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Mouloud Feraoun à travers des regards pluriels18e sila - Au 8e jour du salon : Centenaire de la naissance de l'écrivain



Mouloud Feraoun à travers des regards pluriels18e sila - Au 8e jour du salon : Centenaire de la naissance de l'écrivain
Rachid Feraoun, fils du romancier, Djoher Amhis, normalienne, enseignante de langue française à la retraite, Rachid Mokhtari, critique littéraire, M. Lahouel, ancien élève de Feraoun ont tenté de cerner l'homme et son 'uvre. De prime abord, les conférenciers ont souligné que l'auteur de « La terre et le sang », qui a marqué plusieurs générations, suscite des polémiques, en particulier en raison de son positionnement loin de tout manichéisme. Aussi, a-t-on intitulé cette rencontre d'une grande importance qui décortique la vie et l''uvre de Feraoun de « Regards pluriels ». Djoher Amhis, dont le père a été l'instituteur de Feraoun, a souligné l'oubli qui a frappé une partie importante de la vie du romancier : l'enseignement. Elle a rappelé, à ce titre, que Feraoun a enseigné par passion et amour du métier, en sus du respect qu'il vouait à ses élèves. Une qualité, a-t-elle regretté, qui tend à disparaître de nos jours. « Aujourd'hui, on ne donne pas à nos enfants un modèle de référence et de valeurs, alors qu'à notre époque, on en avait, parce que nos instituteurs avaient non seulement une formation solide mais ils étaient aussi extrêmement dévoués. La droiture et la compétence étaient les seuls critères qui prévalaient quand nous étions à l'école », a-t-elle soutenu. En outre, elle a indiqué qu'elle a entrepris un projet de vulgarisation des 'uvres littéraires d'auteurs nationaux pour mieux les faire connaître à la jeune génération qui, pour diverses raisons, a-t-elle constaté, s'intéresse de moins en moins à la littérature de graphie française. « Mon entreprise vise essentiellement à introduire écoliers, collégiens et lycéens dans l'univers romanesque d''uvres littéraires algériennes, parce que je me suis rendue compte de l'existence de défaillances linguistiques chez la jeunesse d'aujourd'hui. Celle-ci n'arrive pas à lire et, surtout, à comprendre les écrivains algériens d'expression française », a-t-elle précisé, avant de saluer toutes les initiatives visant à donner de la voix aux jeunes auteurs, producteurs d'idées et d'émotion. Rachid Feraoun, fils de l'écrivain, a, de son côté, rappelé le contexte dans lequel son père a rédigé « La cité des roses », sa dernière 'uvre romanesque, publiée d'ailleurs à titre posthume. « La lecture de ce roman est difficile à cause notamment du contexte dans lequel celui-ci a été écrit. Cette période était particulière et difficile, d'où l'aspect surprenant du style du livre. Il a, par ailleurs, affirmé être déçu par José Lenzini qui a consacré une autobiographie à son père. « Il m'a contacté à plusieurs reprises, je l'ai rencontré et accompagné dans différents endroits », a-t-il souligné. Et d'ajouter : « L'analyse de M. Lenzini n'est pas profonde. Un jour, on finira bien par connaître la sincérité de l''uvre et l'engagement de Feraoun qui, d'ailleurs, transparaissent dans l'ensemble sa production littéraire ». Le fils de l'écrivain a estimé que son père, qui a voué sa vie à inculquer le savoir aux siens, a perdu ses dernières illusions, d'où son engagement à faire connaître aux Français, qui vivaient avec nous sans nous connaître, son peuple. Il a affirmé, en outre, ne pas être gêné qu'il y ait de mauvaises biographies. M. Lahouel, ancien élève de l'instituteur, s'est rappelé, lui, d'un maître humble, attentif et viscéralement attaché aux valeurs authentiques de sa société. « C'est ce maître d'exception qui m'a inculqué le nationalisme, le patriotisme et l'amour de la patrie. Il a, en plus des cours qu'il dispensait, éveillé, intelligemment, notre conscience sociale et politique », s'est-il souvenu. Responsable de l'établissement Kateb-Yacine de Kouba et directrice de la librairie Mouloud-Feraoun, Mme Belaïd a affirmé avoir mis en place un club de lecture pour la promotion et la vulgarisation du texte féraounien. La rencontre a été d'ailleurs ponctuée par la lecture de textes de ce romancier qui a su, à une période très difficile de notre histoire contemporaine, se dire et dire son peuple. Acteur impliqué et témoin privilégié de son époque, Mouloud Feraoun, qui a rendu compte de ce que son peuple a vécu pendant la colonisation, a réuni autour de son 'uvre romanesque plusieurs disciplines des sciences humaines. Né le 8 mars 1913 et assassiné le 15 mars 1962, il reste l'auteur le plus lu en Algérie. Mouloud Feraoun, romancier frappé d'ostracisme et qualifié d'assimilationniste, a, pourtant, 'uvré, sa vie durant, à l'instruction de son peuple. Il n'a jamais renié sa culture ancestrale, même s'il était ouvert à celle des autres. C'est dire qu'en vue de mieux comprendre l'homme, il est une nécessité absolue de relire son 'uvre avec un regard décolonisé qu'on a sur lui, parce que l'écrivain est le produit de son époque.
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