appartement. Le même principe s'applique à ceux qui vont vers la formation professionnelle.
Ils sont cajolés par rapport aux étudiants qui vivent dans des résidences universitaires...
Peut-être. Nous les mettons dans des conditions favorables pour réussir. Nos enfants ne sont pas privilégiés. Nous essayons de les maintenir dans un contexte moyen de l'existence algérienne qui est le SMI (Simple, modeste, intégré). C'est ce qu'on dit souvent aux donateurs. Au village, c'est la maman professionnelle qui achète à ses enfants les choses dont ils ont besoin. La maman est formée à acheter selon les concepts du SMI. Une veste en cuir ou des chaussures de luxe n'arrangent pas les choses. On demande souvent aux donateurs d'apporter de l'argent car, c'est la maman qui connaît le goût des enfants. En plus, les enfants aiment accompagner les parents quand ces derniers leurs achètent des choses à eux. Ils ont quand même le droit de choisir !
Si on comprend bien, toutes les actions doivent passer par la mère professionnelle.
En somme, dans les concepts de base, on ne veut pas d'enfants assistés, donc il ne faut pas avoir de personnel assisté pour reproduire cet assistanat. La mère professionnelle bénéficie d'une formation pendant deux ans, avant de prendre la responsabilité d'une famille. Bien sûr, elle est salariée de l'organisation et elle possède un budget pour la prise en charge des enfants. Elle doit rendre des comptes à chaque fin de semaine pour avoir le budget de la semaine qui suit. Elle est autonome dans sa gestion. L'essentiel, c'est qu'à la fin de la semaine, les dépenses soient justifiées et que le directeur du village puisse vérifier ce que les enfants mangent.
Et si on précise la manière dont les enfants arrivent au SOS village '
Pour nous, la meilleure façon de faire vivre un enfant, c'est dans son milieu familial et biologique. En France, il y a 15 villages et 90% de la population de ces villages sont des enfants retirés par les juges des mineurs pour maltraitance. Donc, on peut très bien vivre dans sa famille biologique, et malheureusement, maltraité. Depuis 2005, au niveau international, SOS village d'enfants a mis en place un programme de renforcement de la famille. C'est-à-dire que l'on vient en amont aider les familles en difficultés pour éviter l'abandon des enfants. Et si aujourd'hui nous avons 200 enfants au village, nous avons également 350 enfants qui sont soutenus dans leurs familles biologiques. Pour nous, un enfant doit être avec sa famille biologique. Malheureusement, en Algérie, nous avons des enfants qui sont placés strictement au village par le juge des mineurs.
Est-ce que le village est en mesure de contenir tous les enfants « envoyés » par le juge des mineurs '
Quand il n'y a pas de place, cela veut dire qu'il n'y a pas de place. On est en train de faire des démarches pour demander le permis de construire auprès de la wilaya déléguée de Draria pour ériger une maison d'urgence.
C'est quoi une maison d'urgence '
Quelquefois, le juge des mineurs place des enfants, trouvés sur la voie publique, dans cette maison d'urgence. Le temps de faire des enquêtes pour retrouver leurs familles. Au lieu de les mettre dans une famille qui est déjà installée, depuis longtemps, on les met dans cette maison d'urgence.
Peut-on mettre volontairement son enfant dans le village '
Non. Nous refusons catégoriquement. Il faut s'expliquer avec le juge des mineurs. La décision de la prise en charge, dans ce cas, nous vient de la Justice.
Où en est le projet du centre de Corso qui prend en charge les mères et les enfants en même temps '
Ça c'est une convention qui a été signée en décembre 2007 entre le ministre de Solidarité nationale, l'Unicef et SOS village d'enfants. Le projet n'est pas encore concrétisé.
Les enfants souffrent-ils au niveau du village '
Les enfants admis au niveau du village sont systématiquement orientés vers un psychologue de l'extérieur. Il y a une dizaine d'années, nous avions un psy au niveau du village. On pensait que c'était nécessaire. Par la suite, on s'est aperçu que ce n'est pas une bonne chose. Le psychologue, s'il y a lieu d'être, c'est dans un cabinet privé. Si les enfants ont besoin d'un suivi, on le fait. Moins de 5% de nos enfants ont besoin actuellement de suivi. Ce n'est pas plus que dans les familles ordinaires. Certains enfants peuvent souffrir, mais après un certain temps, ils parviennent à s'adapter. Cette intégration se confirme à l'école. Depuis 4 ans maintenant, nous avons 100% de réussite au niveau de tous les paliers de la scolarité.
êtes-vous concerné par la nouvelle loi sur les associations '
Comme nous ne sommes pas une association, mais une organisation internationale, nous avions signé une convention avec le ministère de la Solidarité pour prendre en charge des enfants au sein du village. Maintenant, cette nouvelle loi impose aux associations nationales, comme aux ONG étrangères, de déposer une nouvelle demande d'agrément. C'est ce que nous avons fait. Le dossier a été déposé au niveau du ministère de l'Intérieur en octobre 2012. Nous sommes en attente d'une réponse. Pour obtenir une subvention de l'Etat, il faut être reconnu d'utilité publique. Et si nous sommes reconnus d'utilité publique, comme au Maroc, en Tunisie ou en Afrique, on devrait être en mesure de recevoir une subvention pour la prise en charge des enfants.
Et pour ce qui est des subventions, comment fonctionne votre budget '
L'Etat intervient dans le budget comme il intervient pour la majorité des enfants scolarisés, soit un soutien de 3.000 DA par an et par enfant. Cela représente 1, 26% de notre budget de fonctionnement. Nous vivons strictement de dons de la société civile algérienne et le complément du budget est garanti par SOS Kinderdorf International qui, à son tour, vit des dons des sociétés civiles. Ainsi, nos enfants algériens ont des parrains internationaux. Nos enfants ont systématiquement un compte d'épargne en devises, géré par l'organisation et lorsqu'ils quittent le village, le carnet d'épargne leurs sera remis, pour lancer, par exemple, de petit projets.
Comparativement à nos voisins, le Maroc et la Tunisie, où peut-on situer le village de Draria '
Je ne dirai pas que nous sommes en retard, mais dans ces deux pays, il y a six fois plus de villages d'enfants. SOS village d'enfants ne construit pas pour construire. Il construit pour répondre à un besoin. S'il y a un besoin qui se fait ressentir, le village, peut très bien construire un nouveau village. Mais l'Algérie a fait beaucoup de FEA (Foyers d'enfants assistés).
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