A propos d'une expérience vivante dévolue à la culture citoyenne.
- Comment est né le Café littéraire de Bejaïa et, bien sûr, pourquoi '
Il faut dire qu'avant sa création, il n'y avait pas beaucoup d'activités culturelles dans la région. Le réseau associatif s'est trop effiloché et des acteurs culturels très dévoués ont fini par baisser les bras. C'est pour aller à contresens de ce constat que le Café littéraire est né. Toujours activer, toujours se faire entendre' Pour revenir à sa naissance, fin 2008, il y avait peu d'associations sur le terrain. J'en citerai deux qui activaient dans le domaine du cinéma, à savoir les associations «Project'heurt» et «Cinéma et Mémoire». En ce qui concerne le livre et la littérature, le manque était flagrant. Il y avait, à un moment donné, les Poésiades de Béjaïa, qui avaient lieu chaque année, avec une véritable dimension nationale, mais l'activité a malheureusement cessé. Le Café Littéraire est donc né de cette volonté d'aider à donner un nouveau souffle au secteur de la culture et d'encourager l'échange d'idées en vue de contribuer à forger chez les individus, et notamment les jeunes, un esprit critique, un esprit d'analyse, et ce, grâce au livre. C'est aussi une façon d'encourager les jeunes et le public à redécouvrir le livre qui est une fenêtre ouverte sur le monde. Je pense que c'est plus par le biais de la culture et de la littérature que nous pouvons aider à faire avancer les choses. C'est aussi une occasion pour faire connaître des auteurs et leurs 'uvres et de pallier ainsi les défaillances de la chaîne de distribution. Des initiatives pour la promotion du livre et de la lecture publique doivent sérieusement être engagées. Le Café littéraire a été pensé par ses fondateurs comme un espace de rappel permanent de cette nécessité. Toutes ses activités s'orientent à faire de lui un maillon actif dans cette chaîne en se posant comme un relai entre le livre et le public.
- La fréquence des rencontres organisées avec les auteurs est-elle déterminée par la parution des titres ou est-ce un rendez-vous qui fait abstraction des sorties éditoriales '
A la base, les rencontres étaient voulues comme régulières. Nous voulions familiariser notre public à un rythme de rencontres périodiques et inscrites dans la durée. Elles s'imbriqueraient, en quelque sorte, dans le rythme de la vie «quotidienne» du public. L'idée est de fidéliser les lecteurs et les amoureux du livre comme un peu un abonné avec son mensuel favori. Créer par exemple cette attente délicieuse et ce désir que procure «le plaisir du texte», selon la formule consacrée de Roland Barthes. Nos séances se devaient d'être «captivantes» par les échanges qu'elles permettaient et les discussions qu'elles ouvraient, sans oublier tous les champs qu'elles embrassaient. L'actualité littéraire, la parution de titres, n'était pas aussi déterminante. Du moins, ce n'était pas le critère décisif. Mais, par un heureux hasard, et sans trop chercher à coller avec les «débats de l'heure», beaucoup de nos rencontres ont souvent coïncidé avec les thèmes d'actualité, les nouvelles parutions, ou encore les événements les plus marquants. Il est à signaler, tout de même, qu'il est difficile pour un collectif de respecter autant qu'il l'aurait souhaité une certaine régularité. C'est la bonne volonté de certains acteurs qui nous a aidés à maintenir le cap jusqu'à présent. Je fais allusion ici, principalement, à M. Fetmouche, directeur du Théâtre régional de Béjaia, qui a toujours accepté d'abriter nos séances. C'est aussi l'occasion pour le public de redécouvrir ce lieu extraordinaire chargé d'histoire. Je le remercie pour cela, pour sa disponibilité et pour son aide, au nom de notre collectif.
- En vous écoutant, on a l'impression que le café littéraire de Béjaïa s'intéresse à toute l'actualité éditoriale...
J'allais dire naturellement ! Il est vrai que l'aventure était littéraire, au début. L'idée était de se réunir pour parler des livres, échanger nos impressions de lecture. Mais la chose n'a jamais été pensée comme une tour d'ivoire où un groupe de personnes évolue avec des personnages fictifs n'ayant aucune emprise sur le monde réel, sur la société. Littéraire ne rime pas pour nous (seulement) avec fictif ou fictionnel. Toute littérature ' et je parle ici de sociologie, d'histoire, d'anthropologie ', porte en elle des points qui méritent d'être débattus, en raison de leur emprise sur la société et surtout pour le fait qu'ils disent l'homme, qu'ils tentent d'expliquer ce qui lui arrive ou qui lui est arrivé. La parole publique, poésie ou autre, écrite ou orale, devient ainsi une porte ouverte pour saisir et tenter de comprendre ce que nous vivons. Tout en nous interrogeant sur le pourquoi et le comment de ces témoignages, nous avons eu le plaisir de débattre avec des auteurs qui, chacun selon son penchant, ses thèmes de prédilection ou sa spécialité, ont tenté de dire le monde à leur façon. En insistant sur des expériences vécues il y a longtemps, à titre collectif ou individuel, dans leur propre chair ou, par procuration, via un personnage fictif, nos invités ont souvent eu à se prononcer sur des débats d'actualité. Il s'agit là d'un enchaînement naturel des choses. «Le plaisir du texte», oui, mais aussi et surtout le devoir de comprendre ce qui arrive.
- Avec du recul, pouvez-nous dire quels sont les thèmes qui suscitent le plus d'engouement parmi votre nombreux public '
Dans l'absolu, j'aurais voulu répondre : peu importent les thèmes qui suscitent le plus d'engouement. Sinon, dirais-je, presque toutes nos séances ont connu le même engouement. Je ne veux pas dire que nous réussissons à tous les coups. Loin s'en faut. Notre société a soif d'espaces de débats, de partage. Nous voulons participer à l'instauration d'espaces où la différence se discute, où les divergences d'opinion ne mènent pas nécessairement à la négation de l'autre. Les débats étaient quelquefois houleux durant certaines séances, principalement quand le politique s'en mêle. Mais, ce qui fait plaisir, c'est ce constat que les gens finissent souvent par partager leurs avis, échanger leurs points de vue avec le sentiment que, finalement, ça ne fait pas tant mal de voir, de savoir, que les autres pensent différemment.
- Pour mener les débats, faites-vous appel à des intervenants extérieurs avec une expertise dans le sujet abordé ou faites-vous confiance à un modérateur permanent '
Au début, nous avons cru à la nécessité d'un modérateur. On a, par la suite, pensé à régler cette problématique, disons, au cas par cas, avec l'obligation de laisser libre cours au débat en évitant les situations où le public pouvait se sentir exclu, ou même orienté vers ce qu'il fallait dire et comment le dire. Bien sûr, nous tenions à l'exigence du respect que toute forme de prise de parole, principalement en public, suppose. Mais nous ne nous posions nullement comme «directeurs de consciences» ou comme «spécialistes», face à un public qui n'est là que pour prendre. Primauté était donc donnée à celui-ci. Ceci étant, la rigueur exige de nous un travail de préparation. Vulgariser était pour nous nécessaire, sans tomber dans le simplisme des «discussions mondaines». Chaque séance est précédée de réunions pour échange d'appréciations et de points de vue à propos des ouvrages de l'invité de la séance ou de la thématique traitée.
- Pour finir, avez-vous été sollicité par les associations d'autres villes pour leur apporter votre savoir-faire et diffuser en quelque sorte votre concept '
Il est vrai que la meilleure des expériences est celle acquise sur le terrain. Au demeurant, il n'y en a même pas d'autres. Nous avons été confrontés, durant ce chemin parcouru, à des situations peut-être même jamais envisagées. Je ne veux pas dire qu'elles étaient dures ou impossibles à gérer, mais juste que, théoriquement, on a beau tout ficeler, tout prévoir dans le moindre détail, il peut arriver que la machine grince. Et là, c'est le réflexe acquis par une certaine habitude qui aide à régler les choses. Cet aspect d'une expérience est difficilement communicable. Est-il de notre ressort de le transmettre à d'autres ' Je dirais oui, mais seulement à un certain degré. Autrement, charge à d'autres individualités intéressées par une «aventure» similaire de montrer leur disponibilité à multiplier ce genre d'espace. On a été contactés par des gens de différentes villes et régions, même les plus éloignées, à l'exemple de Ouargla. Nous sommes en contact avec le Café littéraire de Tizi-Ouzou. Je tiens au passage à remercier ses membres, ainsi que les collectifs estudiantins «Ithran» et «Imnayen» avec qui nous avons activé à plusieurs reprises, travail grâce auquel une nouvelle dynamique a pu être impulsée à l'échelle universitaire. L'expérience a plu à beaucoup d'acteurs socioculturels, et nous avons tout le temps montré notre volonté de transmettre notre modeste savoir-faire, comme vous le dites, tout en travaillant en collaboration pour tisser un réseau regroupant des espaces divers mais tous animés par le même esprit de tolérance et d'amour de l'échange.
Je vous demande de bien vouloir nous(mon co-auteur et moi) inviter pour présenter notre premier roman ayant pour titre Le Jasmin et le Musc. paru aux éditions l'Harmlattan (Paris, France). Je vous signale que nous avons fait sa présentation au niveau de l'établissement Art et Culture d'Alger. Les intervenants ont apprécié la présentation et en même temps affirmé que le roman est d'actualité.
Avec toutes nos sincérités.
Lamine Raouf - Enseignant mis à la retraite - Alger, Algérie
28/05/2015 - 259952
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : SLIMANE AIT SIDHOUM
Source : www.elwatan.com