
Le vote du 10 mai dernier continue de faire des vagues. De grosses vagues, parfois. Abdallah Djaballah, le patron du tout nouveau FJD, n'arrive pas à se consoler et crie de toutes ses forces au hold-up électoral. Il croit fermement que le parti qu'il vient tout juste de créer a été spolié par la fraude. Le cheikh estime le nombre de sièges remportés par sa formation à près de 70, au lieu des sept qui lui sont attribués à l'issue du scrutin. Pour preuve, il exhibe, à qui veut l'entendre, des résultats de sondages réalisés à la veille de cette consultation. Plutôt mince comme argument ! Loin de vouloir défendre la transparence des élections, est-il normal qu'un parti politique qui n'a que deux mois d'activité puisse revendiquer, avec tant d'assurance, la deuxième place sur l'échiquier politique national ' N'importe quel citoyen émettrait des doutes là-dessus. En 1997, dans des circonstances similaires, le même Djaballah avait vivement dénoncé la victoire du RND, alors fraîchement créé. Il n'arrivait pas à admettre qu'un nouveau parti puisse surclasser sa formation de l'époque - Ennahda, en l'occurrence- qui était relativement plus ancienne sur le terrain. Tout le monde avait jugé ses doutes légitimes à ce moment-là, mais aujourd'hui il se place résolument de l'autre côté, pour revendiquer pour lui ce qu'il avait farouchement contesté à d'autres. C'est à se demander de quelle éthique se nourrit Cheikh Djaballah, lui qui parle souvent de valeurs morales et de droiture ' Les autres islamistes de l'Alliance verte, créée autour du MSP de Bouguerra Soltani, adoptent curieusement la même attitude. Ce parti (le MSP), qui a intégré l'Alliance présidentielle au pouvoir depuis 1999, s'en est tactiquement démarqué lors de la campagne électorale pour se présenter en opposant impénitent, alors même que ses ministres émargeaient encore aux réunions du gouvernement ! L'électeur algérien n'est pas si crédule que çà. Bouguerra, qui a promis à ses alliés un véritable plébiscite populaire, se retrouve à la troisième place du podium avec une cinquantaine de sièges. Non satisfait, il crie au loup, lui aussi. Là encore la déontologie politique laisse manifestement à désirer. La marginalisation de la base militante dans le choix des candidatures a également crée des frondes au sein des formations restantes. Un vent de mécontentement souffle en ce moment sur le RND. Les opposants de l'actuel secrétaire général du Rassemblement, essentiellement des candidats malheureux à la candidature, ont engagé un «mouvement de reconstruction» du parti qui vise ouvertement l'éviction d'Ahmed Ouyahia. Une dissidence similaire affecte depuis longtemps le FLN, grand vainqueur des élections, avec comme priorité, là encore, la déposition d'Abdelaziz Belkhadem. Un «mouvement de redressement» qui conteste uniquement la personne du secrétaire général du parti, sans exprimer la moindre remarque sur les orientations idéologiques, les programmes ou les règles de fonctionnement du vieux parti! Cet effet de mode touche aussi le FFS, où les militants hostiles à la participation au scrutin et les candidats malheureux à cette même élection 'uvrent de pair pour faire tomber l'actuelle direction du parti. Dans tout ce brouhaha, les intérêts individuels et claniques priment visiblement sur tout le reste. Dans tous les cas cités, aucune voix ne réclame, par exemple, la limitation du nombre de mandats à la tête des partis pour en finir définitivement de l'omnipotence des présidents à vie. Nul ne milite pour que, dorénavant, les candidats aux élections soient élus par la base militante, elle-même. On n'a pas entendu, non plus, quelqu'un défendre la place des femmes et des jeunes au sein des formations politiques. Les redresseurs et les reconstructeurs ne pensent manifestement qu'à s'installer aux commandes pour bénéficier du même mécanisme rentier qu'ils s'empêchent de dénoncer ouvertement. Ce n'est pas une procédure indiquée pour réhabiliter réellement l'action politique. Bien au contraire, ce type d'agissements, fondamentalement immoraux, éloigne davantage les citoyens intègres du champ politique. En somme, cet appel «au changement» qu'on entend partout consolide plutôt le statu quo actuel. La vraie mutation, celle de la démocratisation véritable de tous les partis, constitue le meilleur remède possible contre le spectre de la fraude. Autrement, la tricherie subsisterait éternellement !
K. A.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel Amghar
Source : www.latribune-online.com