Beate Collet et Emmanuelle Santelli viennent de publier une recherche universitaire sous le titre Couples d'ici, parents d'ailleurs. Parcours de descendants d'immigrés. Une formidable étude qui remet en perspective les choix qui, tout en étant personnels, sont calqués sur les nécessités de l'ancrage au groupe d'origine.
Lyon.
De notre correspondant
La question est d'une grande importance. Elle préfigure et conditionne le devenir de générations entières de fils et de filles de l'immigration. Elle détermine aussi leur niveau d'intégration dans une société qu'ils n'ont pas choisie, mais dans laquelle ils doivent prendre position dans ce qui les fonde dans leur intimité : le mariage. Le livre de recherche et d'enquête sociologique, paru au printemps dernier aux Presses universitaires de France (PUF), permet de se faire une idée sur les unions dans l'immigration en France. Dans l'introduction, les auteurs, Beate Collet et Emmanuelle Santelli supposent que «le choix conjugal, moment-clé de la transmission intergénérationnelle, cristallise la confrontation de deux systèmes normatifs, celui des parents, marqués par les valeurs patriarcales et la tradition musulmane de la société d'origine et celui plus individualiste et sécularisé de la société française».
Le travail réalisé, pour répondre à cette hypothèse, repose «à la fois sur les récits des intéressés eux-mêmes (entretiens biographiques) et des données statistiques, disponibles, grâce aux grandes enquêtes menées en France ces dernières années».
Pour les chercheurs, «les pratiques conjugales des descendants d'immigrés constituent un sujet socialement intéressant et sociologiquement pertinent pour des raisons démographiques, car ces descendants d'immigrés sont aujourd'hui nombreux à avoir atteint l'âge de se mettre en couple ou de se marier, et parce qu'ils forment, pour la majorité d'entre eux, des unions avec des personnes de même origine ethnoculturelle». Pourtant dans la modernité, les individus, et les immigrés ne font pas exception, «ils perçoivent leurs parcours de vie comme une suite de choix personnels, et non plus comme un destin tout tracé par les appartenances léguées des générations précédentes. Or ce dernier demeure intrinsèquement lié à la dialectique du caractère déterminé ou libre de l'existence sociale». Mais alors quels sont «les facteurs qui interviennent et expliquent un choix conjugal plutôt qu'un autre ' Ils peuvent se mettre en couple avec une personne du pays d'origine de leurs parents ou avec une personne rencontrée en France, qui fait partie du même groupe minoritaire. Ils peuvent aussi choisir une personne qui fait partie de la population sans ascendance migratoire (les Français non immigrés)». L'enquête a pris appui sur les résultats de l'enquête nationale «Trajectoires et origines (TeO)» réalisée par l'INED et l'Insee en 2008. Cette enquête, sur la diversité des populations en France, la deuxième du genre après «Mobilité géographique et insertion sociale (Ined/InseeE, 1992)», permet une quantification d'un certain nombre des résultats qualitatifs.
L'une des conclusions relevées est que les «valeurs culturelles de référence s'appuient sur une compréhension traditionnelle de la religion musulmane, structurent les rapports sociaux et influencent notamment la sphère familiale». Les auteurs postulent dans le même temps «ces sociétés, au même titre que toutes les sociétés du monde sont engagées dans des processus de modernisation économique, sociale et politique».
D'ailleurs, estiment Beate Collet et Emmanuelle Santelli, «une culture d'origine commune ne préjuge en aucun cas d'une homogénéité de pratiques, de normes et de valeurs». «A l'échelle d'une société qui met en contact des groupes minoritaires et le groupe majoritaire, cette origine commune est plutôt assignée que revendiquée. Elle est assimilée à ''la culture des immigrés'', elle souligne des particularités qu'elle érige en différences». Ce livre, indiquent enfin les auteurs dans l'introduction, «traite d'une grande variété de faits concernant les réalités conjugales et quotidiennes de tout un chacun. Ce constat est révélateur de la centralité du choix conjugal dans le parcours de vie et de la portée d'une étude sur les descendants d'immigrés pour la compréhension de mécanismes sociaux plus larges».
* Beate Collet et Emmanuelle Santelli Couples d'ici, parents d'ailleurs. Parcours de descendants d'immigrés, Paris, PUF, collection Le lien social, 2012.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Walid Mebarek
Source : www.elwatan.com